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Les cours pétroliers ne devraient pas aller beaucoup plus haut cette année

Comme l'ont fait les places boursières, les prix des matières premières ont profité de l'amélioration des perspectives économiques mondiales et de l'enthousiasme des investisseurs à la fin de 2017 et au début de 2018. Les prix du pétrole Brent et WTI (West Texas Intermediate) ont donc bondi et atteint respectivement plus de 70 $ US et de 65 $ US le baril au cours des dernières semaines, des niveaux jamais vus depuis 2014. La situation est toutefois moins favorable pour le pétrole de l'Ouest canadien, une hausse de la production et des capacités de transport limitées ayant entraîné de nouveau une forte chute du prix du pétrole WCS (Western Canadian Select) par rapport au pétrole WTI. Cette conjoncture a contribué à la sous-performance récente de la Bourse canadienne.

En plus de l'accélération de l'économie mondiale qui soutient la demande de pétrole, la poussée récente des cours pétroliers internationaux s'est appuyée sur d'autres facteurs, dont une augmentation des tensions au Moyen-Orient et un recul du dollar américain. Le changement le plus fondamental à survenir depuis la fin de 2016 est cependant la discipline dont font preuve les membres de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et d'autres importants producteurs, notamment la Russie. En limitant l'offre de pétrole, ces pays ont réussi à faire disparaître complètement l'important surplus sur le marché mondial du pétrole et même à ramener un léger déficit pour l'ensemble de l'année 2017. Les stocks mondiaux de produits pétroliers ont donc reculé l'an dernier pour la première fois depuis 2013. La baisse est particulièrement marquée aux États-Unis, où l'on a observé un recul de plus de 10 % des stocks commerciaux de produits pétroliers au cours des 12 derniers mois.

À première vue, on pourrait donc penser que l'OPEP et ses alliés ont gagné leur pari et qu'ils pourront bientôt recommencer à augmenter leur production tout en profitant de prix plus élevés. La baisse rapide des stocks pourrait même laisser entrevoir le retour de déficits importants sur le marché mondial du pétrole et de prix établis à plus de 100 $ US le baril. La réalité est toutefois plus complexe, puisque les grands gagnants de la situation actuelle semblent plutôt être les producteurs américains. En effet, au cours des derniers trimestres, ils ont recommencé à investir massivement, et la production américaine de pétrole connaît une progression spectaculaire qui devrait l'amener bientôt à un nouveau sommet historique. La production américaine de pétrole a donc déjà rattrapé celle de l'Arabie saoudite et pourrait s'approcher de celle de la Russie, le premier producteur mondial, d'ici la fin de 2018.

Les dernières prévisions de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) laissent donc entrevoir en 2018 une poussée de 1,5 million de barils par jour (mbj) de la production pétrolière en Amérique, qui dépasserait à elle seule la progression attendue de 1,3 mbj de la demande mondiale. Loin de s'amplifier, le déficit de 2017 ferait alors place à un marché du pétrole équilibré en 2018. Dans ce contexte, un relâchement des efforts de l'OPEP et de la Russie ou une poussée supplémentaire des cours pétroliers risqueraient de freiner la progression de la demande mondiale, en plus d'ouvrir la porte à une nouvelle période de surplus et à une rechute des cours pétroliers.

À notre avis, les efforts de plusieurs pays producteurs et les perspectives économiques favorables justifient le retour du prix du pétrole WTI aux environs de 60 $ US le baril. L'absence de risque de pénurie au cours des prochains trimestres – surtout dans un contexte où les capacités non utilisées de l'OPEP représentent une marge de sécurité importante – permet toutefois de conclure qu'une poussée au-delà de ce niveau n'est pas justifiée par des facteurs fondamentaux et ne devrait probablement pas durer. Voilà pourquoi nous misons sur un prix du WTI moyen de 59 $ US le baril pour l'ensemble de 2018. Bien que de beaucoup inférieurs aux sommets atteints avant 2015, de tels cours pétroliers laissent entrevoir un contexte favorable aux producteurs de pétrole américains, qui ont beaucoup réduit leurs coûts de production au cours des dernières années. Pour la Bourse canadienne, des prix des matières premières beaucoup plus élevés qu'au cours des trois dernières années représentent aussi une excellente nouvelle, mais il faudra trouver une solution à la problématique du transport du pétrole pour pouvoir en profiter vraiment.

Graphique 1 –La remontée des cours pétroliers s'est accélérée, mais le pétrole canadien connaît des difficultés
Graphique 1 : La remontée des cours pétroliers s'est accélérée, mais le pétrole canadien connaît des difficultés

WTI : West Texas Intermediate; WCS : Western Canada Select
Sources : Datastream, Bloomberg et Desjardins, Études économiques.

Graphique 2 –Après un léger déficit en 2017, le marché mondial du pétrole s'annonce relativement équilibré en 2018
Note de bas de page *Graphique 2 : Après un léger déficit en 2017, le marché mondial du pétrole s'annonce relativement équilibré en 2018
  1. *Perspectives de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) en supposant une production stable de la part de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP).
    Sources : AIE et Desjardins, Études économiques
 
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L'auteur

Mathieu D'Anjou

Mathieu D'Anjou

Économiste principal

Mathieu D'Anjou

Mathieu D’Anjou est économiste principal aux Études économiques du Mouvement Desjardins. Il se spécialise dans l’analyse des marchés financiers et effectue entre autres des prévisions sur les marchés boursiers et obligataires, ainsi que sur les prix des matières premières. Il est détenteur d’une maîtrise en économie financière de l’Université de Toronto et possède un titre de CFA.

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