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Le risque et les mouvements de capitaux

Le marché boursier ne sachant pas trop quelle direction prendre, il est souvent question, lorsque les investisseurs traversent une crise d’incertitude, de ce que l’on appelle dans le jargon du métier « flight to safety » ou fuite vers la sécurité. Dans cette expression, la « sécurité » est liée à la compréhension que l’investisseur a des différentes formes que peut prendre le risque. Lorsque le niveau de confiance est élevé, l’investisseur sort du marché obligataire et fait des placements dans le marché boursier, et lorsque le niveau de confiance est bas, c’est l’inverse qui se produit. Il est intéressant d’analyser le risque relatif de ces deux marchés, car un principe fondamental du placement repose sur la différence entre ces deux formes d’investissement.

Lorsqu’on achète une obligation, on choisit une série de paiements garantis par le crédit de l’émetteur pour la durée du titre en question. C’est ce qu’on appelle des « coupons ». À l’échéance, le principal est remboursé. Dans ce cas, le premier risque qui nous vient à l’esprit, c’est justement celui de ne pas être remboursé par l’émetteur de ladite obligation. Sinon, si tout se passe comme prévu, un placement de 7 % sur cinq ans rapportera immanquablement 7 % au bout de cinq ans, comme le prévoit le contrat. Les obligations sont négociées dans le marché qui leur est propre, tout comme les actions. La valeur d’une obligation est toujours mathématique : c’est la valeur actualisée de l’obligation que nous avons achetée, plus le capital qui nous sera remboursé. Ce qui fait bouger cette valeur actualisée, c’est le taux d’intérêt courant au moment de calculer cette valeur. Le tableau ci-dessous illustre la valeur d’un montant de 100 dollars investi à divers taux pendant un certain nombre d’années.

Tout d’abord, si on observe ce tableau ligne par ligne, on remarque que, peu importe la durée, que ce soit dans deux, cinq ou trente ans, la valeur actualisée des 100 dollars baisse quand les taux d’intérêt montent. La valeur d’une obligation est la somme de la valeur actualisée de tous les paiements prévus au contrat. L’autre chose que l’on constate, c’est que plus le paiement anticipé est éloigné dans le temps, moins il vaut cher aujourd’hui. On remarque aussi que la perte de valeur due à une hausse des taux d’intérêt est beaucoup plus importante en pourcentage lorsque le paiement anticipé est éloigné dans le temps. Ce sont donc les changements de taux d’intérêt qui font fluctuer la valeur d’une obligation, et la sensibilité de cette valeur est fonction du temps prévu pour recevoir ledit paiement. Le risque est déterminé par la volatilité à court terme du prix (valeur actualisée) d’un placement. Dans le cas présent, si les taux d’intérêt passent de 5 à 6 %, la valeur des 100 dollars n’aura bougé que de 1,88 % (ou de 90,70 à 89 dollars) dans deux ans, alors qu’elle aura baissé de 24,75 % au bout de trente ans.

Une action est un titre de propriété d’une entreprise. Un investisseur qui achète des actions n’a aucune garantie. Aucun paiement ni remboursement ne lui est promis. Dans bien des cas, la rentabilité d’un placement en actions dépend exclusivement de l’appréciation du prix de ces actions. Il n’y a pas d’échéance au terme de laquelle notre placement initial nous sera remboursé. Quelles que soient les fluctuations des taux d’intérêt au fil du temps, la valeur d’une obligation tendra toujours à se rapprocher de la valeur nominale prévue au contrat, alors qu’une action pourra valoir à peu près n’importe quoi. Ce penchant des obligations vers la valeur nominale à l’échéance du contrat garantit à l’investisseur le rendement attendu à terme, mais limite aussi ce rendement au montant prédéterminé. À l’opposé, puisqu’une action peut valoir à peu près n’importe quoi au gré des fluctuations des perspectives économiques et du passage du temps, les risques de pertes sont beaucoup plus grands, mais les chances de faire des gains importants le sont aussi.

Plus la durée d’un placement en obligations est longue, moins l’avantage de risque sur un placement en action est vrai. Quand on parle de « fuite des capitaux vers la sécurité », on pense à des capitaux qui délaissent le marché boursier pour se réfugier généralement dans des obligations de moins de cinq ans. D’une façon générale, les bons du Trésor de 90 jours du gouvernement fédéral américain représentent le placement le moins risqué, le plus risqué étant l’achat d’actions d’une société à petite capitalisation. Tout autre type d’investissement se situe entre ces deux extrêmes. L’investisseur qui a peu de tolérance au risque aura une plus forte proportion de son portefeuille dans des titres qui ont le profil d’une obligation à court terme, alors que celui qui peut tolérer le risque augmentera la proportion de ses placements en actions.

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L'auteur

Marc Desnoyers

Marc Desnoyers

B.Sc., M.B.A., C.F.A.

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