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La crise politique en Italie rappelle de mauvais souvenirs à la zone euro

Les questions internationales ont beaucoup retenu l'attention des investisseurs au cours des derniers mois, que l'on pense aux menaces de guerre commerciale ou aux efforts de rapprochement des États-Unis avec la Corée du Nord. La décision des Américains d'imposer de nouvelles sanctions à l'Iran et au Venezuela a aussi récemment contribué à faire bondir les cours pétroliers à des sommets jamais atteints depuis plusieurs années. Le style inorthodoxe du président américain contribue certainement à amplifier les incertitudes géopolitiques. Une poussée des inquiétudes liées à la situation politique en Italie rappelle toutefois que l'Europe continue aussi de faire face à des défis importants.

Les élections italiennes du 4 mars dernier ont été marquées par une poussée spectaculaire des partis populistes de droite et de gauche. Initialement, les résultats laissaient entrevoir une impasse qui forcerait la tenue d'autres élections. Les investisseurs internationaux semblaient peu préoccupés par cette situation, qui laissait présager un certain statu quo. Les choses ont toutefois changé subitement à la mi-mai, alors qu'une possibilité d'accord est apparue entre deux partis qui avaient obtenu environ 50 % des votes chacun : le Mouvement 5 étoiles de Luigi Di Maio et la Ligue de Matteo Salvini.

Ainsi, à la fin du mois de mai, l'Italie semblait sur le point de se doter d'un gouvernement contrôlé par deux partis aux alignements très différents sur les plans social et économique, mais dotés d'une vision populiste et eurosceptique commune qui les place en opposition avec les partis traditionnels italiens et les institutions européennes. Le programme sur lequel s'étaient entendus les deux partis promettaient à la fois d'importantes dépenses publiques et des baisses d'impôt. Les craintes d'une forte détérioration des finances publiques italiennes et d'une confrontation avec les dirigeants de l'Union européenne, entre autres sur la question des migrants, ont fait bondir les taux des obligations italiennes et le coût de l'assurance contre un défaut de ces dernières. Quelques pressions sont même apparues sur les taux d'autres pays périphériques de la zone euro et sur les titres bancaires. Et le scandale de corruption qui a fait chuter le gouvernement espagnol n'a pas rassuré les investisseurs.

En Italie, la situation a pris une tournure encore plus inquiétante lorsque le président de la République s'est opposé à la nomination de Paolo Savona au poste de ministre de l'Économie et des Finances parce qu'il le jugeait trop eurosceptique. De nouvelles élections semblaient redevenir inévitables et se seraient déroulées dans un climat très tendu, alors que les mouvements populistes étaient galvanisés par les gestes du président italien, qu'ils jugeaient antidémocratiques. Les inquiétudes des investisseurs ont donc continué de grimper en flèche, commençant même à affecter les marchés financiers à l'échelle mondiale. Un compromis a finalement été trouvé pour permettre la mise en place d'un gouvernement mené par les partis populistes, mais la situation risque de demeurer tendue au cours des prochains mois.

Sur plusieurs points, les récents événements en Italie rappellent la crise des dettes souveraines qui a touché la zone euro au début de la décennie. Pour le moment, il y a toutefois tout lieu de croire que les tensions financières demeureront moins fortes qu'à l'époque. La meilleure situation économique et les mesures mises en place par la Banque centrale européenne (BCE) devraient aider à limiter la contagion, d'autant plus que le risque que l'Italie décide véritablement d'abandonner l'euro demeure très faible. Il reste qu'en raison de la taille de son économie, de sa dette publique et de son système bancaire particulièrement fragile, ce pays représente un risque important qu'il faudra continuer à surveiller de près. Cela devrait convaincre la BCE d'agir très prudemment et elle pourrait bien décider de prolonger encore une fois ses achats de titres souverains si les tensions ne se dissipent pas rapidement. Cela pourrait contribuer à maintenir un euro relativement faible.

Au-delà de la volatilité actuelle, les difficultés de l'Italie rappellent aussi que la zone euro fait toujours face à plusieurs défis. Les mesures énergiques de la BCE ont permis d'éviter le pire il y a quelques années, mais elles n'ont pas réglé les problèmes fondamentaux, notamment la situation financière précaire de certains pays et de certaines institutions financières ainsi que le manque d'adhésion de la population à un modèle européen plus intégré qui permettrait une meilleure coordination économique. Les investisseurs que l'Europe intéresse doivent être conscients du fait que ces enjeux risquent de maintenir une certaine volatilité sur les marchés européens au cours des prochaines années.

Graphique 1 – Les inquiétudes des investisseurs concernant l’Italie ont bondi au cours des derniers jours
Graphique 1 – Les inquiétudes des investisseurs concernant l’Italie ont bondi au cours des derniers jours Sources : Bloomberg et Desjardins, Études économiques
Graphique 2 – La prime sur les obligations des pays périphériques d’Europe demeure relativement faible
Graphique 2 – La prime sur les obligations des pays périphériques d’Europe demeure relativement faible Sources : Datastream et Desjardins, Études économiques
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L'auteur

Mathieu D'Anjou

Mathieu D'Anjou

Économiste principal

Mathieu D'Anjou

Mathieu D’Anjou est économiste principal aux Études économiques du Mouvement Desjardins. Il se spécialise dans l’analyse des marchés financiers et effectue entre autres des prévisions sur les marchés boursiers et obligataires, ainsi que sur les prix des matières premières. Il est détenteur d’une maîtrise en économie financière de l’Université de Toronto et possède un titre de CFA.

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