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Économie mondiale et marchés financiers : que devrons-nous surveiller en 2020?

L’année 2019 a été marquée par un ralentissement de la croissance mondiale (graphique 1).

Graphique 1 – La croissance économique mondiale a ralenti

PIB réel mondial – selon la parité du pouvoir d’achat
Graphique 1 - La croissance économique mondiale a ralenti. Après des hausses de plus de 3,5 % en 2017 et 2018, la progression du PIB réel mondial est estimée à un peu moins de 3,0 % en 2019 et une croissance similaire est attendue cette année.
Sources : Banque mondiale, Consensus Forecasts et Desjardins, Études économiques

Celle-ci a notamment été freinée par l’escalade protectionniste entre la Chine et les États-Unis, qui a durement touché les échanges internationaux et le secteur manufacturier. Le climat d’incertitude a aussi eu un effet négatif sur les investissements des entreprises. Cet environnement économique moins favorable a toutefois incité plusieurs banques centrales, dont la Réserve fédérale américaine et la Banque centrale européenne, à recommencer à assouplir leur politique monétaire. Dans la foulée, une nouvelle baisse importante des taux obligataires dans les pays avancés a été observée, ce qui a non seulement soutenu la consommation et le marché résidentiel, mais aussi la performance des marchés financiers. Malgré un contexte économique et politique relativement difficile, l’année 2019 a ainsi été très bénéfique pour les investisseurs (graphique 2).

Graphique 2 – Malgré tout, l’année 2019 a été très profitable pour les investisseurs

Rendement d’un portefeuille canadien type
Graphique 2 - Malgré tout, l’année 2019 a été très profitable pour les investisseurs. Le rendement sur un portefeuille type d’un investisseur canadien a été d’environ 15 % en 2019, le meilleur résultat depuis 2009.
Sources : Statistique Canada et Desjardins, Études économiques

En décembre dernier, des nouvelles encourageantes ont permis de terminer l’année sur une note positive. L’élection d’un gouvernement conservateur largement majoritaire au Royaume-Uni et la signature de la phase 1 de l’entente commerciale entre la Chine et les États-Unis ont contribué à mettre de côté les pires scénarios concernant le Brexit et la guerre des tarifs douaniers. Les derniers obstacles à la ratification du nouvel accord de libre-échange entre le Canada, les États-Unis et le Mexique ont également été franchis. Les craintes d’une récession mondiale, qui avaient atteint leur paroxysme à la fin de l’été dernier, semblaient pratiquement disparues à l’amorce de 2020.

Ce regain d’optimisme est toutefois menacé par l’épidémie de coronavirus qui s’est déclarée en Chine. Des mesures draconiennes ont été déployées afin d’enrayer la progression de la maladie, mais celles-ci auront des répercussions considérables sur l’économie chinoise. Au moment d’écrire ces lignes, il n’est pas possible de savoir comment cette épidémie évoluera et si elle aura des conséquences durables sur l’économie mondiale, et plus particulièrement sur celle de l’Amérique du Nord. Chose certaine, la propagation à grande échelle du coronavirus représente certainement un nouveau risque pour les entreprises exposées aux marchés asiatiques. Il faudra suivre cette situation de près, mais l’expérience des crises passées, par exemple l’épidémie de SRAS qui avait semé l’inquiétude au commencement de l’année 2003, montre que les effets d’événements de ce genre sur l’économie et les marchés financiers sont souvent temporaires.

Au-delà des contrecoups du nouveau virus, d’autres éléments qui pourraient influencer l’économie et les marchés financiers seront à surveiller. En premier lieu, l’évolution des relations entre Pékin et Washington devrait continuer à retenir l’attention. L’entente de décembre dernier a permis d’éviter une nouvelle flambée des hostilités, mais des tarifs élevés demeurent en place sur la majorité des biens chinois exportés vers les États-Unis. La suite des négociations s’annonce très complexe et de nouvelles frictions risquent de surgir au cours des prochains trimestres. L’augmentation très ambitieuse des achats de biens américains promise par les autorités chinoises (graphique 3) pourrait être une source de discorde et il sera important de voir si les Américains accepteront de faire preuve de souplesse dans le contexte actuel. Les questions géopolitiques, entre autres la crise politique à Hong Kong et la réélection d’un gouvernement autonomiste à Taïwan, pourraient aussi nuire aux relations entre les deux superpuissances.

Graphique 3 – La hausse des importations chinoises de biens américains prévue par l’accord commercial est très ambitieuse

Exportations de biens et services américains en Chine
Graphique 3 - La hausse des importations chinoises de biens américains prévue par l’accord commercial est très ambitieuse. Selon l’entente, les exportations de biens et services américains vers la Chine devront passer d’un niveau estimé d’environ 169 G$ US en 2019 à 263 G$ US en 2020 et à 310 G$ US en 2021.
Sources : Bureau of Economic Analysis et Desjardins, Études économiques

Il faudra aussi surveiller la situation politique américaine à l’approche des élections de novembre 2020. Les répercussions économiques et financières d’un affrontement Trump-Biden seraient probablement limitées. Les choses pourraient toutefois être différentes si un candidat de l’aile progressiste du Parti démocrate réussissait à gagner l’investiture, voire la présidence. Déjà échaudés par la guerre commerciale et les craintes d’une pandémie, les entrepreneurs américains verraient probablement ce développement comme une nouvelle source d’inquiétude justifiant une prudence encore plus grande dans leurs investissements. Le style imprévisible du président Trump nous réserve aussi vraisemblablement d’autres surprises, particulièrement s’il est réélu en fin d’année. La montée soudaine des tensions avec l’Iran au début de 2020 en est un bon exemple.

À quoi doivent s’attendre les investisseurs?

Malgré l’apparition du coronavirus, les Bourses nord-américaines ont commencé la nouvelle année en force. À notre avis, il serait toutefois très surprenant que les principales places boursières répètent leur performance remarquable de 2019. Rappelons que les gains spectaculaires de l’an dernier reflétaient le fait que les indices avaient fortement chuté à la fin de 2018, alors que les craintes d’une récession prenaient de l’ampleur. Le contexte est bien différent aujourd’hui. La croissance économique mondiale qui s’annonce positive, mais relativement modeste, et le maintien d’incertitudes considérables sur le plan international nous amènent plutôt à tabler sur des rendements des Bourses nord-américaines relativement normaux cette année, soit de l’ordre de 7 à 8 % en incluant les dividendes. Des taux obligataires plus stables pourraient aussi limiter les gains sur les marchés d’obligations. Selon nous, les investisseurs peuvent donc espérer un rendement intéressant pour leur portefeuille, sans toutefois viser des résultats à la hauteur de ceux de 2019. Le niveau de volatilité élevée enregistré depuis le début de 2020 pourrait bien se maintenir un certain temps.

L'auteur

Mathieu D'Anjou

Mathieu D'Anjou

Économiste en chef adjoint
Mathieu D’Anjou est économiste principal aux Études économiques du Mouvement Desjardins. Il se spécialise dans l’analyse des marchés financiers et effectue entre autres des prévisions sur les marchés boursiers et obligataires, ainsi que sur les prix des matières premières. Il est détenteur d’une maîtrise en économie financière de l’Université de Toronto et possède un titre de CFA.