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Stratégies dynamiques pour la distribution de l'actif

Résumé

Les composantes d’un portefeuille présentent individuellement chacune des risques spécifiques. Dans la gestion d’un portefeuille, le rééquilibrage du portefeuille est un besoin vital afin de maintenir le niveau de risque global jugé acceptable. La distribution dynamique de l’actif est un aspect de ce besoin. Cet article explique deux des quatre méthodes classiques utilisées.

Un portefeuille composé de deux ou plusieurs titres contient des éléments de risque spécifiquement différents. Ceci implique que l’équilibre initialement créé dans la répartition de l’actif est altéré par la croissance, ou par la perte de valeur, à différentes vitesses, de chaque titre.

Par exemple, les actions d’une société d’exploitation minière sont ordinairement plus volatiles, et donc plus risquées, que celles d’une banque. Un investisseur, plutôt adverse au risque, investit initialement moins dans un titre risqué et plus dans un titre bancaire. Par exemple, il se sent à l’aise quant au risque de son portefeuille en plaçant 30 $ dans un titre minier et 70 $ dans un titre bancaire. Cette répartition 30/70 reflète son niveau acceptable de risque. Voici que quelque temps après, le titre plus risqué monte de 20 %. Le 20 % des 30 $ initialement investis dans le titre risqué représente 6 $, et donc cette partie du portefeuille est montée à 36 $. Supposons que le titre bancaire entre-temps n’a pas bougé : la valeur de cette partie du portefeuille reste à 70 $.

Globalement, le portefeuille vaut maintenant 106 $ (36 $ +70 $). C’est bien pour le profit; mais la répartition entre la composante risquée et celle qui l’est moins est maintenant moins à l’aise : le portefeuille est devenu plus risqué parce que sa performance dépend en plus large mesure du titre risqué. En effet, la fraction du portefeuille allouée au titre risqué est maintenant 36 $/106 $, soit 34 %, et celle du titre bancaire a reculé, en devenant 70 $/106 $, soit 66 %. La répartition du portefeuille est donc maintenant 34/66, de 30/70 qu’elle était initialement.

Si la tendance continuait, la nature prudente du portefeuille initial serait de plus en plus menacée. L’investisseur pourrait décider de ne rien faire en acceptant ce risque accru ou encore il considérerait l’hypothèse de rééquilibrer son portefeuille pour revenir à un ratio plus près de l’initial 30/70.

La répartition dynamique de l’actif et le rééquilibrage font partie des techniques professionnelles employées dans la construction et la gestion d’un portefeuille. Le sujet est vital pour les gestionnaires de fonds institutionnels, par exemple les fonds de placement, les fonds de pension, les fonds de couverture.

Il y a essentiellement quatre méthodes que nous pouvons appliquer à un portefeuille pour gérer la distribution des actifs dans le but de rééquilibrer le risque :

  1. L’assurance portefeuille basée sur le delta des options
  2. L’assurance portefeuille à proportions constantes
  3. On achète et on garde
  4. On maintient constante la distribution

Les deux premières méthodes sont plutôt utilisées dans les institutions financières : la première consiste à convertir virtuellement le portefeuille en une option de vente, créant synthétiquement une stratégie que l’investisseur familier avec les options connaît : l’achat d’options de vente pour protéger les titres du portefeuille contre une baisse des prix. La deuxième méthode est une version simplifiée de la première. La raison de ces techniques est de créer un plancher à la valeur du portefeuille. Contrairement aux investisseurs individuels qui disposent d’options de vente cotées en Bourse pour nuancer le risque, les fonds institutionnels, à cause de leur taille, n’ont pas d’outils cotés pour se protéger : ils doivent donc les créer eux-mêmes avec des techniques d’ingénierie financière. Les investisseurs individuels dont le portefeuille est suffisamment large peuvent aussi utiliser les méthodes 1 et 2. Ce sera l’objet d’un prochain article.

