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Quel est l'avenir des marchés financiers?

Dans le cadre d’une conférence du Chartered Financial Analyst Institute américain, Gillian Tett, rédactrice adjointe du Financial Times de Londres, nous propose une démarche en cinq étapes pour comprendre la crise actuelle et tenter de prévoir les types demarchés financiers qui émergeront des leçons apprises récemment. Voici les grandes lignes de son allocution.

La crise financière a sérieusement miné les espoirs et ébranlé la confiance d’un grand nombre d’investisseurs. Pour ceux-ci, qu’ils soient institutionnels ou non, cette expérience s’apparente à une tragédie.
Or, en psychiatrie, tout processus de guérison comporte cinq étapes : le choc, le déni, la colère et la négociation, la dépression et enfin, l’acceptation et la résignation.

Première étape : le choc, qui a pris deux formes. Les américains ont d’abord appris que bon nombre d’emprunteurs pourraient être en défaut de paiement simultanément et que cela risquait d’avoir un effet domino sur le système bancaire et finir par causer d’importantes pertes économiques. Par la suite, un problème tout aussi sérieux s’est produit : la perte de confiance. Même après plusieurs avertissements annonçant que le développement de produits financiers structurés allait se retrouver hors contrôle, on continuait de croire que le système fonctionnerait quand même. Après tout, les agences de crédit attribuaient à gauche et à droite la cote AAA, sans faire de difficultés. Toutefois, quand les premiers étages du château de cartes ont commencé à s’écrouler, on s’est rendu compte que les experts financiers n’avaient pas réussi à diversifier le risque que présentaient les institutions et avaient créé un effet de levier d’une ampleur propre à donner le vertige.
En fait, on a alors réalisé qu’au fond, même les experts n’avaient pas bien saisi l’ampleur de ce qui se passait.

Deuxième étape : le déni. Au milieu de 2007, le gouvernement américain croyait que,même dans le pire des scénarios, les pertes liées aux prêts « subprimes » ne dépasseraient pas 100 milliards de dollars, et que si les banques centrales ajoutaient un peu de liquidités, le problème disparaîtrait rapidement de lui-même. On refusait alors de regarder la réalité en face.

Troisième étape : la colère et la négociation. D’après Gillian Tett, la colère se manifeste et pourrait ne faire que commencer, car on ne sait pas encore quel sera l’impact de toutes ces pertes économiques sur les gens ordinaires. Par exemple, chaque dollar investi dans certains fonds de retraite ne vaut plus que 0,10 $, ce qui aura un impact certain sur le paiement des prestations. On a donc identifié le problème, on pense avoir une idée assez exacte de son ampleur, et on commence à mettre en place différents programmes et on négocie pour trouver divers moyens de le régler.

Quatrième étape : la dépression. Cette phase est généralement caractérisée par des écarts considérables entre les obligations à haut rendement et les obligations du Trésor, ce qui signifie un risque élevé de défauts de paiement, au moment même où l’immobilier n’augmente plus de valeur et que les ventes d’automobiles chutent de façon dramatique, tout comme le niveau de consommation en général. Beaucoup de gens perdent alors leur emploi.

Cinquième étape : l’acceptation et la résignation. Les gens réalisent l’ampleur de la crise et assistent à l’effondrement des fondements qui, jusqu’alors, avaient soutenu le système financier. L’industrie financière
éprouve le besoin de se restructurer, de redéfinir ses normes afin de maintenir un capital adéquat pour les banques, d’adopter une réglementation plus sévère et d’instaurer des mesures pour limiter l’effet de levier. Or, il est utopique de croire que le libre marché suffira à régler tous ces problèmes. La société, qui a toujours résisté à l’intervention de l’État, devra apprendre à l’accepter. Mais cela ne se fera pas du jour au lendemain.

La conclusion de Gillian Tett est intéressante : « Je ne sais pas à quoi ressemblera l’industrie financière dans cinq ans, mais je sais qu’elle sera menée par des gestionnaires qui auront vécu une période écrasante de stress. L’expérience leur aura appris que même une grande banque peut faire faillite, ce qui les amènera à faire preuve de beaucoup plus d’humilité ».

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L'auteur

Marc Desnoyers

Marc Desnoyers

B.Sc., M.B.A., C.F.A.

Marc Desnoyers

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