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L’importance de prévoir et de respecter un prix de sortie

Chaque année, le mont Everest suscite l'intérêt d'alpinistes qui se lancent à l'assaut de son sommet, l'un des plus élevés au monde. Depuis les années 1920, plus de 14 000 alpinistes ont tenté cette ascension et quelque 4 000 d'entre eux ont réussi cet exploit. Malheureusement, près de 300 grimpeurs sont décédés lors de leur tentative. Les principales raisons invoquées sont le manque d'oxygène, les chutes et les avalanches. Toutefois, dans le cas de Doug Hansen, la tragédie aurait pu être évitée...

Le 10 mai 1996, cet alpiniste et les membres de son expédition s'étaient entendus sur un point : ils devaient atteindre le sommet avant 14 heures, sinon, ils feraient demi-tour. Cette échéance permettait à l'équipe de regagner le camp de base à la lumière du jour, mais Doug Hansen a malgré tout tenté sa chance au-delà de l'heure limite. Bien qu'il ait réalisé son rêve vers 15 heures, cette décision lui a coûté la vie. Pourquoi a-t-il agi ainsi?

D'après Michael Roberto, professeur de management à l'Université Bryant, son choix a été motivé par le concept des coûts irrécupérables. Ces derniers représentent les coûts engagés qui ne sont ni remboursables ni récupérables. D'un point de vue rationnel, ces coûts ne devraient pas influencer la prise de décision, ce qui est plus facile à dire qu'à faire. Pour sa conquête du « toit du monde », Doug Hansen a cumulé trois emplois pour amasser les 65 000 $ nécessaires, sans oublier l'investissement en temps et en énergie pour sa préparation. Assurément, tout près du sommet, ces « coûts » ont pesé très lourd dans la balance lorsqu'il a décidé de poursuivre la montée, et ce, en dépit des risques auxquels il s'exposait.

À un degré moindre, un négociateur actif fait régulièrement face à ce type de dilemme : conserver un placement non rentable ou le vendre. Or, à l'image de Doug Hansen, nous avons tendance à garder espoir, étant donné que notre investissement est à la fois financier et émotionnel. Voilà pourquoi il est primordial de prévoir et de respecter un prix de sortie pour chacune des transactions. Nous serons alors en mesure de limiter les pertes financières tout en préservant notre énergie mentale et en réduisant notre niveau de stress, des conditions sine qua non du succès à long terme.

Pour ce faire, je suggère d'utiliser un ordre de vente stop. Par exemple, j'achète l'action XYZ à 5 $ et, immédiatement, je place un ordre de vente stop à 4 $. Si le cours de l'action chute sous la barre des 4 $, la position sera alors fermée de façon automatique. Autrement, je la conserve. Pour les intéressés, Desjardins Courtage en ligne présente régulièrement et gratuitement une webémission à ce sujet intitulée Comment placer une commande « stop ». En procédant ainsi, l'investisseur connaît d'avance sa perte théorique maximale (la différence entre le coût d'acquisition et le prix de son ordre de vente stop) et ne peut justifier le statu quo en se fondant sur la notion des coûts irrécupérables.

Sans contredit, pour un négociateur actif, la quête de constance est un défi important qui requiert des efforts, du temps, de l'énergie et de la discipline. À l'instar d'un alpiniste, il doit prendre des décisions éclairées pour que la valeur de son portefeuille atteigne de nouveaux sommets!

Sources:

  • Charlie Buffet. Piège en haute montagne, Libération, 20 avril 1998.
  • Charles Schwab. Choiceology with Dan Heath, épisode 3: Summit Fever, 12 mars 2018.

L'auteur

Michel Villa

Michel Villa

Conférencier, chroniqueur et formateur en bourse