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Le caractère incertain et aléatoire du marché boursier

Depuis quelques années, de nombreuses études montrent qu'en moyenne, les gestionnaires de portefeuille sont incapables de générer un rendement net (après déduction des frais d'opérations) supérieur à celui que produit leur indice de référence correspondant. En effet, selon les professeurs de finance réputés Eugene Fama et Kenneth French, seulement 3 % d'entre eux possèdent les habiletés requises pour justifier leurs honoraires. Fait cocasse, à la suite d'une expérience réalisée par le Wall Street Journal en 1988, Bing Liang, un autre professeur de finance, a constaté qu'un portefeuille de titres choisis par un journaliste en lançant des fléchettes sur les pages financières d'un journal obtenait sensiblement la même performance que celle enregistrée par un portefeuille créé par un spécialiste de l'investissement. Comment peut-on justifier un tel constat?

Pour assouvir notre désir d'établir des liens de causalité, nous évoquons des raisons pour motiver l'achat d'une action. Or, étant donné le caractère aléatoire et incertain du marché boursier, nous n'avons aucun contrôle sur le rendement d'un placement et nous devons donc accepter le fait que tout peut arriver à court terme – une pilule difficile à avaler. Rien ne vaut un exemple pour mieux apprécier ce principe.

Le 1er février dernier, le cours de l'action de Facebook se cotait à plus de 195 $, un nouveau sommet historique pour le réseau social. L'opinion consensuelle des analystes financiers était très favorable (41 recommandations d'achat par rapport à 2 recommandations de vente) quant aux perspectives de rendement de l'action, les prévisions annonçant un prix cible moyen sur un an de 212 $, soit une hausse de 9 %. Malheureusement, en l'espace de quelques semaines, le cours de l'action a perdu près de 25 % en chutant sous la barre des 150 $, à la suite de l'affaire Cambridge Analytica. Vous vous en souviendrez sûrement : les données de quelque 87 millions d'utilisateurs de Facebook avaient alors été récupérées à leur insu par cette firme spécialisée dans l'influence politique.

Bien sûr, cet événement était impossible à prévoir, pas plus que la réaction des participants de marché. Puisque le marché boursier est composé de nombreux intervenants (particuliers, caisses de retraite, compagnies d'assurances, fonds communs de placement, etc.) qui ont des stratégies, des objectifs et des horizons de placement différents, le comportement d'une action restera toujours incertain, et ce, peu importe notre expérience et la qualité de notre philosophie de gestion.

Il est donc essentiel de réagir adéquatement à ces situations. L'une des erreurs les plus fréquentes consiste à multiplier constamment les transactions dans l'espoir d'anticiper les mouvements boursiers, un exercice qui s'avère malheureusement futile. À cet égard, les chercheurs Barber et Odean ont voulu évaluer le lien entre le nombre de transactions effectuées et le rendement obtenu. Pour ce faire, ils ont analysé les états de compte de plus de 66 000 investisseurs qui détenaient un compte de courtage à commissions réduites entre 1991 et 1996. Le résultat fut concluant : les investisseurs qui se retrouvaient dans le premier quartile en termes d'activité boursière ont dégagé un rendement annuel moyen de 11,4 %, comparativement à un rendement annuel moyen de 18,5 % pour ceux qui se classaient dans le dernier quartile! Vous savez, quand on dit que moins, c'est mieux...

Pour conclure, je vous propose une réflexion de Warren Buffett, chef de la direction de Berkshire Hathaway et sûrement le plus grand investisseur de la finance moderne. Il nous recommande de rester calmes, disciplinés et impassibles, et de miser sur le respect de notre plan financier à long terme. Sachant qu'entre 1965 et 2016, sa société d'investissement a généré un rendement annuel composé de 19 % – une performance près de trois fois supérieure à celle enregistrée par le S&P 500 au cours de la même période –, ses conseils méritent qu'on s'y attarde, sans quoi c'est votre rendement qui risque d'être aléatoire et incertain...

Sources :

  • Brad M. Barber et Terrance Odean. Trading is Hazardous to Your Wealth: The Common Stock Investment Performance of Individual Investors, The Journal of Finance, vol. LV, no 2, avril 2000.
  • Business Insider. Voilà pourquoi Warren Buffett n'investit pas dans les nouvelles technologies, Le Journal du Net, 23 avril 2014.
  • Investment Masters Class. Buffett's Edge, 21 avril 2018.
  • Max A. Cherney. Facebook earnings: How will news feed changes impact revenue? MarketWatch, 31 janvier 2018.
  • Radio-Canada. Scandale Facebook: Cambridge Analytica a accédé aux données de plus de 600 000 Canadiens, 4 avril 2018.
  • Spencer Jakab. Heads I Win, Tails I Win, Portfolio/Penguin, 2016.
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L'auteur

Michel Villa

Michel Villa

Conférencier, chroniqueur et formateur en bourse

Michel Villa

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