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Doit-on réglementer la spéculation?

Nombreux sont ceux qui maintiennent que la spéculation est en grande partie responsable de la crise économique actuelle. Notre désir de spéculer et notre soif de profits rapides nous auraient amenés à manquer de sérieux et de sens des responsabilités face au risque, aveuglés que nous étions par l’espoir de faire rapidement des gains considérables. Or, les spéculateurs ne créent rien et ne produisent rien. Ils ne font qu’acheter et vendre des actions, des maisons ou des commodités, dans le but de profiter des changements de prix. Ils ont tous leur propre méthode pour tenter de prévoir le prix futur de ce sur quoi ils projettent de spéculer. Certains favorisent l’analyse fondamentale, d’autres penchent plutôt pour des facteurs plus techniques, et d’autres encore optent pour une combinaison des deux. Peu importe la méthode, leur seul objectif est de réaliser des profits.

Le spéculateur passe sa vie à prévoir l’offre et la demande pour une commodité ou un produit financier. Dans la mesure où il a raison, il fera un profit. Selon l’argument qui justifie la spéculation, la mise en commun des fruits de l’analyse de tous les spéculateurs rend l’économie plus productive. Le positionnement des spéculateurs sur le marché est extrêmement révélateur du consensus qui existe sur le plan des tendances dominantes dans chacun des secteurs. Ce consensus a un effet sur le prix des produits sur lesquels les spéculations s’exercent. Les positions que les spéculateurs adoptent sont très révélatrices des changements d’attitude du consommateur et de l’impact des nouvelles technologies, et sont très utiles aux agents de production à l’étape de la planification. Si, par exemple, les spéculateurs prévoient un hiver difficile dans un grand pays producteur de blé, ils achèteront massivement les futurs contrats de blé, poussant ainsi le prix de cette céréale à la hausse. En conséquence, les régions où la température sera moins mauvaise produiront davantage de blé, ce qui réduira la pénurie de ce produit à l’échelle de la planète. Grâce à leur activité, les spéculateurs augmentent la liquidité des marchés dans lesquels ils sont actifs, permettant alors aux vrais joueurs de bénéficier d’une couverture à meilleurs prix.

Si l’activité des spéculateurs est bénéfique, pourquoi les régulateurs tentent-ils constamment de réglementer la spéculation pour mieux en contrôler l’impact ? En 2008, par exemple, le prix du pétrole atteignait 147 dollars le baril. Plusieurs analystes prévoyaient une période de pénurie et une explosion du prix du pétrole, qui devait atteindre 300 dollars le baril. Les spéculateurs qui ont vendu à découvert à ce moment-là ont fait fortune. Le marché a récompensé les spéculateurs qui ont eu raison. Jumelées à la baisse de la consommation et à l’augmentation de la production, leurs ventes ont contribué à ramener le prix du pétrole plus près de sa vraie valeur, et plus rapidement que n’importe quelle réglementation. Lorsque le prix du pétrole dépasse un certain niveau, la demande pour en réglementer le prix augmente. Les régulateurs veulent alors substituer la notion d’un prix juste au jugement de beaucoup de producteurs, de consommateurs et de spéculateurs. La réglementation empêche le marché de fonctionner en ne permettant pas que le prix reflète toute l’information disponible. Dans les années 1970, on a imposé un prix pour le pétrole et on a rendu la spéculation illégale. Le résultat a été catastrophique, puisqu’on a assisté à une atrophie de la production qui a entraîné d’interminables files d’attente à la pompe. Au début des années 1980, on a déréglementé le prix du pétrole et permis de nouveau la spéculation ; les prix, tout comme la production, se sont alors ajustés.

S’opposer à toute réglementation de la spéculation ne signifie pas qu’on doive tout laisser faire. On doit quand même imposer des règles pour empêcher la fraude, le vol et les activités criminelles. Les échanges importants sont aussi soumis à des règles visant à protéger les investisseurs et tous ceux qui négocient, en maintenant des marges minimales, par exemple. Toutefois, les gouvernements ne devraient pas substituer le jugement de quelques bureaucrates à celui de millions de participants dans le marché.

Même si on laisse les spéculateurs s’amuser, ceux-ci doivent assumer pleinement les conséquences des risques qu’ils courent. S’ils récoltent tous les avantages des transactions risquées qu’ils font, ils doivent aussi accepter les résultats moins glorieux des transactions perdantes. Or, si le gouvernement en arrive à devoir voler à la rescousse de ses institutions financières, comme ce fut le cas récemment, c’est que ces entreprises n’ont pas eu à faire face aux conséquences des risques qu’elles ont pris. La spéculation doit contribuer à rendre le marché efficace. Elle ne devrait pas s’effectuer en cachette entre deux parties, sans transparence.

Comme on peut le voir, l’activité des spéculateurs peut s’avérer bénéfique mais doit tout de même être soumise à une certaine forme de contrôle, ce qui est loin d’être simple.

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L'auteur

Marc Desnoyers

Marc Desnoyers

B.Sc., M.B.A., C.F.A.

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