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La frénésie du bitcoin atteint un nouveau sommet

Récemment, le bitcoin a encore fait les manchettes en raison de sa forte progression. Il a notamment dépassé 11 000 $ US le 29 novembre dernier, soit une appréciation de 1 000 % par rapport à sa valeur de 1 000 $ US au début de l'année. On se souviendra que 2013 avait été encore plus insensée : la valeur du bitcoin était passée de 13 $ US à 1 000 $ US, soit une appréciation de près de 8 000 %. La valeur du bitcoin était ensuite retombée aux environs de 200 $ US. Allons-nous bientôt assister à une autre correction majeure?

Il est difficile de ne pas parler d'une bulle spéculative quand il est question du bitcoin. Par rapport au début de 2013, sa valeur a été multipliée plus de 800 fois. C'est nettement plus que le multiple de 5 pour l'indice Nasdaq durant la bulle des technos dans les années 1990 ou le multiple d'environ 20 durant la tulipomanie aux Pays-Bas en 1636-1637. L'engouement pour les bitcoins dépasse donc de beaucoup celui que les gens affichaient pour les tulipes il y a près de 400 ans.

Mis à part l'espoir de réaliser un gain important, peu de choses expliquent cette frénésie pour les bitcoins qui dure déjà depuis quelques années. Récemment, la demande a pu être stimulée par le fait que certaines institutions financières songent à faciliter l'accès aux bitcoins à leurs clients et à créer un marché de produits dérivés pour cette cybermonnaie. Toutefois, en ce qui a trait à l'économie réelle, le bitcoin et ses semblables demeurent très peu utilisés pour acheter des biens ou des services.

Ceux qui affirment que l'appréciation du bitcoin reflète sa supériorité sur les monnaies fiduciaires traditionnelles font fausse route. Une bonne monnaie ne peut pas afficher une aussi forte volatilité. Cela détruirait l'économie. Imaginons, par exemple, que vous avez contracté une hypothèque de 300 bitcoins au début de l'année pour acheter une maison (valeur d'environ 400 000 $ CAN). Supposons un taux d'intérêt alléchant de 0 % et un paiement de 1 bitcoin par mois pendant 25 ans. Aujourd'hui, votre paiement hypothécaire serait encore de 1 bitcoin par mois, mais pour l'assumer, il vous faudrait débourser l'équivalent de plus de 12 000 $ CAN! En d'autres mots, vous seriez très probablement en faillite. Si tous les ménages, les entreprises et les gouvernements se trouvaient dans la même situation, l'économie mondiale connaîtrait la pire crise de son histoire.

Dans le jargon économique, une monnaie qui prend continuellement de la valeur est une monnaie déflationniste. Autrement dit, les prix des biens et des services affichés avec une telle monnaie doivent constamment être révisés à la baisse. C'est aussi le cas des salaires et de la valeur des actifs, à moins que la productivité du travail et du capital n'atteigne des niveaux stratosphériques. Quant aux dettes, elles ne profitent pas de la déflation et leur poids augmente. Évidemment, cela décourage le crédit et la consommation. Il devient avantageux d'épargner et d'attendre que les prix diminuent. Il s'agit d'un défaut majeur du bitcoin et pour le résoudre, il faudrait que ceux qui en détiennent acceptent de déplafonner l'offre de monnaie et de l'ajuster en fonction de la demande, comme le font les banques centrales. Or, il serait bien étonnant que cela se produise.

Le bitcoin présente d'autres inconvénients, dont le manque de réglementation. Les dépôts en bitcoins ne sont pas garantis par l'assurance-dépôts et dans le cas du piratage d'un compte, il n'est pas possible d'être dédommagé ou de renverser les transactions réalisées à notre insu. Suivre la trace des bitcoins est également difficile, ce qui en fait une monnaie de prédilection pour le commerce illicite et l'évasion fiscale. Enfin, le réseau bitcoin souffre déjà d'une insuffisance de capacité de traitement pour laquelle il semble difficile de trouver une solution acceptable pour tous ses utilisateurs. C'est ce qui a d'ailleurs entraîné la création, l'été dernier, du Bitcoin Cash, une réplique du bitcoin, mais avec une programmation modifiée pour traiter plus de transactions.

Malgré les faiblesses du bitcoin, certains pourraient tout de même encore vouloir spéculer sur sa valeur. Sa forte progression a clairement l'apparence d'une bulle, mais celle-ci pourrait se gonfler davantage. Ceux qui désirent tenter leur chance doivent toutefois être conscients qu'ils le font à leurs risques et périls.

Plutôt que de spéculer sur la valeur du bitcoin, il pourrait être préférable de se concentrer sur la chaîne de blocs (blockchain). Il s'agit de la technologie qui permet le fonctionnement des cybermonnaies comme le bitcoin et qui pourrait être transférée à des usages plus productifs pour l'économie. Beaucoup y voient un grand potentiel. La blockchain s'apparente à un registre public des transactions qui s'assure que tous les comptes balancent simultanément. Elle ne requiert aucune vérification par des êtres humains, comme c'est le cas aujourd'hui pour bon nombre de transactions.

Graphique 1 –La valeur du bitcoin a été multipliée plus de 800 fois depuis 2013
Graphique : La valeur du bitcoin a été multipliée plus de 800 fois depuis 2013 Sources : Bloomberg et Desjardins, Études économiques.
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L'auteur

Hendrix Vachon

Hendrix Vachon

Économiste principal

Hendrix Vachon

Hendrix Vachon est titulaire d’une maîtrise en science économique de l’Université de Sherbrooke. Il travaille depuis huit ans aux Études économiques du Mouvement Desjardins. Dans le cadre de ses fonctions, il participe aux multiples travaux du groupe qui ont trait au suivi, à l’analyse et aux prévisions économiques et financières.

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