Haut de la page

La baisse de cadence de l’économie canadienne sera-t-elle temporaire?

Les banques centrales généralement moins confiantes

Un des éléments qui a caractérisé 2018 sur le plan économique a été le ralentissement du commerce mondial. Celui-ci a pris de l’ampleur à la toute fin de l’année alors que la variation annuelle du volume du commerce mondial est tombée en territoire négatif. Ces diminutions sont plutôt rares et reflètent une croissance économique mondiale moins forte, comme lors de la chute des prix du pétrole en 2015 et de la crise des dettes européennes en 2012. Certains indicateurs, comme les prix des matières premières et l’activité de transport, commencent à afficher de modestes signes de stabilisation, mais leur tendance demeure négative. Une résurgence de la croissance économique mondiale, soutenue par un renversement au moins partiel des mesures protectionnistes mises en place en 2018, serait sans doute nécessaire pour espérer une véritable amélioration du commerce. Au moins, la poursuite des négociations commerciales entre la Chine et les États-Unis va dans le bon sens.

Un des pays qui souffrent le plus des difficultés du commerce mondial est l’Allemagne. Évidemment, tant que la principale économie de l’Europe ne reprendra pas du tonus, il sera difficile pour l’économie eurolandaise d’accélérer de nouveau. Une lueur d’espoir pourrait venir de la faiblesse de la devise, qui permettrait une résurgence des exportations. Somme toute, les prévisions de croissance du PIB réel eurolandais pour 2019 et 2020 ont à nouveau été revues à la baisse. On s’attend maintenant à des gains de seulement 1,1 % en 2019 et de 1,3 % en 2020.

Après une croissance annuelle de 6,6 % en 2018, soit la plus faible depuis 1990, l’économie chinoise devrait encore ralentir en 2019. D’ailleurs, le gouvernement a émis une nouvelle cible de progression du PIB réel. Celle-ci est passée de 6,5 % à « de 6 % à 6,5 % », et on s’attend à une variation annuelle de 6,2 % en 2019. La croissance du PIB réel mondial devrait être de 3,4 % en 2019 et en 2020, comparativement à une estimation de 3,6 % pour 2018.

Aux États-Unis, les indicateurs ont été plutôt volatils depuis la fin de 2018. Cela s’ajoute au bouleversement du calendrier de publication causé par la suspension des services du gouvernement fédéral. Il est donc difficile de se faire une image nette de la vigueur actuelle de l’économie américaine. Toutefois, le premier trimestre de 2019 devrait refléter plusieurs difficultés qu’elle subit depuis décembre et, pour le moment, on s’attend à une croissance annualisée de moins de 1 % cet hiver. La remontée de la confiance et la stabilisation d’autres indicateurs sont cependant encourageantes, et un rebond est anticipé dès le printemps. Pour l’ensemble de 2019, un gain de 2,5 % du PIB réel américain est prévu. Il devrait être suivi par une hausse de 2,2 % en 2020.

Au Canada, les résultats du PIB réel du quatrième trimestre de 2018 se sont avérés pires que les attentes, déjà faibles. Il n’a augmenté que de 0,4 % à un rythme trimestriel annualisé et, surtout, la demande intérieure a diminué de 1,5 %. Visiblement, la baisse de 0,5 % de la demande intérieure observée au troisième trimestre n’était pas qu’un simple accident de parcours, et la situation a continué de se dégrader à la fin de 2018. Avec la diminution du PIB réel par industrie en novembre et en décembre, l’acquis de croissance pour le premier trimestre de 2019 est très faible alors que les problèmes temporaires de l’industrie pétrolière s’ajoutent à la faiblesse de la demande intérieure. Le PIB réel pourrait donc croître de seulement 0,5 % (à un rythme annualisé) au premier trimestre. Un rebond est prévu au printemps grâce à un retour graduel à la normale de l’industrie pétrolière. Toutefois, la faiblesse de l’économie à la fin de 2018 et au début de 2019 a entraîné une révision à la baisse de notre prévision pour l’ensemble de l’année 2019. Ainsi, la croissance du PIB réel pourrait n’être que de 1,4 % en 2019 et être suivie d’un gain de 1,7 % en 2020.

Au Québec, la croissance soutenue du PIB réel a cédé le pas à un rythme plus modéré en 2018. Cet essoufflement devrait se poursuivre alors que la contribution des ménages et des entreprises s’atténuera. D’une part, les hausses cumulatives de taux d’intérêt appliquées depuis la mi-2017 continueront de tempérer les dépenses de consommation. D’autre part, les exportations devraient croître plus lentement en raison des difficultés économiques en Europe et du ralentissement attendu de l’économie américaine. Le PIB réel du Québec devrait augmenter de 1,7 % en 2019 et de 1,3 % en 2020, soit à un rythme inférieur à celui de 2,3 % estimé pour 2018.

En ce qui concerne les marchés financiers, le sentiment est demeuré généralement positif au cours des dernières semaines. Les Bourses continuent de bien faire, mais les taux obligataires ont diminué alors que les données économiques restent mitigées et que les banques centrales signalent le maintien de politiques monétaires très accommodantes. La Réserve fédérale américaine (Fed) ne prévoit presque plus de hausses de taux et elle cessera de réduire sa détention d’obligations en septembre prochain. La Banque centrale européenne a annoncé un nouveau programme de prêts à long terme et a signalé qu’elle garderait ses taux directeurs inchangés au moins jusqu’à la fin de 2019. La conjoncture économique moins favorable au pays a aussi forcé la Banque du Canada (BdC) à adopter un ton beaucoup plus neutre en plus de désavantager le dollar canadien. Dans son dernier communiqué, la BdC insiste sur le fait qu’il faudra du temps pour jauger la situation actuelle avant d’envisager d’autres hausses des taux directeurs. Dans ce contexte, la pause dans les resserrements monétaires en Amérique du Nord devrait se poursuivre tout au long de 2019. Un environnement économique plus favorable devrait toutefois convaincre la Fed et la BdC de recommencer à augmenter leurs taux directeurs vers la mi-2020.

L'auteur

Francis Généreux

Francis Généreux

Économiste principal
Francis Généreux détient une maîtrise en économie de l'Université de Montréal et un diplôme en communication de l’Université du Québec à Montréal. Employé du Mouvement Desjardins depuis plus de 20 ans, il occupe aujourd’hui la fonction d’économiste principal. Il est responsable du suivi de la conjoncture économique mondiale et effectue les analyses et prévisions concernant l'économie américaine. Il est auteur de plusieurs recherches et participe à la rédaction de nombreuses publications produites par les Études économiques de Desjardins.