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Une BGI, iShares et le XIU

Résumé

Depuis l’été 2007, plusieurs banques sont devenues fragiles par manque de capitaux. Les gouvernements leur ont offert de l’argent; mais certaines ont refusé, préférant vendre leurs actifs. C’est le cas de la britannique Barclays qui a mis sur le marché BGI et iSharesMC, le producteur du XIU. Une société de gestion privée, CVC, a voulu l’acheter ; mais jusqu’à la mi-juin 2009 rien n’est encore définitif.

Le ratio d’endettement (Debt to Equity Ratio) d’une société industrielle est le rapport entre sa dette à long terme et la valeur comptable de son capital actionnaire. Plus la dette est importante, plus le risque de ne pas pouvoir faire face à ses obligations est grand et ce, même si le but initial de l’endettement est celui de générer plus de profit. La norme approximative pour les sociétés industrielles est 0,50, c’est-à-dire un maximum de 50 $ de dette pour 100 $ de capital. Ce ratio est une mesure importante de l’état de santé de l’entreprise.

Dans le cas d’une banque on utilise un autre rapport pour mesurer le risque. Il s’agit du CAR (Capital Adequacy Ratio). C’est le ratio entre le capital (surtout actionnaire) d’une banque et le risque assumé par la banque. Ce dernier est représenté par les actifs (prêts ordinaires, hypothèques, obligations du gouvernement, comptant, etc.). Selon les Accords de Bâle (c’est le nom de l’ensemble des normes de fonctionnement des banques), ce ratio devrait être supérieur ou égal à 8 %. Par exemple, si le capital est de 100 $ et l’actif ajusté par le risque est 1 000 $, le ratio est 10 % : la banque est en bonne santé. Le risque ajusté est une série de normes des Accords de Bâle selon lesquels à chaque type d’actif on attribue des points de risque. Par exemple l’argent comptant et les obligations des gouvernements n’ont pas de risque, alors qu’une hypothèque ou un prêt sont risqués. Plus le ratio CAR est élevé plus la banque est en mesure de développer ses affaires. Jusqu’à l’été 2007 les banques respectaient scrupuleusement ces normes. Depuis, au fur et à mesure que les actifs se sont révélés beaucoup plus risqués que prévu, le CAR des banques de plusieurs pays s’est gravement détérioré, tombant bien au- dessous des limites. Il est devenu urgent d’augmenter le capital pour éviter la faillite. Les gouvernements et les banques centrales se sont empressées d’offrir de l’argent aux institutions financières pour améliorer leur CAR. Certaines banques ont accepté, d’autres ont refusé pour éviter le risque de perdre leur indépendance.

La banque anglaise Barclays (créée en 1690) s’est retrouvée avec un CAR misérablement bas ; mais elle a refusé l’argent du gouvernement britannique, préférant, pour augmenter le capital et améliorer la qualité du risque, vendre une partie de ses actifs les plus rentables, ceux qui se trouvent dans BGI (Barclays Global Investors), la société d’investissement de la banque. Parmi les actifs de BGI, un est particulièrement intéressant, celui qui porte le nom de iShares, le leader au Canada et aux États-Unis des fonds négociés en Bourse (FNB). Le XIU (qui simule l’indice S&P/TSX60) est le FNB le plus populaire de la famille des FNB canadiens.

La mi-mars 2009 a été le moment le plus terrible. Il suffit de regarder le graphique pour le constater.

Graphique 1. – Le titre Barclays, coté à New York, depuis juin 2007 à mai 2009.
V shape

Entre le 24 juillet 2007, quand le titre a fait un haut de 61,55 $ US, et le 9 mars 2009 qui montre un bas de 3,12 $ US, le titre a perdu 95 % de sa valeur : le tout en moins de 20 mois.

