Haut de la page
Tous les articles

Le lien entre la croissance économique et l'emploi

Chaque fois que l’économie tente de sortir d’une récession, on assiste à beaucoup de discussions sur le lien entre la création d’emplois et la croissance économique. Cette fois encore, on remet en question la solidité de la récession, car l’emploi n’a pas encore réagi à la croissance observée récemment. Plusieurs considèrent que le taux de chômage est un indicateur « en retard » (lagging indicator), car lorsqu’il commence à réagir à une reprise économique, cette dernière est déjà bien installée. Par exemple, en 1990, à la sortie de cette récession, le taux de chômage a continué de monter jusqu’à un an après le creux que l’on avait atteint au cours de cette période. En fait, les entreprises attendent d’être relativement convaincues que la reprise est solide avant de recommencer à embaucher, et plusieurs chômeurs qui avaient abandonné leur recherche – et qui étaient donc exclus des statistiques sur le chômage – reviennent sur le marché de l’emploi, gonflant par le fait même le taux de chômage. En 2001, à la fin de la récession, non seulement le taux de chômage a monté, mais la création d’emplois a baissé pendant la première année de la reprise. Deux facteurs expliquaient ce phénomène : d’abord, dans la première phase d’une reprise, les entreprises ont tendance à faire travailler leurs employés pendant de plus longues heures ; ensuite, beaucoup d’entre elles ont modernisé leur équipement et sont devenues plus productives, diminuant ainsi leurs besoins de main-d’œuvre.

La création d’emplois accuse-t-elle vraiment un retard par rapport au début d’une reprise ? Si tel est le cas, quelle est la durée de ce retard ? Dans une étude réalisée en 2004 et publiée dans le Southwestern Economic Review, William Seyfried, de l’Université Winthrop, examine ce qu’il appelle « l’intensité de la création d’emplois au long d’un cycle économique ». Ainsi, on observe une haute intensité de la création d'emplois lorsqu'une augmentation de la production résulte directement en une hausse de la création d'emplois. À l'inverse, l'intensité de la création d'emplois est basse lorsqu'une augmentation de la production n'a aucun effet sur l'emploi. On s’attend, dans une époque d’innovations technologiques menant à une forte croissance de la productivité, à ce que la relation entre la croissance de la production et la croissance de l’emploi soit plus faible.  Cette observation illustre plutôt bien le scénario auquel on assiste depuis une bonne dizaine d’années : pour avoir un impact sur l’emploi, l’économie doit croître de manière à se rapprocher de son plein potentiel. Curieusement, la première conclusion à laquelle William Seyfried est arrivé, c’est que la création d’emplois réagit rapidement aux changements de production, car le marché de l’emploi réagit à une augmentation de la production au cours du même trimestre.

Les résultats semblent soutenir l’hypothèse que la croissance économique stimule la création d’emplois, mais celle-ci existe en quelque sorte par elle-même ; en effet, une fois qu’elle a pris son élan, dans une direction comme dans l’autre, la force de l’emploi utilise sa propre énergie. Elle crée donc son propre dynamisme, et vice-versa. Autrement dit, la faiblesse de l’emploi engendre une faiblesse de l’emploi. Par exemple, au début d’une reprise économique, une certaine croissance de la production s’installe, donnant un nouvel élan à l’emploi. Cependant, la croissance de l’emploi prend du retard sur la croissance économique, spécialement à la sortie d’une récession, parce que cette situation de faiblesse se perpétue. Ce concept est difficile à expliquer, mais c’est un peu comme un athlète de haut niveau hyper entraîné qui se blesse : lorsque sa blessure est guérie, il demeure faible et tarde à retrouver son niveau de performance en raison de la blessure qu’il vient de subir et des torts qu’elle a causés à son état physique. De la même manière, la croissance économique doit être durable pour avoir un effet sur l’emploi : une fois que la croissance de l’emploi commence à réagir à la croissance économique, elle est portée par une dynamique qui lui est propre. Que doit-on retenir de tout cela ? Que la croissance économique a un impact évident sur l’emploi, mais que cet effet met du temps à se produire. Combien de temps ? Cela dépend de la gravité de la récession dont on essaie de sortir. En conclusion, la situation dans laquelle on se trouve présentement confirme les résultats de l’étude de William Seyfried : la reprise n’est pas robuste et le marché de l’emploi tarde à réagir.

Tous les articles

L'auteur

Marc Desnoyers

Marc Desnoyers

B.Sc., M.B.A., C.F.A.

Marc Desnoyers

Ces articles sont transmis uniquement à titre de renseignement. Les placements doivent être sélectionnés en fonction des objectifs de chaque investisseur. Desjardins Courtage en ligne n'émet aucune recommandation quant à un produit, à la pertinence ou à la valeur potentielle d'un placement donné, ou à une stratégie spécifique. Les opinions émises dans les articles sont celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement la position officielle de Desjardins Courtage en ligne.