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Trop grosses pour faire faillite?

Après l’adoption de la Loi Glass-Steagall, le système financier américain a très bien fonctionné pendant plusieurs décennies. Parfois, des banques faisaient faillite, mais cela ne menaçait pas de faire écrouler tout le système. La Loi Glass-Steagall, que l’on appelait en 1932 le « Banking Act », a créé une incompatibilité entre les fonctions d’une banque de dépôts et ceux d’une banque d’investissement, et a donné naissance au système bancaire fédéral d’assurance dépôts – la Federal Deposit Insurance Corporation ou FDIC –, en plus d’introduire la notion de plafonnement des taux d’intérêt sur les dépôts bancaires. Cette loi prévoyait qu’une banque ne puisse espérer que l’on vienne toujours à son secours en cas de difficulté ; de plus, on savait que certaines banques ne seraient pas viables, et on faisait alors en sorte que leurs problèmes n’entraînent pas de crise financière. La FDIC protégeait les investisseurs contre la perte totale de leurs avoirs, mais ne protégeait pas les banques de la faillite.

Toutes les institutions ont commis la même erreur en même temps

En fait, les petits épargnants étaient totalement protégés. Dans ces années-là, il était plus facile de mettre le marché à l’abri d’une crise du crédit parce qu’on savait où se trouvait le crédit : dans les banques. Les banques d’investissement étaient limitées à la souscription d’émissions de valeurs mobilières et aux activités qui s’y rattachaient. Ce sont les institutions qui prenaient de plus gros risques, et personne n’était donc protégé. Toutefois, on exigeait d’elles une plus grande transparence et on leur interdisait d’emprunter 100 % de leur capital de risque. On leur imposait une marge au chapitre de la détention d’actions et de produits dérivés. De telles mesures faisaient en sorte que les portefeuilles d’investissement n’étaient pas financés dans des proportions aussi importantes par des emprunts ; des bulles boursières pouvaient éclater sans entraîner l’économie entière dans le marasme, et on pouvait donc laisser une banque faire faillite.

En 1999, le Congrès a annulé la Loi Glass-Steagall, mais à cette époque, la division entre les banques de dépôts et les banques d’investissement était déjà floue. En 1980, les banques de dépôts avaient commencé à demander et à obtenir toutes sortes de privilèges pour s’engager dans des opérations de souscription. La première à en obtenir l’autorisation a été Citigroup. En 1990, les banques de dépôts et les banques d’investissement avaient, à toutes fins pratiques, fusionné. Ainsi, les banques commerciales qui investissaient dans des hypothèques de 30 ans pour lesquelles elles devaient conserver d’importantes marges de capital sont devenues des banques commerciales qui investissaient dans des titres financiers garantis par des paniers d’hypothèques, autrement dit, des titres dont la sécurité était garantie par le gouvernement et pour lesquels la marge requise était beaucoup moins importante. Quand les banques investissaient dans les hypothèques de 30 ans, le risque de défaut se limitait à cette banque. Le passage aux titres garantis par les hypothèques et par le gouvernement a fait en sorte que toutes les institutions ont commis la même erreur en même temps : elles ont toutes essayé de détenir le plus de ces soi-disant « titres de cote AAA » avec le moins de capital possible pour les soutenir. La détention accrue de produits de dette titrisés a fait en sorte que le risque s’est étendu à tout le système. Ces institutions sont alors devenues trop grosses pour faire faillite.

Les génies de la finance des institutions financières ont le droit de penser qu’ils ont réinventé la roue ou créé l’instrument financier parfait et sans risque, mais les organismes de réglementation ont le devoir de s’assurer qu’aucune institution ne devient trop grosse pour faire faillite. C’est là le seul moyen de faire en sorte que tout le monde demeure raisonnable face à la prise de risque.

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L'auteur

Marc Desnoyers

Marc Desnoyers

B.Sc., M.B.A., C.F.A.

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