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La Bourse n’est pas un jeu

Ashley Revell, un Londonien de 32 ans, a réalisé en 2004 un exploit hors du commun en doublant le montant total de son actif financier. N'ayant en tête que cette information, je vous pose maintenant la question suivante : seriez-vous prêt à confier votre fonds de retraite à Ashley Revell?

Je suis convaincu que de nombreuses personnes seraient ouvertes à l'idée. De prime abord, la proposition semble alléchante. En effet, l'objectif principal d'un investisseur est généralement d'obtenir un bon rendement. Qu'il s'agisse d'acquérir un fonds commun de placement ou d'adopter un système de négociation active, l'investisseur s'informe sur la performance passée et prend souvent sa décision uniquement en fonction des résultats. Cependant, selon Rolf Dobelli, entrepreneur et écrivain, l'être humain accorde davantage d'importance à une information qui lui est évidente au détriment d'une autre qui ne l'est pas. Pour vous expliquer ce concept, regardez les deux séries de nombres suivantes :

  • Série 1 : 724, 947, 421, 843, 394, 411
  • Série 2 : 239, 865, 261, 795, 639, 756

Selon vous, dans chacune de ces séquences, qu'ont en commun les nombres?

Pour la série 1, la réponse est simple : chaque nombre comprend le chiffre 4. En ce qui concerne la série 2, la réponse est plus laborieuse : aucun nombre ne contient le chiffre 4. En vertu de ce principe, dans le cas d'Ashley Revell, une analyse un peu plus approfondie révélerait donc des lacunes en ce qui a trait à la stratégie employée. En effet, après avoir vendu tout ce qu'il possédait, il s'est envolé pour Las Vegas. Son but était de miser la totalité de la somme obtenue, soit 135 300 $, sur la couleur rouge lors d'un seul tour de roulette! Comme vous vous en doutez, il a remporté son pari...

À la Bourse, il y a deux règles fondamentales à respecter. La première est de ne pas perdre; la seconde est de ne jamais oublier la première.

Warren Buffett

Bien sûr, je vous déconseille fortement de tenter cette expérience. Pourtant, nombreux sont ceux qui se comportent sensiblement de la même manière à la Bourse. À l'image d'un casino, les barrières à l'entrée sont négligeables : il est possible de négocier toute l'année et d'obtenir des rendements explosifs. Cela nous pousse malheureusement à délaisser la gestion du risque. Beaucoup d'investisseurs affirment même que la Bourse est un jeu, en ce sens que la performance est attrayante, mais complètement aléatoire. Or, rien n'est plus faux.

Comme Rolf Dobelli nous le rappellerait probablement, il est nécessaire d'accorder de l'importance à la préservation du capital, un facteur moins évident sur lequel nous avons une emprise. Contrairement aux jeux de hasard, le résultat d'une transaction n'est pas binaire; autrement dit, il n'y a pas que deux scénarios : tu gagnes une somme d'argent ou tu perds ton investissement. En fait, nous pouvons liquider nos placements à tout moment, ce qui nous permet de limiter les pertes financières.

Assurément, le manque de discipline est souvent à l'origine d'une performance boursière décevante. C'est d'ailleurs cet aspect qui différencie un amateur d'un professionnel. Ce dernier reconnaît, d'une part, qu'il est illusoire d'espérer avoir uniquement des placements profitables et, d'autre part, l'asymétrie de rendement entre une position rentable et une position perdante. À titre d'exemple, lorsqu'une action passe de 8 à 10 $, elle a gagné 25 %. Advenant qu'elle ait plutôt reculé de 8 à 6 $, elle a besoin d'un rendement de 33 % pour revenir à son prix d'entrée. Voilà pourquoi il est impératif d'être à la fois patient quand les transactions sont gagnantes et impatient quand elles sont perdantes!

Conseil pratique

D'après Steve Spencer, l'un des fondateurs de la firme SMB Capital, le taux de succès d'un bon négociateur actif est d'environ 50 %. Sachant qu'en moyenne, une transaction sur deux est perdante, il est suggéré d'établir un montant de perte maximal par position en fixant un pourcentage variant entre 1 et 5 % de la valeur du portefeuille. Par exemple, pour un portefeuille de 100 000 $ et un risque maximum de 5 %, aucune transaction ne pourra entraîner une perte de plus de 5 000 $. Ainsi, le risque de ruine (c'est-à-dire que la valeur du portefeuille tombe à zéro) se trouve fortement réduit. À ce propos, selon Kirk Du Plessis, d'Option Alpha, nous n'avons qu'une chance sur 10 400 000 d'effectuer 20 transactions perdantes consécutives avec un taux de réussite moyen de 50 %!

Risque maximum par transaction selon la valeur du portefeuille

Valeur du portefeuille 1 % 2 % 3 % 4 % 5 %
5 000 $ 50 $ 100 $ 150 $ 200 $ 250 $
10 000 $ 100 $ 200 $ 300 $ 400 $ 500 $
25 000 $ 250 $ 500 $ 750 $ 1 000 $ 1 250 $
50 000 $ 500 $ 1 000 $ 1 500 $ 2 000 $ 2 500 $
100 000 $ 1 000 $ 2 000 $ 3 000 $ 4 000 $ 5 000 $

Je vous invite donc à prendre au sérieux l'investissement boursier en adoptant une méthodologie robuste, et surtout, une gestion du risque rigoureuse, sans quoi vos efforts ne vaudront rien de plus qu'un tour de roulette...

Si vous souhaitez approfondir vos connaissances en la matière, venez assister à la prestation que je livrerai dans le cadre d'une tournée de conférences qui aura lieu cet automne à Montréal, Québec, Trois-Rivières, Sherbrooke, Gatineau et Saguenay. Pour plus d'information, visitez disnat.com/avantages/tournee-educative.

Sources :

  • Kirk Du Plessis. Trade Size & Capital Allocation, Option Alpha, 2018.
  • Rolf Dobelli. The Art of Thinking Clearly, Harper, 2014, 384 p.

L'auteur

Michel Villa

Michel Villa

Conférencier, chroniqueur et formateur en bourse