Les deux dernières méthodes sont universelles.

La méthode 3 est passive, mais est la plus simple : on achète initialement dans la proportion voulue et, quoi qu’il arrive après, on garde les positions telles quelles.

Considérons un portefeuille composé de 60 $ investis dans des FNB (fonds négociés en Bourse). Ces fonds représentent un indice boursier et son prix actuel est de 100 $. Le risque de cet investissement est celui du marché dans son ensemble. L’autre partie du portefeuille est composée de 40 $ investis en bons du Trésor, un placement sans risque. L’amalgame initial est donc 60/40. Ce portefeuille dépend entièrement du comportement de l’indice. Chaque dollar de hausse de l’indice se traduit dans le portefeuille avec un gain de 0,60 $. En cas de baisse de l’indice, la valeur du portefeuille ne pourra pas descendre plus bas que 40 $, c’est-à-dire l’investissement initial dans les bons du Trésor. La méthode 1 est donc avantageuse si l’indice monte; mais elle pourrait être désastreuse en cas de baisse de l’indice.

La méthode 4 est dynamique. Initialement, nous avons un amalgame 60/40, comme dans l’exemple précédent; mais ici l’investisseur, indépendamment des gains ou des pertes, veut maintenir la proportion 60/40 constante entre les deux types d’investissement.

Si l’indice baisse de 10 % en passant de 100 $ à 90 $, la composante FNB baisse à 54 $, de 60 $ qu’elle était, et la valeur totale du portefeuille est maintenant de 94 $. L’amalgame initial 60/40 est modifié, parce que le FNB de l’indice est devenu 54 $/94 $, soit 57,45 % du total et la composante bons du Trésor devient 42,55 % (40 $/94 $). La nouvelle répartition est donc 57,45/42,55. Pour revenir à la répartition 60/40, nous devons acheter des FNB en quantité suffisante pour passer de 57,45 % à 60 %. Plus précisément, nous devons avoir 60 % de 94 $ investis dans les FNB, soit 56,40 $ (0,60 $ x 94 $). Il faut donc acheter des FNB pour 2,40 $ (la différence entre 56,40 $ et 54 $). L’argent nécessaire à l’achat vient de la vente de bons du Trésor pour un montant égal. Ainsi, la répartition redevient 60/40.

En règle générale, pour maintenir constant l’amalgame initial de 60/40, il faut acheter des FNB si l’indice baisse et il faut les vendre s’il monte. La méthode est donc profitable essentiellement quand on a de fréquents renversements de tendance, comme dans une zone de congestion. Par exemple, si l’indice baisse et qu’ensuite il revient à la position initiale, la méthode 3 n’aura pas permis de faire de l’argent, alors que la méthode 4, grâce au rééquilibrage, permettrait un profit.

En pratique, dans la méthode 4, on ne balance pas à chaque mouvement du marché. On applique une règle : on rééquilibre le portefeuille, par exemple, seulement si l’indice bouge au moins de 2 %.

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L'auteur

Charles K. Langford

Charles K. Langford

PhD, Fellow CSI

Charles K. Langford

Charles K. Langford est président de Charles K. Langford, Inc, une firme de gestion de portefeuilles. Il enseigne la construction et la gestion de portefeuille à l'école des Sciences de la Gestion, Université du Québec (Montréal). Il est l'auteur de 14 livres sur la gestion de portefeuille, les stratégies de produits dérivés et l'analyse technique.

Jusqu'en 2007, depuis 1990, il a été vice-président de gestion des risques pour Visconti Venosta Teaspoon Approach Management, Ltd. Auparavant il a été gestionnaire de portefeuille pour Refco Futures (Canada) Ltd.

Il a reçu un baccalauréat de l'Université de Montréal, une maîtrise et le doctorat de l'Université McGill (Montréal), et il est également Fellow de CSI (Canadian Securities Institute).

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