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Choisir la durée d'un placement

Avant que la crise économique ne frappe les marchés financiers, c’est-à-dire quand les indices étaient à leur sommet, que le S&P 500 frôlait les 1 600 points, que le Dow Jones atteignait 14 000 points et que le Nasdaq, bien qu’il fût loin de son niveau record de 5 000 points, approchait la barre des 3 000 points, les investisseurs de type « Buy and Hold » (littéralement, acheter et conserver), comme Warren Buffett, étaient les génies de la finance. Selon eux, il suffisait de trouver la bonne valeur, de prendre une position, et de conserver celle-ci pendant plusieurs années. Mais la crise financière actuelle remet cette stratégie en question. Au cours de la dernière crise, les investisseurs qui achetaient et conservaient des titres pendant une durée relativement longue ont perdu l’équivalent d’une décennie de rendements accumulés. De plus, l’histoire compte plusieurs exemples de périodes au cours desquelles la performance du marché boursier est demeurée anémique pendant près d’un quart de siècle. On pense maintenant que le pire de la crise est passé et on s’attend à une reprise vers la fin de l’année. Cependant, il n’y a aucune garantie que cette reprise prendra la forme d’un retour à la prospérité. Plusieurs pensent même qu’elle nous réserve plusieurs années d’une croissance positive qui ne sera toutefois que de l’ordre de 2 %. On s’attend donc à ce que les stratégies à court terme, fondées sur le momentum, redeviennent populaires auprès des investisseurs.

Une stratégie de momentum suppose évidemment que l’on effectue un nombre beaucoup plus élevé de transactions. On achète quand le marché monte et on vend à découvert quand il baisse. En théorie, cette stratégie est rentable, que le marché soit ascendant ou descendant. Plusieurs stratégies fonctionnent à merveille lorsqu’on les applique à des données historiques (backtesting), mais donnent des résultats très différents une fois mis en pratique. Les recherches démontrent que les stratégies de transactions fréquentes entraînent des coûts qui sont difficilement quantifiables sur le plan du « backtesting ». Parmi ces coûts, notons les commissions, l’impact sur le marché, le « timing » et le coût d’opportunité.

Nul besoin d’expliquer ce que sont les frais de commission, puisque tout le monde en comprend bien le principe. Par « impact sur le marché », on entend l’effet qu’a une transaction sur l’écart entre le prix acheteur et le prix vendeur. Pour les titres les plus liquides, de gros montants sont nécessaires pour faire bouger cet écart, mais tous ceux qui ont négocié sur des plateformes d’accès direct ont vécu l’expérience qui consiste à essayer de vendre 500 actions d’un titre donné lorsque le marché affiche, par exemple, « acheteur à 25,50 dollars et vendeur à 25,60 dollars, 100 actions de chaque côté ». On a alors le choix de profiter de l’offre d’achat à 25,50 dollars ou de joindre les vendeurs pour 500 actions additionnelles à 25,60 dollars. Dans les deux cas, il arrive souvent que l’acheteur disparaisse et ne se manifeste à nouveau que lorsque le titre baisse. Pour connaître l’impact sur le marché, il faut donc que le prix ait suffisamment baissé et que les liquidités requises pour réaliser la transaction soient disponibles. La transaction aura donc généré un moins bon rendement que prévu. Le dilemme est le suivant : plus la période de détention est longue, moins ce coût aura de l’importance pour la réussite de la transaction, mais, en même temps, plus le risque que le prix du titre bouge dans la mauvaise direction est élevé. Le « timing » est donc aussi un facteur très important dans la réussite d’une transaction. En règle générale, moins le « timing » est bon, plus la période de détention devra être longue pour que la transaction soit avantageuse et plus les risques de pertes sont élevés à court terme. Les coûts d’opportunité sont liés, d’une part, au fait qu’on ne réussit pas toujours à faire ses transactions pour le montant fixé. Si, par exemple, la stratégie qu’on avait élaborée demandait une position de 2 000 actions et qu’on ne réussit à en avoir que 1 500, la différence représente le coût d’opportunité. Or, celui-ci est pratiquement nul dans une stratégie à long terme.Un autre coût d’opportunité est celui lié aux ordres de vente stop qu’on s’impose et qui sont essentiels dans toute stratégie de momentum à court terme. Devoir se retirer d’une négociation qui aurait fonctionné comme prévu sur un « stop » représente un coût d’opportunité.

Pour terminer, on n’a jamais démontré qu’il était possible, sur une longue période de temps, de générer des rendements constants et élevés après impôts en appli quant une stratégie de momentum. Les périodes de succès sont suivies de périodes d’insuccès ; à long terme, vaut-il mieux opter pour le « Buy and Hold » ou le momentum ? Tout dépend de la période sur laquelle on compare les deux philosophies. Au cours des dix dernières années, il y a des chances pour que les adeptes du momentum aient enregistré de meilleures performances, alors que ce n’était probablement pas le cas il y a deux ans.

En conclusion, la période de détention d’un placement doit respecter l’intention de l’investisseur au moment de la transaction, quelle que soit la nature de la décision. Or, il se peut que l’objectif qu’il s’était fixé mette quelques minutes à se réaliser, comme il se peut aussi qu’il prenne plusieurs années, et la stratégie d’investissement doit être élaborée en conséquence. Autrement dit, un portefeuille peut très bien correspondre à une série d’objectifs bien différents les uns des autres.

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L'auteur

Marc Desnoyers

Marc Desnoyers

B.Sc., M.B.A., C.F.A.

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