Les tendances de 2014 se maintiendront-elles en 2015 ?

Par François Dupuis 1 février 2015

L’année 2014 aura été difficile pour plusieurs régions du monde. La plupart des pays émergents ont dû continuer à composer avec une croissance économique relativement faible et avec des pressions baissières sur leur devise. La Chine a inquiété les investisseurs à quelques reprises, mais elle semble finalement poursuivre son processus de transition vers une croissance économique annuelle plus modérée d’environ 7 %. L’année a été plus difficile pour des pays comme le Brésil, dont la Banque centrale a dû relever ses taux directeurs pour freiner l’inflation. Des problèmes géopolitiques ont aussi compliqué la situation dans certaines régions. En Europe de l’Est, la crise ukrainienne a pris une tournure très inquiétante après l’annexion de la Crimée par la Russie. La dégradation subséquente des relations entre la Russie et l’Occident a fait fuir les investisseurs, et les importantes sanctions commerciales ont freiné l’activité économique dans toute la région. Après s’être placée dans une position très difficile, la Russie a été frappée de plein fouet par l’effondrement des prix du pétrole dans la seconde moitié de l’année. La baisse des cours pétroliers est aussi très inquiétante pour les autres grands exportateurs de brut et représente un risque supplémentaire pour la stabilité au Moyen-Orient, après la poussée spectaculaire de l’État islamique en 2014.

Les économies avancées d’outre-mer ont aussi connu une année 2014 décevante. Les espoirs de voir l’économie japonaise regagner une certaine vigueur à la suite des mesures agressives prises par la Banque du Japon et par le gouvernement Abe se sont rapidement dissipés. L’augmentation de la taxe à la consommation a même fait retomber l’économie japonaise en récession. La zone euro a aussi connu sa part de déception, alors qu’un ralentissement de l’économie allemande a fait craindre une troisième récession. Ce nouveau ralentissement économique, combiné à une chute de l’inflation, a convaincu la Banque centrale européenne d’agir agressivement en abaissant ses taux directeurs au plancher – et même en territoire négatif dans le cas du taux de dépôt – et en mettant en place des programmes d’achat d’actifs financiers. Bientôt, elle commencera même à acheter des obligations gouvernementales. Si les économies du Japon et de la zone euro amorcent 2015 dans une position difficile, la faiblesse de leur devise et la baisse marquée des coûts de leurs importations de pétrole permettent d’espérer une croissance économique un peu plus forte cette année.

La situation aux États-Unis

Alors que le reste de la planète a généralement connu une année 2014 difficile, la conjoncture a été beaucoup plus favorable en Amérique du Nord. L’année avait toutefois commencé sur une fausse note, alors un hiver très vigoureux qui avait entraîné un recul du PIB américain au premier trimestre. L’activité a cependant rebondi de façon spectaculaire par la suite. La performance plus que satisfaisante du marché du travail, alors que près de trois millions d’emplois avaient été créés et que le taux de chômage reculait de 1,1 % depuis la fin 2013, était aussi très encourageante. Cela a amené la Réserve fédérale à mettre fin à son troisième programme d’assouplissement quantitatif à l’automne et à signaler qu’elle pourrait commencer à relever ses taux directeurs vers la mi-2015. Les perspectives déjà favorables pour l’économie américaine se sont encore améliorées à la suite de l’effondrement des cours pétroliers. Malgré la poussée récente de la production américaine de pétrole, rappelons que ce pays demeure un important importateur net de brut. Le ralentissement de l’activité dans le secteur de l’énergie devrait ainsi être plus que compensé par l’effet stimulateur qui s’exerce sur les autres secteurs. La baisse spectaculaire des prix de l’essence est particulièrement favorable aux consommateurs, dont la confiance a récemment atteint des sommets qui datent d’avant la crise de 2007-2008. L’évolution économique beaucoup plus positive aux États-Unis qu’ailleurs dans le monde s’est reflétée sur les performances boursières. Le S&P 500 a terminé 2014 avec un gain de plus 11 %, alors que, dans l’ensemble, les bourses des autres pays avancés ont connu une année difficile. Cette divergence économique, combinée à l’évolution contrastée des politiques monétaires, a aussi entraîné un bond spectaculaire du billet vert. Du côté de nos voisins du Sud, la surprise en 2014 a été la performance remarquable du marché obligataire, alors que les taux obligataires ignoraient les bonnes nouvelles américaines et reculaient sous l’influence des développements internationaux, en particulier des difficultés dans la zone euro et de la baisse du prix du baril de pétrole.

La situation au Canada

La performance de l’économie canadienne a aussi été assez encourageante en 2014. Profitant d’une devise plus faible et d’une demande américaine plus vigoureuse, les exportations canadiennes ont finalement pris leur envol. L’économie canadienne a ainsi progressé d’environ 2,4 % en 2014, et tout indique que ses capacités excédentaires de production sont maintenant pratiquement résorbées. La chute des cours pétroliers crée toutefois énormément d’incertitude quant aux perspectives de croissance canadienne. Les effets négatifs dans les provinces dont les revenus dépendent largement de la production de pétrole commencent déjà à être perceptibles, et la grande question est de savoir si les effets positifs dans le reste du pays, liés à des coûts énergétiques plus faibles, à un huard plus bas et à une économie américaine plus vigoureuse, seront suffisants pour les contrebalancer. Cette incertitude a amené la Banque du Canada à réduire ses taux directeurs de 0,25 % en janvier, et une autre baisse est probable lors de sa prochaine rencontre. La chute des cours pétroliers a eu une influence majeure sur les marchés financiers canadiens l’an dernier en amplifiant le recul des taux obligataires et du dollar. L’effet sur la Bourse a été encore plus spectaculaire. Au milieu de l’année, le S&P/TSX affichait une performance encore plus robuste que celle du S&P 500, mais la chute de 20 % du secteur énergétique au second semestre a fait très mal. Malgré tout, le S&P/TSX a terminé l’année avec un gain très acceptable de 7,4 %.

Quoi surveiller en 2015 ?

L’écart entre la performance économique des États-Unis et celle des autres grandes économies ainsi que la correction des prix du pétrole continueront d’influer sur les marchés financiers en 2015. Les cours pétroliers et les taux obligataires n’ont cessé de diminuer au cours des premières semaines de 2015, mais il serait surprenant qu’ils descendent beaucoup plus bas, alors qu’ils s’approchent déjà des creux observés lors de la crise financière de 2007-2008. Les investisseurs devront aussi surveiller la Réserve fédérale, puisque l’amorce d’un resserrement monétaire aux États-Unis pourrait avoir plusieurs conséquences sur les marchés.


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L'auteur

François Dupuis
François Dupuis
Vice-président et économiste en chef
Mathieu D'Anjou
Mathieu D'Anjou
Économiste principal