Haut de la page
Tous les articles

De quelle nature sera la prochaine bulle?

Les dernières crises économiques ont été causées par l’éclatement de bulles spéculatives : une bulle technologique en 2001 et une bulle immobilière en 2009. Pour se positionner à l’avance lorsqu’ils croient avoir décelé une tendance lourde, les spéculateurs ont tendance à pousser le prix des actifs visés en utilisant les produits dérivés lorsqu’ils atteignent des niveaux qui ne reflètent en rien la valeur fondamentale de ces actifs. Quels sont les secteurs qui sont les plus susceptibles de former une bulle ?

Plusieurs pensent que des bulles se créent encore dans le marché boursier, comme le prix de certaines commodités et même celui des obligations du Trésor américain. Ces actifs ont vu leur prix grimper au cours de la dernière année, de sorte qu’ils dépassent déjà largement leur moyenne à long terme. Qu’est-ce qui cause la réapparition de la fièvre spéculative ? Une des raisons est la même que celle qui a causé les deux bulles précédentes : des taux d’intérêt incroyablement bas qui inondent les banques commerciales de fonds à très bas prix, ce qui constitue un immense réservoir de capitaux disponibles pour consentir des prêts. Les investisseurs utilisent des fonds empruntés à des taux excessivement bas pour se procurer des actifs et augmentent alors artificiellement la demande pour ces derniers, ce qui a pour effet de gonfler les prix à des niveaux insoutenables. À l’inverse, certains croient que, même si les taux sont extrêmement bas, les banques commerciales ne prêtent pas encore et la demande pour les prêts est encore faible, ce qui les amène à penser qu’il est encore trop tôt pour craindre la formation d’une bulle.

Et comment détecte-t-on qu’une bulle risque de se former ? Une des façons consiste à comparer le prix d’un actif à sa moyenne historique à long terme. Pour ce qui est des commodités, on regardera le prix ajusté d’après l’inflation ; pour les obligations et pour le marché boursier, on étudiera le ratio du revenu par rapport au prix.

Pour les obligations, le titre étalon est généralement l’obligation du Trésor américain qui porte une échéance de dix ans. Ces jours-ci, le rendement de ces obligations tourne autour de 3,6 %, ce qui est bien inférieur à la moyenne affichée entre 1993 et 2007. Pendant cette période, les obligations du Trésor américain de dix ans ont produit un rendement moyen de 5,5 %, alors que le taux moyen d’inflation était de 3 %. Ainsi, si on tient compte de l’inflation, ces titres procuraient en fait un rendement de 2,5 %. Si on émet l’hypothèse que le taux moyen d’inflation est toujours de 3 %, le rendement de ce type d’obligations n’est donc plus que de 0,6 %. Donc, quand la Fed décidera que le moment est venu de combattre l’inflation en augmentant son taux directeur, le taux des obligations de dix ans remontera sûrement à 5,5 %, infligeant de bonnes pertes à ceux qui en détiennent. Le prix d’une obligation réagit inversement aux fluctuations de son rendement. Lorsque les taux d’intérêt montent, le prix des obligations baisse. Il s’agit là d’une réaction purement mathématique.

Autre actif risqué : le pétrole. Présentement, on pourrait penser qu’à 80 dollars le baril, le prix du pétrole est une aubaine, comparativement aux 147 dollars affichés en juillet 2008. On estime que produire un baril de pétrole coûte entre 55 et 60 dollars. Historiquement, le prix d’une commodité ne s’est jamais négocié pendant de longues périodes au-dessus de ce qu’il en coûte pour en produire une unité. À 80 dollars, il n’est pas question d’une bulle de la même ampleur que celle de 2008, mais les forces de la gravité travaillent pour ramener le prix plus près du coût unitaire à plus long terme. Les producteurs de pétrole enregistrent alors des marges de profit de l’ordre de 30 à 40 %. De telles marges auront pour effet d’augmenter la production et de pousser le prix vers le bas.

Comme autre actif risqué, il y aurait aussi l’or. Les investisseurs semblent manifester un intérêt inépuisable pour le métal jaune, qu’ils utilisent pour se protéger contre l’inflation – que tout le monde attend pour bientôt – et contre le déclin du dollar américain. Depuis 2009, le prix de l’or n’arrête pas de monter. Il est passé de 875 à 1 100 dollars, soit trois fois le prix moyen affiché entre 1990 à 2004. Le prix de l’or est tellement élevé que les particuliers vendent leurs bijoux pour les faire fondre. La même chose s’était produite avec l’argent dans les années 1980. Le prix de l’argent avait alors chuté de 50 à 15 dollars, et la même chose pourrait se produire avec l’or.

Le marché boursier est la dernière catégorie à risque. Supposons que les investisseurs demandent un rendement boursier de 10 % et que le S&P 500 soit la seule entreprise dont le rendement aux investisseurs provient du dividende et du gain en capital. Ensemble, le marché et le S&P 500 devraient produire un rendement de 10 %. Or, présentement, le rendement du dividende tourne autour de 2 %, ce qui signifie que les bénéfices doivent croître de 8 %. On sait que la croissance des bénéfices est étroitement liée à la croissance du produit intérieur brut, qui est loin de 8 %. On parle plutôt de 3 %, ce qui suppose que le marché boursier est peut-être déjà trop élevé.

Faisons-nous vraiment face à des bulles dans ces quatre secteurs ? C’est possible. L’avenir nous le dira. Toutefois, l’équilibre a toujours fini par se rétablir.
Tous les articles

L'auteur

Marc Desnoyers

Marc Desnoyers

B.Sc., M.B.A., C.F.A.

Marc Desnoyers

Ces articles sont transmis uniquement à titre de renseignement. Les placements doivent être sélectionnés en fonction des objectifs de chaque investisseur. Desjardins Courtage en ligne n'émet aucune recommandation quant à un produit, à la pertinence ou à la valeur potentielle d'un placement donné, ou à une stratégie spécifique. Les opinions émises dans les articles sont celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement la position officielle de Desjardins Courtage en ligne.