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Amérique du Sud : bientôt la lumière au bout du tunnel ?

Après des années de croissance économique rapide favorisée par un boom des matières premières, l’Amérique du Sud a récemment connu une période plus sombre. La diminution des prix des matières premières, la faiblesse de la demande chinoise, une inflation élevée causée en bonne partie par la chute des devises sud-américaines face au billet vert et de nombreux problèmes politiques ont même fait tomber en récession quelques pays de la région, le Brésil en premier lieu.

On observe toutefois que la situation de l’économie brésilienne semble être près d’un tournant. Plusieurs indicateurs, notamment les indices de confiance, commencent à pointer vers le haut. Les variations annuelles des ventes au détail et de la production industrielle demeurent largement négatives, mais les reculs sont déjà bien moins prononcés.

Depuis le début de l’année, la stabilisation et la remontée des cours de plusieurs matières premières et de certaines denrées appuient cette amélioration de la conjoncture brésilienne. Parmi les facteurs qui aident le Brésil à voir la lumière au bout du tunnel, il y a le changement de garde à la tête du pays. Les nombreux scandales politiques liés à l’administration Rousseff et à la classe dirigeante brésilienne en général ont été des facteurs de la détérioration de la confiance et de la chute des investissements au cours des dernières années. La destitution de la présidente et l’arrivée du gouvernement du vice-président Michel Temer ont été particulièrement bien accueillies par les marchés, notamment grâce à la nomination de personnes de haut calibre à des postes économiques importants.

L’Argentine a aussi connu de graves problèmes économiques, financiers et politiques au cours des dernières années. Toutefois, le remplacement des gouvernements populistes de Christina Fernandez et, précédemment, de son mari Nestor Kirchner par l’administration réformiste de Mauricio Macri suscite beaucoup d’optimisme. À très court terme, les réformes pourraient nuire à la croissance économique, car le gouvernement tente de se redonner une crédibilité financière tout en réformant un système qui repose fortement sur les subventions et sur le gaspillage étatique. Toutefois, on observe déjà une réduction des barrières commerciales à l’importation et des taxes à l’exportation. À plus long terme, ces efforts, s’ils ne sont pas freinés au niveau législatif par des partisans de l’ancien régime, devraient porter leurs fruits et accélérer la croissance de l’Argentine. On remarque déjà que le gouvernement de ce pays, après quinze années d’« exil », a réussi un retour sur les marchés financiers internationaux avec de premières émissions d’obligations.

Perspectives d’investissement

La stabilisation du marché des matières premières et la poursuite modérée de leur récente remontée devraient aider la conjoncture dans toute la région. Certains indicateurs le montrent déjà et on peut penser que ce début de tendance se poursuivra. D’ailleurs, les prévisions du FMI tablent sur une telle embellie : après une contraction anticipée de 0,4 % du PIB réel de l’Amérique latine cette année, un gain de 1,6 % est prévu pour l’an prochain. La reprise de l’économie devrait favoriser le retour à une croissance plus rapide du marché intérieur, notamment de l’investissement au Brésil et en Argentine.

Marchés boursiers

Le marché boursier sud-américain, qui a été déprimé pendant toute la phase de ralentissement et de contraction qu’a connue ce continent, a commencé à relever la tête au cours des derniers mois. Depuis le début de l’année, les principaux indices boursiers ont connu de très fortes hausses. La palme revient surtout au Pérou, où la Bourse a augmenté de plus de 50 % jusqu’à maintenant en 2016. Ces gains font cependant suite à des contractions assez importantes subies en 2015. De ce fait, les ratios cours/bénéfice ne paraissent pas exagérés et se situent même généralement plus bas que celui que l’on observe aux États-Unis. Si la situation continue de s’améliorer et que le climat de confiance reprend du mieux, une hausse des profits devrait accompagner le maintien de l’augmentation des indices boursiers. D’ailleurs, les perspectives de profits à long terme sont relativement bonnes et s’apparentent à celles des États-Unis et du Canada. Pour les investisseurs canadiens ou américains, la hausse des Bourses sud-américaines a été gonflée par les mouvements de taux de change. La forte appréciation des devises de plusieurs pays émergents depuis le début de l’année risque cependant de ne pas se poursuivre. La force relative de l’inflation dans certains pays de la région, notamment au Brésil et en Argentine, devrait empêcher une hausse continue des devises de ces pays. La perspective de voir la Réserve fédérale augmenter de nouveau les taux directeurs américains est aussi une contrainte à l’appréciation des monnaies des pays émergents et peut même entraîner une sortie de capitaux. Il n’est pas exclu qu’un sentiment de confiance plus optimiste envers cette région appuie à la fois la conjoncture et les devises, mais, à court ou à moyen terme, ces dernières ne devraient pas gonfler autant la valeur de la Bourse une fois calculée en dollars américains ou canadiens.

Si la croissance économique mondiale parvient à se maintenir à un rythme satisfaisant et que les réformes politiques continuent d’aller de l’avant, les occasions qui s’offriront aux investisseurs qui s’intéressent à l’Amérique du Sud devraient être plus nombreuses et plus attrayantes, tout en demeurant relativement risquées.

L'auteur

Francis Généreux

Francis Généreux

Économiste principal
Francis Généreux détient une maîtrise en économie de l'Université de Montréal et un diplôme en communication de l’Université du Québec à Montréal. Employé du Mouvement Desjardins depuis plus de 20 ans, il occupe aujourd’hui la fonction d’économiste principal. Il est responsable du suivi de la conjoncture économique mondiale et effectue les analyses et prévisions concernant l'économie américaine. Il est auteur de plusieurs recherches et participe à la rédaction de nombreuses publications produites par les Études économiques de Desjardins.