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La négociation active : une question d’intelligence?

Commençons le billet par un petit test : selon vous, quel est le groupe de professionnels qui connaît le plus de succès lors d’une négociation intraséance?

  • Les comptables
  • Les économistes
  • Les ingénieurs
  • Les pilotes aériens

D’après Robert Deel, propriétaire d’une école spécialisée dans la négociation active en Californie, les pilotes d’avion ont tendance à faire meilleure figure dans ce type d’activité. D’une part, ils ont la capacité de prendre des décisions optimales sous pression et, d’autre part, ils reconnaissent l’importance de minimiser rapidement les pertes, une qualité essentielle pour un négociateur en Bourse.

Sans surprise, pour un grand nombre de personnes, l’intelligence intellectuelle est le principal facteur de réussite en finance. Ainsi, il peut être très difficile d’admettre que toute transaction n’implique pas nécessairement un profit, ce qui explique le manque de discipline en ce qui concerne la gestion des positions non rentables. Malgré des stratégies d’investissement fondées sur une logique implacable, nous devons composer avec le caractère incertain et aléatoire du marché boursier. Par exemple, bien que les sondages et les experts prédisent une victoire d’Hillary Clinton lors de la prochaine élection présidentielle américaine, il est possible, à l’image du Brexit, que le contraire se produise.

Le négociateur actif doit donc reconnaître que l’intelligence intellectuelle a ses limites. Pour ce faire, il doit porter une attention particulière à des aspects clés comme l’implantation et le suivi des transactions, sans quoi il risque d’obtenir un rendement décevant. À ce propos, le club d’investissement du MENSA, dont le seul critère d’admissibilité est d’exceller aux tests d’intelligence, a procuré un rendement annuel moyen de 2,5 % entre 1986 et 2001. Durant cette même période, le S&P 500 a généré un rendement annuel moyen de 15,3 %!

Admettre que l’on fait fausse route et se corriger est une preuve d’intelligence.
Citation de Maxalexis

Dans les années 1980, William Eckhardt, un réputé négociateur, était d’avis que le succès boursier était entièrement attribuable aux capacités cognitives propres à l’individu et que la négociation active ne pouvait donc être enseignée. Toutefois, son ami Richard Dennis, un autre négociateur prolifique, émettait une opinion diamétralement opposée. Selon lui, n’importe qui peut générer des profits à la Bourse, à la condition d’acquérir une formation adéquate et surtout, de respecter rigoureusement les principes de gestion du risque.

Afin de mettre un terme à ce débat, William Eckhardt et Richard Dennis ont tenté l’expérience suivante. Ils ont tout d’abord recruté différentes cohortes d’une dizaine de personnes à l’aide d’annonces publiées dans le Barron’s, le New York Times et le Wall Street Journal. Ensuite, après une formation de deux semaines et une période transitoire pour la négociation en temps réel, Richard Dennis a donné à chaque candidat un capital de départ de 1 000 000 $. Leur mandat consistait simplement à suivre les règles dictées par la méthode proposée par Eckchardt et Dennis.

Assurément, cette approche a été fructueuse. Ces groupes de négociateurs, baptisés « Les Tortues », auraient généré un profit total de quelque 175 millions de dollars sur une période de cinq ans. Ils ont ainsi donné raison à Richard Dennis : la négociation active profitable nécessite aussi le développement d’habiletés et l’application stricte de règles de gestion.

Sans contredit, cette expérience montre bien que l’intelligence intellectuelle peut être utile pour acquérir des connaissances, mais qu’elle est de toute évidence insuffisante pour connaître du succès à la Bourse. Il est donc primordial d’appliquer des concepts tirés de la gestion du risque tels que diversifier son portefeuille, établir un prix de sortie pour chacune des transactions (par exemple, l’utilisation d’ordres stop), limiter la pondération d’un titre en portefeuille et prévoir un montant de perte maximale par position. Heureusement, toute personne intelligente est en mesure d’apprendre et d’appliquer ces principes!

L'auteur

Michel Villa

Michel Villa

Conférencier, chroniqueur et formateur en bourse