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Ce que nous enseigne l'histoire financière

Étudier l’histoire financière offre un net avantage, car observer le passé nous permet d’avoir accès à toute l’information. Une autre bonne raison de s’arrêter à comprendre l’histoire financière, c’est que, contrairement à l’évolution de la science, qui est cumulative, celle du milieu financier est cyclique. Le passé est donc riche d’enseignements pour affronter l’avenir. Ainsi, ceux qui ont expérimenté de près le dernier marché baissier ont beaucoup appris, mais ceux qui en ont profité pour étudier les marchés baissiers précédents en savent maintenant encore plus. De la même façon, on apprend beaucoup en comparant les creux et les sommets atteints d’une époque à l’autre. Beaucoup des mêmes conditions sont présentes à chaque creux et à chaque sommet. Dans son étude intitulée « Identifying Market Inflection Points », Russell Napier constate que tous les marchés baissiers résultent d’une instabilité des prix, c’est-à-dire d’une inflation trop forte ou trop faible.

L’auteur remarque que tous les marchés baissiers ont une durée très longue. Ainsi, le marché baissier qui a suivi le sommet de 1901 a duré 20 ans, et celui qui a succédé au sommet de 1966 a duré 16 ans. Nous avons atteint le sommet du présent cycle en 2000 et, selon lui, nous n’en avons pas encore vu le creux. Ce spécialiste maintient que tous les sommets boursiers sont caractérisés par la même illusion, que l’on appelle à tout coup « nouvelle économie ». Et cette nouvelle économie, elle, est toujours marquée par un fort taux de croissance jumelé à un faible taux d’inflation. De telles illusions doivent être brisées ; or, dans tous les cas, c’est le retour de l’inflation qui s’en est chargé. La notion de « nouvelle économie » entretient l’idée qu’une percée technologique permettra de contrôler l’inflation tout en maintenant un taux de croissance élevé et des taux d’intérêt bas. Le cycle qui a atteint son sommet en 1901 a touché son creux en 1920, alors que, vous l’aurez deviné, l’inflation était au plus haut. Et le cycle de 1966 s’est conclu en 1982, alors que – eh oui ! – l’inflation atteignait des niveaux records. Les banques centrales avaient alors adopté des mesures draconiennes pour enrayer l’inflation, provoquant ainsi une période de déflation. La déflation porte un coup fatal à l’illusion que crée la nouvelle économie et a un sérieux impact sur les flux monétaires des entreprises. Alors que le prix des produits d’une entreprise baisse, celle-ci éprouve de plus en plus de difficulté à rentabiliser ses coûts fixes. Qu’on la mesure par la valeur du marché ou par la valeur de remplacement, la valeur des actifs baisse en même temps que le coût du service de la dette augmente. La viabilité de l’entreprise est alors remise en question, un peu comme quand la valeur de notre maison baisse alors que les taux hypothécaires augmentent.

Plusieurs caractéristiques marquent la fin des marchés baissiers : le niveau des stocks est très bas, le prix des commodités se stabilise, la demande pour les produits de luxe augmente et l’écart entre les taux des obligations corporatives et ceux des obligations du gouvernement rétrécit, témoignant de la diminution de la prime de risque. Le marché baisse lorsque le volume de transactions est relativement faible et monte lorsqu’il est assez élevé. Lorsque le marché boursier touche finalement son creux, le rebond est souvent impressionnant par sa magnitude et les positions à découvert ne cessent d’augmenter, mais le marché ne baisse pas, de sorte que ceux qui veulent profiter d’un rallye boursier dans un marché baissier sont éventuellement forcés de se retirer. En fait, le plus important marché haussier des États-Unis a débuté en 1932, juste après la Grande Dépression. Ce phénomène se produit lorsque les multiples mesures mises en place par les gouvernements pour contrer la récession au moment de la reprise deviennent hautement inflationnistes. En période d’inflation, les investisseurs préfèrent les marchés boursiers aux marchés obligataires, car l’inflation nuit grandement au rendement des obligations.

Bien que toutes les conditions semblent maintenant réunies pour que l’on puisse conclure à la fin du marché baissier et au début d’un prochain cycle, Russell Napier nous met en garde contre une conclusion trop hâtive, car il manque toujours un élément essentiel pour que l’on puisse conclure que le cycle baissier est terminé. En effet, au moment où le marché aurait dû toucher un creux, le volume de transactions était demeuré trop élevé. Selon l’analyse que Russell Napier fait des marchés baissiers, pour qu’un de ces derniers prenne fin, il faut que plus personne ne soit intéressé à acheter. Autrement dit, le volume, exprimé en pourcentage, doit avoir diminué plus que le marché. Selon lui, le taux de roulement (le nombre total d’actions en circulation divisé par le nombre total d’actions négociées) est demeuré trop élevé. Un taux de roulement de 100 % suppose une période de détention de douze mois. Or, le taux de roulement lors du dernier creux se maintenait au-dessus de 100 %, alors qu’au creux des marchés étudiés, il tournait généralement autour de 60 % et que la période de détention était d’environ trois ans, indiquant la forte réticence des investisseurs à participer au marché.

Selon Russell Napier, nous n’avons toujours pas touché le creux et les investisseurs ont été trop rapides à se positionner dans le marché, mais c’est l’avenir qui nous dira si cette affirmation est vraie ou fausse.

Résumé simplifié de Identifying Market Infection Points, par Russel Napier, CFA Institute Conference Proceedings Quarterly, décembre 2009.

L'auteur

Marc Desnoyers

Marc Desnoyers

B.Sc., M.B.A., C.F.A.