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La vigueur des économies avancées entraîne une résorption rapide des capacités excédentaires et une remontée des taux d’intérêt

La montée des tensions géopolitiques liées au programme nucléaire nord-coréen et les difficultés de l'administration américaine ont soulevé certaines inquiétudes au courant de l'été. À cela s'est ajoutée une saison des ouragans particulièrement violente. Malgré tout, l'économie mondiale envoie toujours des signaux encourageants, alors que les indices de confiance des ménages et des entreprises demeurent à des niveaux élevés et que la plupart des économies avancées continuent d'enregistrer une progression qui dépasse largement leur croissance potentielle. Malgré la meilleure tenue de l'économie mondiale, l'inflation reste généralement modérée, mais la diminution généralisée des capacités excédentaires laisse entrevoir une certaine accélération au cours des prochains trimestres.

Les principaux pays avancés d'outre-mer ont affiché une bonne croissance économique au deuxième trimestre de 2017. Pour la première fois depuis l'hiver 2007, la zone euro a connu trois croissances trimestrielles successives de plus de 2 % et les indicateurs précurseurs laissent entrevoir le maintien d'un bon rythme de croissance. Le Japon a enregistré sa meilleure croissance du PIB en plus de deux ans, profitant d'une amélioration de toutes les composantes de la demande intérieure finale. Le Royaume-Uni continue cependant de décevoir alors que l'incertitude entourant la question du Brexit freine maintenant la croissance économique dans ce pays.

Après un autre début d'année décevant, l'économie américaine a rebondi au printemps, sa croissance passant de 1,2 % au premier trimestre à 3,1 % au deuxième trimestre de 2017. Cette vigueur s'est maintenue au troisième trimestre alors que la première estimation des comptes nationaux place la croissance du PIB réel à 3 %, et ce, même si le passage des ouragans a nui à certains éléments de la demande intérieure. Les perspectives sont favorables pour la suite des choses aux États-Unis, alors que plusieurs indices de confiance des ménages et des entreprises ont récemment atteint des sommets de plusieurs années.

La Réserve fédérale semble satisfaite de la performance de l'économie américaine. À sa rencontre de septembre, elle a confirmé qu'elle commencerait à laisser graduellement son bilan se dégonfler et a clairement signalé son intention d'augmenter à nouveau ses taux directeurs d'ici la fin de 2017 et au cours des années suivantes. Dans ce contexte, les taux obligataires américains, qui avaient généralement diminué en juillet et en août, ont récemment amorcé une tendance haussière qui semble appelée à se poursuivre.

La croissance de l'économie canadienne s'est encore accélérée pour atteindre 4,5 % au deuxième trimestre de 2017. La croissance cumulative depuis le début de l'année s'élève donc à 4,1 % (à rythme annualisé), un résultat inégalé depuis 2002. La poussée de l'économie canadienne a continué de s'appuyer, entre autres, sur une consommation très vigoureuse qui profite de la performance solide du marché du travail. La croissance de l'économie canadienne devrait ralentir au cours des prochains trimestres et converger vers un rythme plus soutenable à moyen terme. Les effets de la remontée graduelle des taux d'intérêt directeurs et du ralentissement du marché de l'habitation devraient notamment contribuer à freiner la demande intérieure. Les données pour les mois de juillet et d'août laissent déjà entrevoir une modération considérable de la croissance au troisième trimestre.

La poussée de l'économie canadienne au deuxième trimestre a convaincu la Banque du Canada de procéder à une deuxième hausse consécutive de ses taux directeurs le 6 septembre dernier. Le taux cible des fonds à un jour a ainsi doublé en l'espace de sept semaines pour atteindre 1 %, entraînant d'importantes pressions haussières sur le huard et sur l'ensemble des taux d'intérêt canadiens. La Banque a toutefois opté pour le statu quo en octobre et a adopté un ton plus prudent. Bien que les autorités monétaires canadiennes n'envoient pas de signaux très clairs sur la suite des choses, il faut s'attendre à des hausses graduelles des taux directeurs au cours des prochains trimestres, alors que l'économie canadienne devrait généralement continuer de progresser à un rythme supérieur à sa croissance potentielle.

L'économie québécoise a aussi continué sur sa lancée, le PIB réel augmentant de 2,5 %, à rythme annualisé, au deuxième trimestre de 2017. La progression du PIB réel évolue ainsi entre 2,5 et 3 % depuis quatre trimestres consécutifs, ce qui constitue une excellente séquence pour la province. Cet essor repose principalement sur les ménages. Ces derniers bénéficient d'une forte progression de leur revenu alimentée par la vigueur du marché du travail et par certains allègements fiscaux. Le tempo de l'économie sera toutefois moins rapide en 2018, puisque la remontée graduelle des taux d'intérêt devrait ralentir la progression des dépenses de consommation et l'activité dans le secteur immobilier.

À l'image de 2016, la Colombie-Britannique devrait demeurer en tête en 2017 au chapitre de la croissance au Canada, grâce à une demande intérieure très vigoureuse. Elle pourrait toutefois être suivie de près par certaines provinces productrices de pétrole, dont l'Alberta, qui bénéficieront de l'important rattrapage du secteur énergétique répertorié depuis le début de l'année. Affectée par le ralentissement de son marché de l'habitation, la croissance de l'Ontario pourrait descendre légèrement sous la moyenne nationale. En Atlantique, le secteur de l'énergie pourrait aussi causer des surprises à Terre-Neuve-et-Labrador, tandis que les perspectives demeurent modérées pour les autres provinces.

Graphique 1 –La croissance économique des pays du G7 depuis un an dépasse amplement leur croissance potentiellenote de bas de page *
Graphique 1 : La croissance économique des pays du G7 depuis un an dépasse amplement leur croissance potentiel* Sources : Datastream et Desjardins, Études économiques.
Graphique 2 –L'économie canadienne devrait évoluer au-dessus de son plein potentiel à partir de maintenant
Graphique 2 : L'économie canadienne devrait évoluer au-dessus de son plein potentiel à partir de maintenant Sources : Statistique Canada, Banque du Canada et Desjardins, Études économiques.

  1. *En 2017, selon l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).
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L'auteur

Mathieu D'Anjou

Mathieu D'Anjou

Économiste principal

Mathieu D'Anjou

Mathieu D’Anjou est économiste principal aux Études économiques du Mouvement Desjardins. Il se spécialise dans l’analyse des marchés financiers et effectue entre autres des prévisions sur les marchés boursiers et obligataires, ainsi que sur les prix des matières premières. Il est détenteur d’une maîtrise en économie financière de l’Université de Toronto et possède un titre de CFA.

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