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Les marchés alternatifs

Les marchés alternatifs ou ATS (Alternative Trading Systems), sont des Bourses qui fonctionnent parallèlement aux Bourses historiquement établies, les « vieilles Bourses », et qui leur font concurrence. Leur naissance est liée, d’une part, à l’extraordinaire développement de la technologie de la communication par voie électronique au cours des 20 dernières années, et, d’autre part, par la croissance fulgurante du volume de transactions.

Au Canada les vieilles Bourses de titres boursiers (c’est-à-dire essentiellement d’actions et de FNB) sont celles du groupe TMX, un organisme canadien qui exploite un ensemble d’activités et qui englobe tout ce qui est marché boursier déjà établi de longue date au Canada : la Bourse de Toronto, pour les émetteurs de grande capitalisation; la Bourse de croissance TSX, pour les sociétés en phase de démarrage; la Bourse de Montréal, pour les produits financiers dérivésnote de bas de page 1.

Une grande partie du volume quotidien de transactions est créée par des institutions financières, tels les fonds communs de placement, les fonds de couverture (hedge funds) et les fonds de pension, qui négocient chaque fois de grands blocs de titres. Une grande partie de l’activité boursière a donc comme protagonistes les institutions financières qui disposent de grands capitaux et qui négocient un nombre d’actions se chiffrant à des dizaines et centaines de milliers, alors que l’investisseur privé moyen négocie pour son portefeuille moins de mille actions par titre. Le rôle des institutions, avec leurs transactions formées de grands blocs d’actions, peut perturber le fonctionnement normal du marché.

Voici comment :

Si le titre ABC (nom fictif), actuellement à 50 $ l’action, montre une tendance à la hausse, dix mille investisseurs individuels peuvent décider, chacun indépendamment des autres, d’en acheter pour cinq mille dollars. Ceci va créer dix mille transactions de cinq mille dollars chacune. Ces ordres d’achat individuels seront exécutés normalement de façon inaperçue par le marché, compte tenu, d’une part, du montant modeste de l’investissement individuel, et, d’autre part, de la probabilité que chaque investisseur transmette à la Bourse son ordre à un moment différent de celui d’un autre investisseur, étalant ainsi les dix mille ordres sur un certain laps de temps. Cinq mille dollars divisés par 50 $ (par action) donnent 100 actions par investisseur. Si on multiplie ce montant par dix mille transactions, on obtient 100 000 actions, pour une valeur globale de cinq millions de dollars.

Imaginons à présent qu’il y a un fonds commun de placement XYZ (nom fictif), intéressé au titre ABC, et que mille investisseurs décident d’acheter des parts de XYZ pour un montant de 5 000 $ par investisseur. Les investisseurs confient globalement à un seul gestionnaire, celui du fonds XYZ, un montant de cinq millions de dollars. Celui-ci décide d’investir ce montant dans le titre ABC, à 50 $ l’action, avec un ordre d’achat de cent mille actions. Un tel ordre est un bloc d’actions bien plus important que les 100 actions de chaque investisseur individuel. Dès que l’ordre arrive sur le marché il y a plusieurs scénarios, dont, à titre de simplification, les trois suivants :

Le meilleur scénario

il est possible que la liquidité du titre ABC (le volume des transactions existantes au moment de l’arrivée de l’ordre) soit telle que l’ordre est absorbé sans difficulté et immédiatement exécuté à 50 $ l’action. En outre, le marché croit que le titre n’est pas à la hausse et donc les propriétaires existants du titre ABC sont heureux de vendre leurs actions au fonds XYZ.

Un scénario plus réaliste

il est possible que la liquidité ne soit pas si abondante et que seulement une partie de l’ordre soit exécuté à 50 $. La partie restante pourrait se négocier seulement à un prix moyen plus élevé, par exemple à 51 $. À ce manque partiel de liquidité s’ajoute le fait que le marché est incertain sur la tendance future du titre ABC. L’arrivée d’un ordre d’achat de cent mille actions tend à convaincre les indécis que le titre ABC est plutôt à la hausse. Les actuels propriétaires d’actions de ABC deviennent en conséquence réticents à vendre leurs actions à 50 $, espérant le faire à un prix plus haut.

Le pire scénario

il est possible que le volume des transactions soit réduit parce que les investisseurs croient que le titre est à la hausse. Ceux qui en possèdent s’attendent de vendre à un prix plus élevé. Dans ce cas, l’arrivée sur le marché de cet ordre renforce l’idée que le titre va continuer sa hausse : en conséquence le prix monte encore plus. Voyant le prix monter encore plus, d’autres investisseurs qui songeaient éventuellement à vendre, se convainquent qu’ils pourront obtenir un prix encore plus élevé s’ils attendent. À l’extrême, il se crée un vide dans le marché : les acheteurs s’alignent pour acheter à des prix de plus en plus élevés; mais les vendeurs brillent par leur absence. Ce phénomène, ce « trou noir » dans le volume (liquidity black hole) est connu depuis toujours dans les marchés à terme; mais c’est devenu une réalité possible aussi dans les marchés des actions à cause des transactions sur des gros blocs d’actionsnote de bas de page 2.

