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Le paradoxe de l'épargne

L’économie américaine est plongée dans une récession dont la sévérité ne sera connue qu’une fois que celle-ci se sera résorbée. Cette récession est le résultat de l’effondrement du système financier, et nous nous retrouvons face au paradoxe de l’œuf et de la poule : qu’est-ce qui est arrivé en premier ? Est-ce l’effondrement du système financier qui a frappé si durement les consommateurs surendettés, ou bien est-ce que ce sont les consommateurs surendettés qui, en croulant sous le fardeau d’une dette de plus en plus lourde, ont entraîné l’effondrement du système ?

En 2005, le taux d’épargne des Américains était négatif ; on dépensait plus d’argent qu’on n’en gagnait. Les gens puisaient même dans leurs épargnes pour maintenir leur rythme de vie. L’Américain typique se permettait ce comportement dangereux parce que la valeur de sa maison ne cessait d’augmenter. Déjà, il y avait danger, selon plusieurs analystes. À l’heure où plus de 78 millions d’Américains étaient sur le point de prendre leur retraite, cette spirale immobilière haussière ne pouvait durer. La grande dépression est la seule période de l’histoire au cours de laquelle le taux d’épargne a été négatif. Après la Deuxième Guerre mondiale, et jusqu’au début des années 1980, le taux d’épargne d’un ménage américain typique s’est maintenu au-dessus de 10 %.

Après 1981, les taux d’intérêt ont atteint un sommet historique et ont ensuite commencé à baisser, encourageant alors les Américains à épargner moins et à dépenser davantage. Ce fut le début de ce qu’on appelle aujourd’hui « The Great Bull Market ». On remarque aussi que les sommets historiques du S&P 500 coïncident avec les creux du taux de l’épargne. Déjà, en 2006, on lançait des avertissements selon lesquels le marché haussier n’était soutenu que par un taux de dépenses excessif qui était rendu possible par des taux d’intérêt trop bas. Il ne fallait pas être doté d’une intelligence supérieure pour comprendre qu’un taux d’épargne négatif était insoutenable à long terme. Et ce qui devait arriver arriva.

La crise actuelle affectera sûrement la propension à dépenser de l’Américain typique. Au lendemain de la grande dépression, on a vu toute une génération d’Américains qui considéraient l’endettement comme une folie dangereuse et étaient obsédés par l’épargne. La crise actuelle pourrait avoir un effet similaire sur le comportement de nos voisins du Sud. Vers la fin de 2008, le taux d’épargne tournait autour de 1,3 % ; plusieurs économistes s’attendent maintenant à ce que ce taux augmente progressivement pendant la prochaine décennie, pour atteindre 8 %. D’autres pensent que les Américains redeviendront des consommateurs voraces dès que l’économie aura repris de la vigueur. Beaucoup d’Américains, même parmi les plus jeunes, réalisent maintenant qu’ils sont responsables d’assurer leurs vieux jours, et que le confort dont ils bénéficieront au cours de cette période de leur vie est directement lié à un taux d’épargne raisonnable. La longueur de la récession déterminera probablement la durabilité de ce changement de comportement.

L’augmentation du taux d’épargne est une excellente chose pour la sécurité financière d’un individu, mais elle nuit à la croissance économique. Les dépenses de consommation comptent pour 70 % de l’activité économique.

Donc, l’économie a besoin d’un faible taux d’épargne pour redémarrer, et le consommateur a besoin d’un fort taux d’épargne pour se refaire une santé financière. Un retour à l’épargne est inévitable. Le problème est maintenant de savoir combien de temps cette situation durera, combien de temps le reste de l’économie mettra à s’ajuster, et combien de temps il faudra avant que les marchés boursiers reflètent cette nouvelle donne.

L'auteur

Marc Desnoyers

Marc Desnoyers

B.Sc., M.B.A., C.F.A.