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Les perspectives économiques mondiales s’assombrissent

Les tensions commerciales persistantes ont des conséquences négatives de plus en plus évidentes sur l’économie globale. Le commerce mondial stagne toujours et la menace de nouveaux tarifs, particulièrement entre la Chine et les États-Unis, continue de miner l’investissement des entreprises et les perspectives du secteur manufacturier. En zone euro, l’Allemagne est probablement déjà en récession, mais la France affiche une certaine résilience. Malgré une nouvelle entente, la question du Brexit n’est cependant pas complètement réglée et elle pourrait encore nuire à la conjoncture au Royaume-Uni. La Chine a poursuivi son ralentissement au troisième trimestre, enregistrant une variation annuelle de 6,0 % de son PIB réel, soit la plus basse depuis plusieurs décennies (graphique 1).

Graphique 1 – Le ralentissement économique se poursuit en Chine

Chine – PIB réel

Après une progression de 3,6 % en 2018, le PIB réel mondial devrait croître de seulement 3,1 % en 2019 et 3,0 % en 2020. Cette période de faible croissance économique à l’échelle de la planète pourrait s’étirer jusqu’en 2021. Les dégâts seront limités par les mesures qu’ont prises les banques centrales cette année, dont la baisse des taux d’intérêt aux États-Unis, mais elles ne suffiront probablement pas à entraîner une accélération durable si le niveau d’incertitude élevé observé présentement se maintenait partout dans le monde. Les Bourses, les taux obligataires et le huard pourraient continuer à évoluer sans tendance claire au cours des prochains mois, à moins d’une issue positive ou négative des négociations commerciales entre la Chine et les États-Unis. Il faudra particulièrement surveiller si la hausse des tarifs américains prévue à la mi-décembre pourra être évitée.

Aux États-Unis, les signes de ralentissement de l’économie se font plus nombreux, bien que la tendance ne soit pas généralisée. Les indices ISM pointent vers le bas (graphique 2), tout comme certains aspects du marché du travail. Toutefois, le taux de chômage a atteint un nouveau creux et quelques indicateurs de confiance des ménages ont fait du progrès. La croissance du PIB réel devrait s’approcher de 2 % au troisième trimestre, mais elle pourrait s’affaiblir davantage par la suite si les tensions commerciales demeuraient aiguës. Dans ce contexte, les prévisions ont été revues à la baisse pour 2020, une hausse de seulement 1,6 % du PIB réel américain étant anticipée, comparativement à 2,3 % en 2019.

Graphique 2 – La baisse des indices ISM commence à être inquiétante aux États-Unis

Indices ISM

La situation est plus encourageante au Canada, la vitalité de l’économie du pays ayant surpris lors des derniers mois. Le retour graduel de la production pétrolière albertaine a contribué à la poussée de 3,7 % du PIB réel au printemps, en rythme annualisé. Pour le troisième trimestre, une hausse de 1,7 % du PIB réel est attendue. Les dépenses de consommation et l’investissement résidentiel bénéficient d’un marché du travail vigoureux et d’une confiance élevée des ménages (graphique 3). Cependant, l’incertitude liée au commerce extérieur et aux investissements non résidentiels est toujours présente, ce qui freinera vraisemblablement encore la croissance au pays. La résilience de l’économie a convaincu la Banque du Canada de garder ses taux directeurs inchangés depuis le début de 2019. Le statu quo devrait se poursuivre au cours des prochains trimestres, la baisse des taux obligataires et hypothécaires soutenant déjà l’économie canadienne et ramenant des inquiétudes concernant l’endettement des ménages.

Graphique 3 – La confiance des ménages canadiens est élevée

Confiance des consommateurs

Le Québec continue aussi de se démarquer. Malgré les difficultés croissantes du commerce extérieur, l’économie québécoise a maintenu une bonne cadence en première moitié d’année. Au deuxième trimestre, la hausse du PIB réel a même frôlé les 3 %, en rythme annualisé. La création d’emplois demeure forte et le taux de chômage reste près de son creux historique mensuel de 4,7 %. Le marché immobilier résidentiel franchit même de nouveaux sommets en termes de ventes et de prix. Malgré ce bilan positif, la croissance économique devrait ralentir autour de 1,5 % en seconde moitié de 2019 et en 2020, alors que les conflits commerciaux et la décélération de l’économie mondiale affaibliront davantage les exportations du Québec.

L'auteur

Mathieu D'Anjou

Mathieu D'Anjou

Économiste en chef adjoint
Mathieu D’Anjou est économiste principal aux Études économiques du Mouvement Desjardins. Il se spécialise dans l’analyse des marchés financiers et effectue entre autres des prévisions sur les marchés boursiers et obligataires, ainsi que sur les prix des matières premières. Il est détenteur d’une maîtrise en économie financière de l’Université de Toronto et possède un titre de CFA.