Commentaire financier du jour

Par Michel Doucet 14 février 2018

Canada

Les actions canadiennes n'ont pas réussi à conserver leurs gains de début de séance et ont reperdu du terrain un dixième jour sur douze; la plupart des secteurs ont chuté. L'indice composé S&P/TSX a cédé 25 points soit 0,2 pour cent pour s'établir à 15 216,47. Les actions sensibles aux taux d'intérêt des secteurs des télécommunications et des services publics ont reculé de 0,8 pour cent avant la sortie du rapport sur l'inflation aux États-Unis mercredi. L'indice de la consommation discrétionnaire a aussi perdu 0,8 pour cent. Restaurant Brands International Inc., par exemple, a dégringolé de 3,5 pour cent, reperdant une partie de sa hausse de 6,2 pour cent de lundi.

Il y a quelques années à peine, les agriculteurs canadiens ne semblaient pas arriver à semer des pois assez vite pour répondre à la demande, mais aujourd'hui c'est fini. La culture des pois chutera probablement au plus bas en sept ans ce printemps et la superficie réservée aux lentilles recule de 27 pour cent, selon le ministère de l'agriculture fédéral. L'ensemencement diminuera, car les agriculteurs affecteront leurs champs à la culture de blé et de canola, l'oléagineux canadien qui est employé pour tout, de la confection de vinaigrettes à la cuisson de pommes frites. C'est un cas classique d'essor suivi d'une implosion. Depuis 2014, les superficies consacrées aux pois et aux lentilles ont augmenté de façon exponentielle au Canada sous l'impulsion de l'augmentation de la demande de produits de base végétariens et les producteurs touchaient des prix records pour les légumineuses. Mais cela s'est rapidement soldé par une offre mondiale pléthorique et a fait chuter les prix. Aujourd'hui, des pays comme l'Inde, le plus grand consommateur au monde de ces produits, imposent des droits de douane sur les importations pour essayer de renforcer les marchés pour les producteurs nationaux. AGT Food & Ingredients Inc. de Regina, en Saskatchewan, un des plus grands exportateurs de légumineuses, a chuté de plus de 40 pour cent au cours des 12 derniers mois.

États-Unis

En prévision de la publication des données sur l'inflation aux États-Unis aujourd'hui, la grande question que se posent les opérateurs boursiers est la suivante : « À quel point les rendements obligataires commenceront-ils réellement à faire mal? ». Selon les stratégistes de sociétés telles que Amundi et la Société Générale SA, le rendement des obligations du Trésor américain de 10 ans toucherait le seuil de tolérance des actions autour de 3 à 3,5 pour cent en rendant les actions beaucoup moins intéressantes que les titres à revenu fixe. La Société Générale estime qu'un taux de 3 pour cent pourrait faire descendre l'indice S&P 500 sous le seuil de 2 500, ce qui représente une baisse de 6,1 pour cent depuis le cours de clôture de mardi. Les marchés boursiers du monde se sont effondrés au cours des deux dernières semaines. La liquidation a été déclenchée par des mouvements des obligations après que les statistiques ont révélé une augmentation des salaires aux États-Unis. Depuis le creux de septembre de 2 pour cent, les rendements des obligations du Trésor ont bondi à un niveau inégalé en quatre ans près de 2,9 pour cent cette semaine. Les investisseurs ébranlés par la déroute boursière et soucieux d'acheter quand les cours seront au plus bas attendent maintenant le rapport sur l'inflation qui doit sortir à 8 h 30, heure de New York, pour deviner comment le marché évoluera.

Netflix Inc. a passé un contrat avec Ryan Murphy, le créateur de succès tels que « American Horror Story » et « Glee », pour le tournage de séries et de films, l'arrachant à 21st Century Fox Inc. en ce qui représente une réorganisation spectaculaire du secteur de la télévision. M. Murphy et sa société de production toucheront 300 millions $US sur cinq ans, selon une personne bien informée du dossier. Il rejoint Shonda Rhimes, ex-mégaproductrice d'ABC à qui on devait « Grey's Anatomy » et « Scandal », et Mark Millar, l'enfant prodige des bandes dessinées, sur une liste de talents créateurs en expansion rapide que Netflix s'efforce de réunir à grands frais.

