Haut de la page

Quel avenir y a-t-il pour les bitcoins?

Un phénomène nouveau prend de l’ampleur dans le monde des devises : l’avènement des monnaies numériques avec le bitcoin propulsé à l’avant-scène. Contrairement aux monnaies nationales, tel le dollar canadien, l’émission des bitcoins n’est pas régie par un gouvernement ou une banque centrale. Cette tâche est assumée par un logiciel qui a été programmé pour déterminer la quantité de monnaie à émettre. Il n’existe aucun format papier ou métallique associé aux bitcoins. Chaque utilisateur possède une sorte de portefeuille virtuel pour stocker sa monnaie, tandis que les transactions se font uniquement par le biais de l’informatique. Les pièces dorées emblématiques du bitcoin que l’on peut apercevoir à la télé ou sur l’Internet sont des représentations purement fictives.

Certes, cette monnaie numérique est une innovation qui présente certains avantages, mais nous y relevons plusieurs bémols qui devraient inciter les utilisateurs et les investisseurs à faire preuve d’une grande prudence.

Pourquoi détenir des bitcoins?

Comme pour toute monnaie, les bitcoins peuvent servir à l’achat de biens et de services. En revanche, seule une très petite minorité de commerçants les acceptent à l’heure actuelle, principalement dans le domaine du commerce en ligne. Leur utilisation demeure donc très marginale, mais certains croient en un usage beaucoup plus répandu dans un avenir rapproché.

Confidentialité et faibles coûts de transaction figurent en tête de liste des avantages appréciés par les utilisateurs. En outre, les bitcoins s'échangent facilement à l’échelle de la planète sans l’aide d’intermédiaires, particularité qui contribue également à réduire les coûts.

La forte progression de la valeur des bitcoins au cours de l’année dernière laisse miroiter d’importants gains financiers, ce qui suscite la convoitise des spéculateurs et attise la demande pour les bitcoins. De fait, la valeur unitaire du bitcoin a dépassé 1 200 $ US en novembre dernier, alors qu’elle n’était que de 13 $ US au début de 2013. Le cours du bitcoin reste néanmoins très volatil (se reporter au graphique ci-joint), comme en fait foi la correction subie en décembre dernier qui l’a ramené à 500 $ US, avant qu’il ne remonte à près de 1 000 $ US récemment.

Graphique

Une offre limitée

L’émission de bitcoins a été programmée en fonction du précepte selon lequel la rareté est un gage de valeur pour une monnaie. Chaque jour, seuls 3 600 nouveaux bitcoins sont créés. Il est possible de mettre la main sur quelques-uns d’entre eux en échange d’une contribution au soutien du réseau. Les transactions de bitcoins sont regroupées en blocs avec 10 minutes d’intervalle environ et nécessitent beaucoup de puissance de calcul pour être validées, car le processus est crypté pour en assurer l’intégrité. Ainsi, muni d’un ordinateur puissant, vous pouvez obtenir 25 bitcoins pour chaque bloc de transactions que vous parvenez à valider en premier. La compétition est toutefois des plus féroce!

Tous les quatre ans, le rythme de création monétaire est divisé par deux, de sorte qu’un maximum de 21 millions de bitcoins sera émis au total. À titre de comparaison, il y a plus de 1 000 milliards de dollars américains en circulation sous forme de billets de banque, quantité qui est constamment ajustée en fonction de la demande.

Le spectre de la déflation

Dans la mesure où une offre limitée soutient la valeur des bitcoins, une utilisation à grande échelle de cette monnaie conduirait à la déflation (inflation négative). Les lois économiques sont implacables. De fait, si la quantité de biens et services échangés chaque jour augmente plus rapidement que la quantité de monnaie disponible pour leur paiement, il s’ensuit une raréfaction de la monnaie qui, du coup, prend de la valeur. Or, cet accroissement de valeur de la monnaie fait en sorte que les mêmes biens et services coûtent moins cher à acquérir.

La déflation est une menace grave pour l’économie, car elle freine tant la consommation que l’investissement. Dans les deux cas, il y a report de la décision d’achat afin de bénéficier de prix en baisse. Elle fait aussi diminuer les salaires et augmenter le poids de l’endettement (les dettes contractées ne fondent pas même si l’ensemble des prix baissent). Imaginez devoir rembourser une créance qui prend de la valeur!

L’absence de mécanisme de régulation monétaire

Contrairement au bitcoin, les systèmes monétaires « traditionnels » disposent de mécanismes de régulation monétaire afin de prévenir la déflation. Le contrôle qu’exercent les banques centrales sur l’offre de monnaie et sur les taux d’intérêt de court terme leur permet non seulement de cibler un taux d’inflation adéquat mais aussi de lisser les cycles économiques et de contribuer à maintenir la stabilité financière. Les banques centrales peuvent également prêter temporairement des liquidités à une institution financière en difficulté, ce qui permet de contrecarrer l’effet domino sur le reste du système financier et de contenir d’éventuelles paniques.

