Commentaire financier du jour

Canada

L’inflation au Canada a grimpé à un sommet inégalé depuis 10 ans, à 3,6 % a/a en mai, contre 3,4 % a/a le mois précédent. Les diverses mesures de l’inflation de base de Statistique Canada – commune, médiane et moyenne tronquée – ont toutes accéléré, peignant le même tableau. La Banque du Canada a déjà commencé à réduire ses achats d’actifs et restera probablement un chef de file parmi les grandes banques centrales dans la normalisation de sa politique. Les autorités monétaires canadiennes sont très focalisées sur les risques que l’augmentation rapide des prix de l’immobilier résidentiel pose pour la stabilité financière, ce qui les a incitées à adopter une attitude plus restrictive en avril. Alors que le marché immobilier restera probablement une de leurs grandes préoccupations, la conjoncture économique canadienne indique aussi qu’une politique ultra-accommodante n’est plus justifiée. La reprise intérieure et la campagne de vaccination progressent, et les prix montent. Toutes les trois composantes de l’instrument de surveillance de la Banque du Canada de BCA Research ont récemment grimpé en flèche et indiquent maintenant que la BdC subit des pressions pour une réduction de la détente. Dans ces circonstances, il est probable que la Banque du Canada procède à sa première hausse des taux d’intérêt avant la Fed.

États-Unis

Comme on s’y attendait, la Fed a laissé sa politique inchangée à l’issue de sa réunion, mercredi. Mais elle a révisé ses projections économiques et sa conférence de presse reflétait un éloignement continu du besoin d’une politique ultra-accommodante. Les membres du FOMC ont revu leurs projections économiques à la hausse pour 2021. La médiane des projections du PIB réel se situe maintenant à 7 % comparativement aux 6,5 % de mars. De plus, l’estimation médiane de l’inflation selon l’indicateur PCE d’ensemble a été revue à la hausse d’un point de pourcentage à 3,4 %, alors que l’inflation selon l’indicateur PCE de base a été augmentée à 3,0 %. En accord avec ces changements, le graphique à points mis à jour révèle maintenant que 7 des 18 participants du FOMC anticipent une hausse des taux d’intérêt en 2022, et que la majorité (13 membres) s’attend à au moins une hausse avant la fin de 2023, ce qui rehausse la prévision médiane du taux des fonds fédéraux à 0,6 % d’ici la fin de 2023. Dans sa conférence de presse qui a suivi la réunion, le président de la Fed, Jerome Powell, a reconnu que l’effet des goulots d’étranglement sur les prix « a été plus grand que prévu » et qu’il existe une « possibilité que l’inflation se révèle plus forte et plus persistante que nous le prévoyons ». M. Powell a aussi noté que le Comité « serait prêt à ajuster la politique monétaire » en réaction à une inflation plus forte. De plus, ses commentaires laissaient entendre que la discussion au sujet d’une réduction des achats d’obligation a été engagée, mais M. Powell a souligné que les changements seront communiqués « bien à l’avance ». La communication a surpris le marché par sa fermeté. Le taux de l’obligation du Trésor américain de 10 ans a augmenté de 8,2 points de base, le dollar américain s’est apprécié et l’or a chuté.

Europe

Les États-Unis et l’Union européenne resserrent leurs liens pour contrer la Russie et la Chine. Signe d’une plus grande coordination, les alliés ont dévoilé un nouveau Conseil commercial et technologique de haut niveau. Ce conseil vise à stimuler l’innovation et l’investissement dans et entre leurs économies et à mieux livrer concurrence à la Chine et à la Russie dans le développement et la protection de technologies critiques et émergentes.

Asie

Les données économiques du mois de mai confirment que la reprise de la demande intérieure de la Chine a passé le point culminant de sa vigueur. La plupart des indicateurs macroéconomiques publiés hier sont inférieurs au consensus et croissent à un rythme plus lent (en glissement à la fois annuel et mensuel) que le mois dernier. Selon les données officielles, la production à valeur ajoutée réelle dans les entreprises industrielles a ralenti à 8,8 % a/a en mai, contre 9,8 % a/a en avril. Les données de production décevantes en mai sont en partie attribuables à une pénurie de puces informatiques, des pannes d’électricité et des perturbations logistiques subies par la Chine le mois dernier avec une flambée de cas de COVID-19 dans la province du Guangdong. Cependant, les données économiques plus faibles que prévu sont, à la base, le résultat de la forte réduction des mesures de stimulation au cours des cinq premiers mois de l’année. Les chiffres totaux du financement social publiés la semaine dernière révèlent une accentuation de la décélération de la croissance du crédit en mai, soulevant le risque d’une politique trop restrictive. Les investissements en immobilisations ont augmenté de 5,5 % en mai, contre 10,9 % en avril. La croissance de l’investissement dans l’immobilier et les infrastructures a poursuivi sa tendance à la baisse. La croissance de la production de certaines matières premières reliées au logement a aussi diminué.

L'auteur

Michel Doucet

Michel Doucet

Vice-président et gestionnaire de portefeuille
Après l’obtention de son baccalauréat de la Faculté des Sciences sociales de l’Université du Québec à Montréal, et de sa scolarité de deuxième cycle, Michel Doucet débute sa carrière comme économiste junior au siège social de la Banque Nationale à Montréal. En 1992, il joint l’équipe du groupe institutionnel – actions et revenu fixe – de Lévesque Beaubien Geoffrion à titre d’économiste, analyste de marché. Au cours des années, il mène divers projets touchant à l’économie internationale, nord-américaine et aux finances publiques canadiennes. En 1996, l’équipe d’économistes institutionnels dont il fait partie, est classée première au pays par Brendan Wood International. En août 1997, monsieur Doucet entre au Service aux particuliers de Lévesque Beaubien Geoffrion où il occupe les fonctions d’économiste, analyste du marché à revenu fixe et vice-président. En 2004, il joint le secteur du plein exercice chez Valeurs mobilières Desjardins à titre de vice président. Il occupe les fonctions de stratège pour les titres à revenu fixe, d’économiste et de gestionnaire de portefeuille. Il gère la Direction Groupe conseil en portefeuille, Mise en marché du conseiller et Distribution de la planification financière et de l'assurance.