Europe

L'économie de la zone euro a maintenu son rythme de croissance rapide à la fin de l'année dernière, préparant le terrain pour une nouvelle performance solide en 2018 qui pourrait amener les autorités de la Banque centrale européenne à changer d'avis en faveur d'un détricotage des mesures de stimulation exceptionnelles. Le produit intérieur brut a augmenté de 0,6 pour cent depuis le trimestre précédent, selon un rapport d'Eurostat paru mercredi, confirmant une estimation du 30 janvier. La croissance a ralenti en Allemagne et en Italie, mais a accéléré aux Pays-Bas et au Portugal, selon d'autres rapports. La Commission européenne a dit que l'expansion économique du bloc de 19 pays est maintenant plus équilibrée que jamais depuis la crise financière et le Fonds monétaire international a rehaussé ses prévisions mondiales pour 2018. Les grands argentiers de la BCE disent avoir de plus en plus confiance de voir la croissance robuste ranimer lentement les pressions sur les prix, ouvrant la voie à un retrait graduel de la détente monétaire.

Les économistes, qui ont tardé l'année dernière à prédire la première hausse des taux d'intérêt de la Banque d'Angleterre au bout d'une décennie, s'attendent désormais à ce que la prochaine ait lieu en mai, mais ceux qui ont été interrogés par Bloomerg sont divisés en deux camps égaux. En effet, ils sont 21 sur 41 à prédire une hausse à 0,75 pour cent, nettement plus tôt que lors de la prédiction précédente, qui datait de janvier. L'année dernière, une majorité d'entre eux n'avaient vu venir la hausse des taux de novembre qu'un mois avant son annonce, soit bien après que les marchés en eurent tenu compte. Dans la dernière enquête, huit économistes prévoient en outre une hausse pour août, les perspectives de hausse accélérée faisant suite à un changement de cap des prix du marché depuis le début de l'année 2018. La Banque d'Angleterre a déclaré ce mercredi que les entreprises s'attendent à la hausse la plus forte des ententes salariales cette année depuis la crise financière, vu l'augmentation du coût de la vie, la pénurie de main-d'œuvre et le bond du salaire minimum au pays. Pour la banque centrale, c'est la preuve que l'inflation d'origine monétaire depuis le vote en faveur du Brexit exerce une pression sur les prix intérieurs.

Asie

Avec le rythme de croissance économique le plus lent depuis deux ans et sa monnaie au plus haut depuis 15 mois, le Japon peine à faire renaître l'inflation même si dans les autres pays développés les prix commencent à monter. L'économie nippone a affiché un taux de croissance annualisé de 0,5 pour cent pour le trimestre clos en décembre, ce qui couronnait un huitième mois d'affilée d'expansion trimestrielle, la plus longue depuis près de 30 ans. Une baisse cependant par rapport à la progression de plus de 2 pour cent enregistrée chacun des deux trimestres précédents, et comme l'appréciation du yen est appelée à faire baisser les prix à l'importation, la Banque du Japon devrait avoir encore plus de difficulté à atteindre sa cible de 2 pour cent d'inflation. S'ils se confirment, le ralentissement de la croissance et la hausse du yen calmeront les rumeurs voulant que la normalisation de la politique puisse se passer comme le Japon le souhaite.

La deuxième banque d'État indien a déclaré avoir décelé une fraude de 1,8 milliard $US dans une succursale du réseau financier du pays, dont les répercussions sont susceptibles de s'étendre à d'autres entreprises bancaires. L'action de la société a dégringolé. La Banque Nationale du Punjab a décelé des opérations frauduleuses et non autorisées dans une de ses succursales à Mumbai, qui auraient profité à certains titulaires de compte privilégiés avec leur connivence de toute évidence, a-t-elle déclaré dans des documents d'information ce mercredi. Selon ces opérations, d'autres banques semblent avoir avancé de l'argent à ces clients à l'étranger. Ce cas soulève d'autres questions concernant la santé des banques indiennes, déjà plombées par un des pires ratios de prêts douteux parmi les grandes économies. Une situation dont aurait bien pu se passer le chef de la direction de cette banque, Sunil Mehta, entré en fonction en mai dernier, soit un an environ après que PNB et 12 autres sociétés bancaires eurent été condamnées pour avoir violé des règles lors d'opérations de change d'environ 1 milliard $US.

L'auteur

Michel Doucet
Michel Doucet
Vice-président et gestionnaire de portefeuille