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La connaissance collective

Justin Wolfers, professeur agrégé à l’Université Wharton, en Pennsylvanie, a réalisé une étude intéressante sur ce qu’il appelle « les marchés prévisionnels* », c’est-à-dire les marchés où les participants attribuent un prix à la probabilité qu’un événement particulier se produise. Ainsi, la cote que les parieurs attribuent aux résultats de courses de chevaux et à la probabilité qu’un certain cheval gagne, à l’issue de combats de boxe ou encore aux résultats de matchs de baseball, de football ou de hockey sont des exemples de marchés où, en observant l’opinion des participants exprimée par le prix qu’ils sont prêts à payer pour miser sur la probabilité d’un résultat, la collectivité arrive à un consensus sur le résultat probable d’un événement. L’aspect intéressant de cette étude, c’est que les produits dérivés font aussi partie des marchés prévisionnels : les options mettent un prix sur la probabilité que le prix d’un actif sous-jacent atteigne un certain niveau dans une certaine période de temps. Et les contrats à terme illustrent le consensus auquel sont parvenus des investisseurs sur le prix qu’atteindra un actif sous-jacent à une date ultérieure. Ainsi, les « Federal Funds Futures » représentent le taux probable des « Fed Funds » à la date d’expiration du contrat ; ce taux a été fixé à la suite d’un consensus établi entre des participants à ce marché.

L’étude s’appuie sur l’hypothèse de l’efficience du marché des capitaux (HEM), selon laquelle le marché des valeurs mobilières tient compte de toutes les informations disponibles et réagit presque instantanément et d’une façon objective à toute nouvelle information. Quand le marché est efficient, cette hypothèse considère que le prix tient compte de toute l’information disponible ; quand le marché est semi-efficient, le prix tient compte de toutes les informations publiques disponibles ; et quand le marché n’est pas efficient, le prix tient seulement compte d’informations passées. Peu importe que le marché soit efficient ou non, les prix reflètent, résument et regroupent une quantité énorme d’informations. C’est d’ailleurs sur cette prémisse que se fonde en quelque sorte l’analyse technique : le changement du prix d’un titre étant le résultat d’un changement de consensus collectif, il reflète, résume et regroupe une foule de données. Mais quelle est la valeur prévisionnelle d’un tel consensus ?

Pour répondre à cette question, Justin Wolfers a compilé les résultats et les cotes de 21 885 parties de baseball majeur jouées entre 1991 et 2000 et de 3 791 parties de la Ligue nationale de football qui se sont déroulées entre 1984 et 2000.

Le résultat obtenu est tout de même étonnant : il a constaté que lorsque le marché accordait à une équipe 33 % de chances de gagner, cette équipe gagnait 31 % du temps, que lorsque le marché établissait ces chances à 67 %, l’équipe gagnait 65 % du temps, et que lorsque le marché évaluait les chances à 90 %, l’équipe gagnait 88 % du temps. Le consensus a donc une réelle valeur prévisionnelle. Pour réussir à tirer parti de ces prévisions, il faut exploiter l’erreur. Car prévoir le résultat n’est pas payant, en raison de la cote ou du prix à payer pour prendre position.

Prenons, par exemple, une option d’achat « at-the-money » (à parité) dont l’échéance est d’un mois et qui est offerte à un dollar. Ce que le marché nous dit, c’est que, selon des formules statistiques très complexes, il est très peu probable qu’à la fin du mois, le prix de cette action se situe à plus de 1 $ au-dessus du prix actuel. De plus, cette probabilité diminue graduellement avec le temps. C’est pour cette raison que très peu d’investisseurs réussissent à profiter de positions longues dans le cas d’options détenues jusqu’à l’échéance. Pour réaliser un profit, il faut que les personnes qui ont établi le consensus aient eu tort et, bien que ce soit souvent le cas, l’erreur doit être assez marquée et doit s’être produite dans le bon sens. Or, les erreurs de consensus sont aléatoires et imprévisibles. C’est pour cette raison qu’il peut être préférable d’acheter des options lorsque la volatilité implicite est inférieure à la volatilité historique, dans l’espoir que la première s’aligne de nouveau et rapidement sur la seconde. Il nous reste alors à espérer que le marché ait sous-estimé le mouvement potentiel de la valeur des options.

* Justin Wolfers, Prediction Markets: The Collective Knowledge of Market Participants, CFA Institute Conference Proceedings Quarterly, June 2009.

** Les investisseurs doivent prendre connaissance du document d’information sur les risques rattachés à la négociation d’options, car celles-ci ne conviennent pas à tous les types d’investisseurs.

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L'auteur

Marc Desnoyers

Marc Desnoyers

B.Sc., M.B.A., C.F.A.

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