Les défenseurs du bitcoin vantent souvent le fait qu’il n’est pas contrôlé par un pouvoir central. Or, dans une utilisation à grande échelle, cette caractéristique s’apparente plus à un inconvénient qu’un avantage.

L’inexistence de cadre réglementaire

Un autre inconvénient majeur au bitcoin est l’absence de cadre réglementaire. Dans notre économie moderne, plusieurs règles et organismes de surveillance œuvrent à la protection des citoyens, mais de telles structures ont un coût.

L’assurance-dépôts constitue un bel exemple. Les frais d’utilisation du bitcoin sont faibles non seulement parce que le nombre d’intermédiaires est réduit mais aussi parce qu’il n’y a aucune protection légale en cas de piratage, de fraude ou de perte. L’absence de règles et de surveillance ouvre également la porte aux activités illégales.

Cela dit, les besoins en matière de réglementation dépendent généralement de l’utilisation qu’on fait d’une monnaie. Le bitcoin étant uniquement employé pour des transactions simples, une réglementation lourde ne serait probablement pas appropriée. La situation serait cependant différente si le bitcoin se substituait aux monnaies nationales dans un plus grand éventail de transactions, comme des prêts ou des opérations financières plus complexes.

Le bitcoin : voué à une utilisation marginale

Le bitcoin innove en permettant d’échanger de l’argent électroniquement sans l’aide d’intermédiaires. Cela dit, une monnaie doit cependant avoir d’autres atouts pour être employée à grande échelle. À notre avis, la limitation de l’offre, l’absence de mécanismes de régulation monétaire et le manque de protection pour les utilisateurs sont tous des embûches majeures à ce que le bitcoin puisse un jour concurrencer les monnaies nationales.

En ce qui concerne sa valeur, elle risque fort de demeurer très volatile, mais pourrait tout de même connaître d’autres périodes de forte ascension. Il faudrait pour cela qu’un nombre croissant de gens décident d’en acquérir en dépit des lacunes soulevées. Cependant, la confiance pourrait s’ébranler rapidement au moindre choc, et toute chute de la demande risque d'être accompagnée par une correction importante du prix. Il s’agit sans contredit d’un placement à très haut risque!

Veuillez prendre note que le bitcoin n'est pas une devise acceptée chez Desjardins.

Mise en garde : Ce document s’appuie sur des informations publiques, obtenues de sources jugées fiables. Le Mouvement des caisses Desjardins ne garantit d’aucune manière que ces informations sont exactes ou complètes. Ce document est communiqué à titre informatif uniquement et ne constitue pas une offre ou une sollicitation d’achat ou de vente. En aucun cas, il ne peut être considéré comme un engagement du Mouvement des caisses Desjardins et celui-ci n’est pas responsable des conséquences d’une quelconque décision prise à partir des renseignements contenus dans le présent document. Les prix et les taux présentés sont indicatifs seulement parce qu’ils peuvent varier en tout temps, en fonction des conditions de marchés. Les rendements passés ne garantissent pas les performances futures, et les Études économiques du Mouvement des caisses Desjardins n’assument aucune prestation de conseil en matière d investissement. Les opinions et prévisions figurant dans le document sont, sauf indication contraire, celles des auteurs et ne représentent pas la position officielle du Mouvement des caisses Desjardins.

L'auteur

Hendrix Vachon

Hendrix Vachon

Économiste principal
Hendrix Vachon est titulaire d’une maîtrise en science économique de l’Université de Sherbrooke. Il travaille depuis huit ans aux Études économiques du Mouvement Desjardins. Dans le cadre de ses fonctions, il participe aux multiples travaux du groupe qui ont trait au suivi, à l’analyse et aux prévisions économiques et financières.
François Dupuis

François Dupuis

Vice-président et économiste en chef

François Dupuis est titulaire d’une maîtrise en sciences économiques et d’un baccalauréat spécialisé en économie de l’Université de Montréal. Il a entrepris sa carrière chez Desjardins en 1988. Depuis 2006, il est vice-président et économiste en chef aux Études économiques du Mouvement Desjardins. Il a aussi travaillé comme journaliste économique et à titre de conseiller économique au bureau de la coopération de l’ambassade du Canada au Niger. 

Dans l’exercice de ses fonctions, François Dupuis planifie le programme de travail des Études économiques. Il dirige entre autres les travaux de recherche, d’analyse et de prévisions, et il est responsable de définir les prises de position de Desjardins en matière d’économie.