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Le protectionnisme : un frein à la croissance économique

Après des décennies de mondialisation des échanges commerciaux, le protectionnisme semble maintenant plus en vogue, notamment avec l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche. Doit-on craindre cette nouvelle tendance?

La montée de protectionnisme a commencé aux lendemains de la crise financière et elle a déjà des effets dommageables pour la croissance du commerce mondial. Le commerce de biens a évidemment chuté pendant la crise, un effet de la baisse de l’activité économique et du resserrement des conditions financières. On remarque toutefois que la croissance du commerce mondial enregistre depuis la reprise un rythme plutôt lent, à la fois symptôme et cause, de la faible progression de l’économie internationale. Des estimations de l’OCDE font état que si la libéralisation des échanges soutenait le même rythme qu’au cours des années 1990, la croissance annuelle du commerce mondial serait de 1 % à 2 % plus élevée.

La poursuite de la montée du protectionnisme, notamment si elle devient plus généralisée, affecterait davantage l’économie mondiale. Selon l’OCDE, « le commerce ainsi que l’expansion des chaînes de valeur mondiales stimulent la croissance grâce à une productivité accrue en améliorant l’allocation des ressources, en facilitant les économies d’échelle et la spécialisation, en encourageant l’innovation et le transfert des connaissances et en favorisant l’expansion des entreprises plus productives et la sortie des entreprises les moins productives ».

Ainsi, en freinant les échanges internationaux et, par ricochet, en limitant tous les facteurs positifs à la croissance qu’il amène, incluant la productivité, le protectionnisme a des effets directs négatifs sur la croissance économique mondiale à court terme et aussi à long terme. L’OCDE estime que l’équivalent de 1,00 $ US de revenu tarifaire supplémentaire provoquerait une perte de 2,16 $ US des exportations mondiales et de 0,73 $ US du revenu mondial. Une meilleure croissance de l’économie internationale demanderait donc une poursuite de la mondialisation plutôt que son arrêt.

Une hausse du protectionnisme a aussi un effet direct négatif sur la croissance du PIB réel d’un pays. Selon une estimation du FMI, une hausse permanente de dix points de pourcentage des tarifs américains sur les importations en provenance de toutes les régions provoquerait une baisse permanente de 1 % du niveau du PIB réel. Il y a plusieurs manières que les tarifs et les autres mesures protectionnistes peuvent affecter négativement une économie. Voici les principales :

Augmentation du coût des importations

Les tarifs font augmenter les coûts des équipements et des biens intermédiaires pour les importateurs. À court terme, même les prix des biens semblables fabriqués à l’intérieur du pays devraient augmenter à cause d’une hausse subite de la demande. La hausse des prix des intrants risque de provoquer une baisse possible de l’investissement des entreprises ou une diminution des profits des entreprises.

Augmentation des prix à la consommation

La hausse des prix des importations amène à court terme une augmentation des prix à la consommation, soit directement ou indirectement par l’effet sur le coût des intrants. La hausse des prix provoque une diminution du revenu disponible réel des ménages. On peut donc voir une augmentation de tarifs ou une restriction de l’offre de produits importés comme une taxe à la consommation payée par l’ensemble de la population. L’effet sur l’inflation a aussi des incidences sur la politique monétaire, car elle réduit la marge de manœuvre des banques centrales qui sont aux prises avec une hausse artificielle des prix. Finalement, on peut aussi s’inquiéter des politiques protectionnistes sur la redistribution des revenus.

Réduction de l’efficacité économique

Le protectionnisme a une incidence négative sur la productivité de l’économie en décourageant la compétition, la spécialisation, l’innovation et le transfert des connaissances. L’économie est ainsi moins apte à bien s’adapter à des changements technologiques ou à des revers de conjoncture.

Effets sur la devise

C’est peut-être la conséquence la plus sous-estimée. La hausse des tarifs, en abaissant les importations réelles, amène une anticipation d’amélioration de la balance commerciale. Toutefois, afin d’équilibrer ce changement avec un niveau fixe d’investissements étrangers, la devise s’appréciera en conséquence. Cette hausse du taux de change défavorisera les exportations sur les marchés extérieurs et appuiera les importations sur le marché intérieur. À terme, cet effet annule généralement le souhait initial d’améliorer la balance commerciale.

Représailles et guerres commerciales

Les effets négatifs énumérés jusqu’ici affectent l’économie nationale même sans récidive des pays visés par les nouvelles politiques protectionnistes. Toutefois, les risques de représailles sont très importants. Si la mondialisation a été une source de prospérité assez généralisée, une guerre commerciale multilatérale ne pourrait qu’être très néfaste pour l’économie mondiale et toucherait évidemment le pays qui a déclenché la première salve. Une guerre commerciale issue des intentions protectionnistes du gouvernement américain ou d’autres pays représente actuellement l’un des principaux risques pour l’économie mondiale et les marchés financiers.

Dans la plupart des cas, les coûts des mesures protectionnistes décrites plus haut sont souvent plutôt diffus. La baisse du revenu disponible causée par l’augmentation des prix est partagée par une grande partie de la population. La baisse de compétitivité des entreprises se manifeste généralement à plus long terme et affecte davantage le potentiel de l’économie que la croissance du PIB réel dans un court délai.

Toutefois, les problèmes causés par la mondialisation ou l’ouverture des échanges sont souvent plus visibles. La fermeture d’une entreprise incapable de s’adapter ou le déclin de tout un secteur industriel peuvent facilement être représentés par les difficultés économiques et sociales d’une région, d’une communauté ou d’une catégorie de travailleurs.

Il est donc important de permettre aux secteurs et aux communautés touchés par l’ouverture des marchés de s’adapter. La mauvaise réputation de la mondialisation et le renouveau du protectionnisme auraient sans doute pu être évités si les autorités publiques avaient pris davantage conscience des problèmes potentiels et avaient tenté de les résoudre. Il serait avantageux pour l’économie mondiale de continuer à se développer par une ouverture accrue des marchés, tout en appuyant ceux qui seront inévitablement affectés.

Graphique 1 - Les nouvelles ententes de libre-échange sont plus rares
Graphique 1 mars 2017
Graphique 2 - Une croissance lente des échanges commerciaux internationaux
Graphique 2 mars 2017
Graphique 3 - Depuis les années 1970, les États-Unis enregistrent constamment un déficit commercial
Graphique 3 mars 2017

L'auteur

Francis Généreux

Francis Généreux

Économiste principal
Francis Généreux détient une maîtrise en économie de l'Université de Montréal et un diplôme en communication de l’Université du Québec à Montréal. Employé du Mouvement Desjardins depuis plus de 20 ans, il occupe aujourd’hui la fonction d’économiste principal. Il est responsable du suivi de la conjoncture économique mondiale et effectue les analyses et prévisions concernant l'économie américaine. Il est auteur de plusieurs recherches et participe à la rédaction de nombreuses publications produites par les Études économiques de Desjardins.