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L'impact de l'évolution démographique sur l'inflation

Dans une entrevue accordée au CFA Magazine, Richard Hockenson, fondateur de Hockenson & Company, une société spécialisée dans la recherche sur l’impact de l’évolution démographique sur l’économie, nous fait part des résultats de certains de ses travaux. Soulignons que ce gestionnaire a déjà occupé le poste d’économiste en chef chez Donaldson, Lufkin & Jenrette.

Richard Hockenson entrevoit un changement important en ce qui a trait à la tendance démographique mondiale. En effet, la population mondiale, qui a toujours affiché une croissance par le passé, pourrait être soumise à une tout autre réalité. De nos jours, les gens choisissent d’avoir des familles moins nombreuses, comme en fait foi le faible taux de natalité enregistré dans la plupart des pays. Selon Richard Hockenson, c’est la raison pour laquelle la population, qui compte aujourd’hui 6,9 milliards d’habitants, devrait décroître avant d’atteindre les huit milliards. Or, une population en décroissance présente un lot de nouveaux défis tant pour l’économie que pour les investisseurs.

Un tel changement démographique se traduit principalement par des taux d’intérêt qui tendent à baisser à long terme, ce qui pourrait signifier une course vers des taux d’intérêt de zéro pour cent. Évidemment, personne n’aimerait remporter la palme à ce chapitre. Car si des taux d’intérêt très bas font le bonheur des emprunteurs, ils représentent un véritable casse-tête pour les investisseurs qui recherchent des rendements avantageux. Dans un monde où l’inflation est pratiquement inexistante et où la population vieillissante se préoccupe de plus en plus d’épargner en prévision de la retraite, les taux nominaux de rendement demeureront très bas. Le rendement nominal d’un placement est exprimé en dollar constant et ne tient pas compte de l’inflation.

Voici la brève explication que nous donne Richard Hockenson de la relation qui existe entre l’évolution démographique, la croissance économique et l’inflation. En décomposant le produit intérieur brut (PIB) sur le plan de l’offre, c’est-à-dire en termes de population, de maind’oeuvre et de productivité, on note une très forte relation de cause à effet entre le volume de main-d’oeuvre et le PIB nominal (en dollars constants, sans ajustement dû à l’inflation). Une forte augmentation de la main-d’oeuvre se traduit par une forte croissance du PIB et, inversement, une décroissance de la main-d’oeuvre entraîne une contraction du PIB. Une étude réalisée sur l’évolution des prix en Europe au cours des 800 dernières années montre que chacune des périodes d’inflation a été précédée, 15 à 20 ans auparavant, d’une période marquée par un taux de natalité élevé. Ainsi, 15 à 20 ans après cette période de forte natalité, la main-d’oeuvre se compose d’une foule de personnes dans la force de l’âge qui sont au début de leur carrière. Cette vague de jeunes travailleurs engendre une forte demande, notamment au chapitre du logement, de l’emploi et de la consommation. Or, la production peine à suffire à la demande, causant ainsi de l’inflation. Actuellement, la croissance de la main-d’oeuvre mondiale ralentit et celle-ci se compose d’une population vieillissante, laissant entrevoir la possibilité d’une décroissance compte tenu du fait qu’elle ne sera pas remplacée. On peut observer que, dans un scénario de décroissance de la maind’oeuvre, la demande se contracte plus rapidement que ce à quoi la production peut s’adapter, ce qui engendre une période de déflation marquée par des taux d’intérêt extrêmement bas.

Richard Hockenson ne croit plus à l’inflation et présume que depuis 1981, alors que les taux d’intérêt étaient vertigineux, les investisseurs sous-estiment les forces déflationnistes en jeu. La grande majorité des investisseurs s’attend à un retour de l’inflation. On estime que la politique monétaire de la Fed aura bientôt un impact hautement inflationniste et poussera les taux d’intérêt à la hausse. À l’heure actuelle, la population est vieillissante et les taux d’intérêt sont extrêmement bas. L’inflation est causée soit par l’augmentation de la masse monétaire – ce à quoi travaille fortement Ben Bernanke ces jours-ci –, soit par la croissance de la demande qui résulte de l’évolution démographique. Richard Hockenson estime que l’inflation est surtout un phénomène démographique et que, dans un contexte de population vieillissante, le risque de connaître un taux d’inflation élevé est faible, peu importe la vitesse à laquelle la Fed injectera des billets dans le système.

Au cours des prochaines années, qui sait si ce n’est pas à la désinflation que nous devrons faire face?

L'auteur

Marc Desnoyers

Marc Desnoyers

B.Sc., M.B.A., C.F.A.