Nos trois exemples simplifiés se réfèrent aux conséquences des ordres d’achat de gros blocs d’actions. Les possibilités sont les mêmes en cas d’ordres de vente de la même ampleur. Ici, le pire scénario, le troisième exemple, est une spirale à la baisse des actions d’ABC, qui pourrait entraîner d’autres titres « par sympathie », et ainsi créer une baisse généralisée du marché.

Plus l’ordre d’achat ou de vente est gros, plus il y a risque de perturber les prix du marché, en créant une hausse involontaire à l’achat et une baisse autant involontaire à la vente. Tout le monde est pénalisé dans ce cas : le fonds XYZ finit par acheter moins d’actions que prévu au prix voulu et, au moment de la vente, le prix sera inférieur à celui voulu, réduisant ainsi le rendement du fonds. L’investisseur individuel qui s’intéressait au titre ABC est pénalisé parce qu’il devra acheter les actions à un prix artificiellement plus élevé et les vendre à un prix artificiellement plus bas.

La solution à ces inconvénients a été l’arrivée des marchés alternatifs. Ils sont nés aux États-Unis en 1998. Leur but : offrir à leurs membres, essentiellement des institutions financières qui transigent des gros blocs de titres, la possibilité de trouver une contrepartie adéquate sans perturber le marché historiquement établi, grâce à la compétitivité qu’elles créent, l’ajout de liquidité et les commission moins chères que celles des vieilles Bourses.

Pour survivre, ces nouvelles Bourses doivent offrir nécessairement un meilleur prix que les vieilles Bourses, autrement les clients institutionnels retournent aux vieilles Bourses. Dans ce sens, les nouvelles Bourses sont de véritables concurrentes et la concurrence est un fait positif dans l’intérêt du public investisseur, tant privé qu’institutionnel.

Ces Bourses intéressent essentiellement les institutions financières : l’investisseur privé y accède indirectement via les fonds commun de placement, les fonds de pensions et éventuellement les maisons de courtage. Dans ce dernier cas, c’est la maison qui achemine automatiquement l’ordre à la Bourse qui offre le meilleur prix.

Des Bourses alternatives existent depuis quelques années au Canada. À titre d’exemple, voici le nom et l’adresse Internet de trois d’entre elles :

Leurs sites Internet montrent les succès obtenus et leurs ambitions, donnant l’impression que nous vivons une époque de grands changements dans les marchés boursiers qu’on a connus jusqu’à présent.

L’investisseur intéressé à approfondir ce sujet, trouvera dans le site de la SECURITIES AND EXCHANGE COMMISSION (l’autorité des marchés financiers américains) le document de 1998 « Regulation of Exchanges and Alternative Trading Systems – Final rules ». Au Canada on a des règlements tout à fait similaires. Les règlements qui régissent les marchés alternatifs en Amérique du Nord sont extrêmement, exigeants et contraignants

  1. Le groupe TMX est formé en réalité de huit divisions, dont trois sont les Bourses mentionnées et les cinq autres sont : NGX pour la négociation de produits de l’énergie (gaz naturel, pétrole brut et électricité); Shorcan pour la négociation de titres à revenu fixe; Équicom pour la relation avec les investisseurs et entreprises; Datalinx, pour l’information boursière, et CDCC (Canadian Derivatives Clearing Corporation), la chambre de compensation pour les produits dérivés financiers. Une chambre de compensation, ou Clearing House, est le complément de la négociation de produits dérivés : elle garantit à chaque contrepartie de la négociation que les droits et les obligations qui découlent de la négociation d’options et de contrats à terme seront respectés.
  2. Dans plusieurs marchés à terme, cette spirale des prix à la hausse – ou à la baisse – est brisée en imposant des limites quotidiennes de variation de prix par rapport à la séance précédente (les noms techniques sont : limit up, limit down).

L'auteur

Charles K. Langford

Charles K. Langford

PhD, Fellow CSI
Charles K. Langford est président de Charles K. Langford, Inc, une firme de gestion de portefeuilles. Il enseigne la construction et la gestion de portefeuille à l'école des Sciences de la Gestion, Université du Québec (Montréal). Il est l'auteur de 14 livres sur la gestion de portefeuille, les stratégies de produits dérivés et l'analyse technique.

Jusqu'en 2007, depuis 1990, il a été vice-président de gestion des risques pour Visconti Venosta Teaspoon Approach Management, Ltd. Auparavant il a été gestionnaire de portefeuille pour Refco Futures (Canada) Ltd.

Il a reçu un baccalauréat de l'Université de Montréal, une maîtrise et le doctorat de l'Université McGill (Montréal), et il est également Fellow de CSI (Canadian Securities Institute).