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La montée du protectionnisme et les perspectives d’une guerre commerciale mondiale

Les risques qu’une guerre commerciale affecte l’économie mondiale ont de toute évidence augmenté au cours des derniers mois. Les premières salves américaines, suivies des représailles des autres pays, font monter la tension. Pour le moment, la situation demeure contenue, mais incertaine, et la hausse des barrières tarifaires demeure bilatérale envers les États-Unis. Toutefois, il faut se poser la question : est-ce qu’une véritable guerre commerciale pourrait mettre fin au présent cycle de croissance économique mondiale?

Au cours de l’année dernière, les décisions protectionnistes du président Donald Trump n’ont pas eu d’influence sur les échanges commerciaux mondiaux. En fait, l’amélioration de la conjoncture économique mondiale en 2017, avec notamment l’accélération des PIB réels américain, eurolandais et, dans une moindre mesure, chinois, a plutôt favorisé le volume du commerce mondial. On observe toutefois un ralentissement de cadence depuis l’hiver dernier. La croissance annuelle du volume de commerce mondial a diminué aux alentours de 3,5 % au printemps, ce qui est nettement inférieur aux résultats de plus de 5 % enregistrés jusqu’en janvier. On craint maintenant que la multiplication des mesures protectionnistes de la part des États-Unis et les représailles des autres pays freinent davantage la production mondiale et, parallèlement, le commerce international.

Effets économiques d’une guerre commerciale

La plupart des analyses abondent dans le même sens : une levée généralisée des tarifs serait dommageable pour l’économie mondiale. On remarque toutefois que, pour la plupart des estimations, les hausses de tarifs n’entraîneraient pas nécessairement une récession planétaire. Le commerce international demeure surtout lié aux mouvements de biens, alors que les économies sont de plus en plus tributaires des services. Cette situation pourrait limiter les dégâts. D’un autre côté, vu la situation du cycle économique actuel, et surtout sa longueur, une guerre commerciale pourrait tout de même être un facteur hautement aggravant. Elle pourrait suffisamment miner la confiance des ménages et des entreprises, et restreindre le volume de commerce international pour stopper l’actuel cycle de croissance. On peut aussi craindre que les modèles économiques ne prennent pas bien en compte toute la complexité des chaînes de valeurs, minimisant ainsi les conséquences des complications douanières. Les interactions avec les marchés financiers pourraient aussi causer de mauvaises surprises.

Guerre commerciale et marchés financiers

Une montée généralisée des tarifs et la levée de barrières commerciales auraient évidemment des conséquences pour les marchés financiers, à commencer par les devises, qui réagissent promptement aux aléas des balances commerciales et des croissances économiques relatives. Le marché des devises pourrait ainsi devenir plus volatil. Les modèles économiques suggèrent que l’établissement de mesures protectionnistes de la part d’un pays amène une appréciation de sa devise. De plus, les autres pays pourraient vouloir répliquer en laissant leur propre monnaie se déprécier (guerre de devise). L’inflation provoquée par une hausse des prix des importations pourrait toutefois amener des perspectives plus élevées pour les taux d’intérêt, un facteur d’appréciation des monnaies. Dans le cas des États-Unis, une guerre commerciale qui risquerait de miner la croissance économique mondiale pourrait provoquer un effet de valeur refuge, qui ferait apprécier le dollar américain.

Comme on vient de le voir, les taux d’intérêt réagiraient aussi promptement à une montée encore plus grande des tensions commerciales. Toutefois, les effets nets sont moins évidents, puisque plusieurs facteurs pourraient se contrebalancer. D’une part, la diminution des perspectives de croissance pourrait inciter les taux d’intérêt réels à demeurer faibles. D’autre part, les conséquences des mesures protectionnistes sur les prix devraient alimenter les anticipations d’inflation sur les marchés. Les pressions inflationnistes pourraient aussi inciter les banques centrales à garder les taux plus élevés que le demandent les chiffres de croissance économique ou de création d’emplois. Certains commentateurs, à l’image d’Alan Greenspan, ancien président de la Réserve fédérale, y voient la possibilité d’un retour de la stagflation. Une guerre commerciale pourrait aussi ouvrir un autre front de conflit : le financement extérieur de l’énorme dette du gouvernement fédéral américain, surtout si la plus faible croissance économique gonfle davantage les déficits. De plus, certains pays pourraient limiter les mouvements de capitaux.

Du côté des marchés boursiers, on voit qu’ils se montrent déjà nerveux depuis l’annonce des premières mesures protectionnistes de l’administration Trump en janvier. Toutes les nouvelles qui portent à croire à une escalade d’un conflit commercial Chine–États-Unis ont aussi eu des répercussions généralement négatives sur les principaux indices boursiers, aux États-Unis comme ailleurs. La Bourse chinoise est d’ailleurs déjà officiellement dans un marché baissier. Comme on a pu l’observer cet été, d’autres facteurs peuvent cependant amener, malgré tout, une appréciation de la Bourse. Toutefois, il est clair que la hausse des barrières commerciales ne peut que nuire à la profitabilité des grandes entreprises, qui opèrent généralement dans plus d’un pays. La compétitivité et la productivité des entreprises souffriraient des complications aux chaînes de valeurs globalisées. L’importance du secteur extérieur pour l’économie canadienne fait en sorte que la Bourse de Toronto soit particulièrement fragile aux aléas du commerce international. Un ralentissement important de l’économie internationale pourrait aussi miner les cours des matières premières.

Graphique – Le commerce mondial a ralenti depuis le début de l’année
Graphique – Le commerce mondial a ralenti depuis le début de l’année Sources : CPB - Netherlands Bureau for Economic Policy Analysis et Desjardins, Études économiques
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L'auteur

Francis Généreux

Francis Généreux

Économiste principal

Francis Généreux

Francis Généreux détient une maîtrise en économie de l'Université de Montréal et un diplôme en communication de l’Université du Québec à Montréal. Employé du Mouvement Desjardins depuis plus de 20 ans, il occupe aujourd’hui la fonction d’économiste principal. Il est responsable du suivi de la conjoncture économique mondiale et effectue les analyses et prévisions concernant l'économie américaine. Il est auteur de plusieurs recherches et participe à la rédaction de nombreuses publications produites par les Études économiques de Desjardins.

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