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La croissance à juste prix

Le titre idéal, affirment les investisseurs réputés pour leur génie (Warren Buffett, Peter Lynch, etc.), est celui d'une compagnie dont la croissance des profits est supérieure à celle de son industrie et dont l'évaluation est inférieure à la moyenne. Acheter des actions, c'est investir dans les perspectives de croissance d'une entreprise. De fait, le cours d'une action reflète plus ou moins l'anticipation des investisseurs à l'égard de ce que seront les bénéfices à venir de l'entreprise.

Alors, comment savoir si nous payons le juste prix pour la croissance à venir d'une compagnie ? À cette question, plusieurs réponses sont possibles. Certaines sont très complexes, d'autres fort simples. La plus élémentaire revient toutefois à prétendre qu'une action est une aubaine quand son ratio cours/bénéfices (C/B) est inférieur au taux de croissance de ses profits.

Disons que le titre de l'entreprise ABC Corp. se négocie à 12 fois les profits des quatre derniers trimestres, alors que les analystes financiers prévoient, en moyenne, une croissance annuelle de 20 % des bénéfices pour les cinq prochaines années. Son ratio C/B représente donc à peine 60 % (12/20) son taux de croissance. Certains chasseurs de « croissance à juste prix » vont jusqu'à dire que les vraies aubaines sont les titres dont le taux annuel de croissance des profits prévu est de deux fois supérieur au multiple C/B (10/20 ou moins).

Les titres qui présentent cette caractéristique sont très rares. De fait, à peine 4 % des entreprises inscrites sur les marchés boursiers américain et canadien remplissent cette exigence. Une petite recherche effectuée à l'aide du sélectionneur de titres de Yahoo Finance m'a permis de constater qu'en date du 15 janvier 2004 quelque 401 sociétés cotées sur les bourses américaines affichaient un ratio C/B inférieur au taux de croissance prévu de leurs profits.

Faites votre propre recherche à l'aide du sélectionneur de titres de globeinvestor.com ou encore celui du portail lesaffaires.com, et vous constaterez qu'à peine 40 à 50 entreprises canadiennes remplissent cette condition.

Si le multiple C/B d'un titre est une donnée financière relativement objective, il en va tout autrement de l'information relative au taux de croissance prévu des profits qui fait plutôt appel au jugement des analystes financiers. Le nombre d'analystes émettant des prévisions sur les bénéfices à venir d'une même compagnie est-il une variable importante à considérer dans l'établissement d'une stratégie visant la quête de croissance à juste prix ? Il semble bien que oui.

Dans une dizaine d'articles académiques publiés dans les années 1980, les professeurs AvnerArbel et Paul Strebel ont démontré que les entreprises les moins exposées au regard des analystes étaient celles qui généraient les meilleurs rendements, et ce, peu importe leur taille. Pour ma part, je suggère que vous vous concentriez uniquement sur les entreprises suivies par un minimum de quatre analystes financiers.

Dans un contexte où l'on ne cesse de nous répéter que les titres se négocient à des cours historiquement très élevés, l'investisseur qui se donne la peine de faire un minimum de recherche parviendra toujours à dénicher des actions de croissance se vendant à des cours plus qu'intéressants.