La société CVC Capital Partners est une société privée de gestion de fonds. Elle existe depuis 1981. Elle a son siège au Luxembourg et des bureaux dans tous les continents. Ses clients, en nombre de 250 actuellement, comprennent les plus importants fonds de pensions, institutions financières et fonds de fonds de la planète. Riches en liquidités, ses clients lui confient une partie de leur argent parce que l’habilité reconnue de CVC est de savoir trouver des occasions d’investissement hautement rentables à long terme, de qualité et qui permettent une diversification du portefeuille. CVC est actuellement dans plusieurs secteurs : la Formule 1 (courses automobiles), le service de poste de certains pays, la production de compteurs (électricité, eau), l’industrie de la confection, etc. D’autre part, la division iShares de BGI, en croissance continue depuis le lancement de ses FNB en 1996, aurait eu en 2008 un bénéfice, avant taxes, de 420 millions de dollars américains, qui représenterait la moitié des bénéfices de BGI. C’est donc naturel qu’à la mi-mars 2009, CVC, chasseur d’occasions, voyant que Barclays mettait en vente ses fleurons, s’est précipité à acheter iShares. Le montant de la transaction est de 4,20 milliards de dollars américains, dont environ 1,05 milliards en comptant et le reste sous la forme d’obligations. Barclays a vendu iShares à ce prix, parce qu’à la mi-mars, dans une atmosphère mondiale de pessimisme profond pour l’économie, personne ne s’était encore présenté pour acheter BGI en entier. Depuis, presque par miracle, le titre Barclays a remonté de 16 % et globalement un vent d’optimisme prudent a remplacé dans les marchés du monde le pessimisme de la mi-mars, à tel point qu’aujourd’hui plusieurs pensent que CVC a acheté iShares à un prix ridiculement bas.

Dans son accord de vente de iShares, Barclays avait introduit une clause selon laquelle l’entente de vente avec CVC devenait nulle si la banque réussissait à vendre BGI en entier. Une autre clause prévoyait que si d’ici la mi-juin 2009 une autre offre d’achat de iShares se présentait à un prix plus élevé, l’accord avec CVC devenait nul. Dans ce cas, Barclays verserait à CVC à titre de compensation, un montant d’environ 175 millions de dollars américains. L’entente définitive entre Barclays et CVC n’est donc pas encore conclue.

L’éventuel changement de propriétaire des FNB ne doit pas être une source d’appréhension pour les investisseurs, parce que le monde des FNB, au Canada comme aux États-Unis, est rigidement réglementé par les autorités financières. Chaque FNB est l’objet d’un prospectus (un document public qui décrit les caractéristiques du FNB et les risques pour l’investisseur), qui donne les règles de création, de négociation, de rédemption des FNB. Le respect de ces règles est constamment surveillé. Tandis que les parts d’un fonds de placement ouvert (ou fonds communs de placement) sont créées uniquement par le fonds lui-même, les FNB canadiens que les épargnants achètent et vendent à la Bourse sont créés par plusieurs intermédiaires institutionnels, des courtiers désignés par Barclays Canada. Tous les courtiers désignés doivent être membres de l’Organisme canadien de réglementation du commerce des valeurs mobilières, de la Bourse de Toronto et adhérents de la CDS (Clearing and Depository Services ou Services de dépôt et de compensation), un organisme similaire à la chambre de compensation dans les Bourses de produits dérivés. Ces courtiers déposent un bloc de titres spécifiques qui dans l’ensemble ont les caractéristiques de l’indice que le FNB mimique. En échange, ils reçoivent un nombre déterminé de parts de FNB, qui sont ensuite vendues aux épargnants par la Bourse. Il y a des variantes à ce que je viens de décrire, dans la création des FNB, selon le type et les marchés, canadien et américain ; mais il n’y a pas de FNB sans le respect de ces normes. Que serait-il arrivé à l’XIU si Barclays avait fait faillite ? Rien, du point de vue de l’investisseur : le tribunal aurait accordé l’achat d’iShares au meilleur offrant, sans que cela ait affecté le cours normal des transactions. Il est probable que CVC - si elle réussit dans les prochaines semaines à mettre définitivement la main sur iShares - vende un jour cet organisme quand elle aura des offres alléchantes. Mais le XIU, ainsi que les autres FNB, seront toujours là, peu importe le propriétaire, parce que c’est un produit financier que les investisseurs désirent avoir.

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L'auteur

Charles K. Langford

Charles K. Langford

PhD, Fellow CSI

Charles K. Langford

Charles K. Langford est président de Charles K. Langford, Inc, une firme de gestion de portefeuilles. Il enseigne la construction et la gestion de portefeuille à l'école des Sciences de la Gestion, Université du Québec (Montréal). Il est l'auteur de 14 livres sur la gestion de portefeuille, les stratégies de produits dérivés et l'analyse technique.

Jusqu'en 2007, depuis 1990, il a été vice-président de gestion des risques pour Visconti Venosta Teaspoon Approach Management, Ltd. Auparavant il a été gestionnaire de portefeuille pour Refco Futures (Canada) Ltd.

Il a reçu un baccalauréat de l'Université de Montréal, une maîtrise et le doctorat de l'Université McGill (Montréal), et il est également Fellow de CSI (Canadian Securities Institute).

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