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Les marchés et la force des vents

Résumé

Depuis des mois, la Réserve fédérale américaine a augmenté de façon extraordinaire la masse monétaire afin de stimuler l’activité économique. Cet argent n’a pas encore atteint l’économie réelle. C’est le marché boursier qui en bénéficie, ainsi que celui des matières premières, comme le pétrole et l’or. Le tout crée un climat d’incertitude et de volatilité accrue.

La volatilité est le risque naturel des marchés et si Francis Beaufort avait été un investisseur il aurait adapté aux marchés l’échelle qui porte son nom1. En tant que navigateur, l’incertitude à laquelle il devait continuellement faire face était le vent. Ainsi en 1805 il mettait au point le classement des vents selon les dégâts que ce dernier pouvait causer. Cette échelle, avec sa description imagée et vivante (voir la note à la fin de cet écrit), pourrait remplacer le VIX, cet indicateur, plutôt académique, qui nous donne la mesure du risque à la Bourse. Un VIX à 10 % indique un marché sans risque de volatilité, comme la force 1 de Beaufort. Un VIX à 80 % et plus, comme on a connu en octobre et novembre 2008 (voir le graphique 1), est l’équivalent de la force 12 : nous sommes au cœur d’un ouragan financier. L’actuel niveau du VIX (un peu plus que 20 %), est de force 7: un danger mitigé, qui peut devenir menaçant. Dans le graphique 1, le VIX montre, au moment d’écrire ces notes (23 juillet), que sa tendance est à la baisse. C’est donc comme si le gros de l’ouragan financier était passé.

Toutefois, le Dow Jones des Industriels a oscillé depuis juin 2009 dans une fourchette d’environ 1 000 points, laissant planer la possibilité — après la montée vigoureuse faite entre mars et juin — de l’arrivée d’une autre tempête. En effet, cet indice a complété entre mai et juillet une configuration à la baisse à forme de « tête et épaules » (les lettres CDR dans le graphique 2) et dans 85 % des cas ce genre de configuration anticipe une baisse. Mais si après le prix se met immédiatement à monter au lieu de descendre (c’est le 15 % restant), la configuration à la baisse perd son influence, surtout si le prix dépasse à la hausse le sommet de la « tête » : c’est le cas en ce moment. Nous sommes donc encore avec des vents de force 7, dans l’incertitude : on évite pour le moment la baisse; mais on ignore la suite.

En effet, il y a des faits troublants. Le graphique 2 montre un comportement qui suit celui de la masse monétaire créée par la Réserve fédérale américaine (RF), le graphique 3. Il y a eu une hausse historique de création de monnaie entre septembre et décembre 2008. Ceci a permis au marché boursier, au cours de la même période, de ne pas s’écrouler totalement sous le poids des problèmes du secteur financier. Par contre, de janvier à mars 2009 (A, B dans le graphique 3), la RF a réduit la masse d’argent et le Dow (A, B dans le graphique 2) s’est effondré. De mars à mai et en juin la RF a augmenté à nouveau la masse monétaire (B, C et D dans le graphique 3) et le Dow a fait un bond à la hausse spectaculaire (B, C et D dans le graphique 2). À partir de mai, la masse monétaire diminue à nouveau (D, E dans le graphique 3) et le Dow reprend la baisse (D, E dans le graphique 2). Au moment d’écrire ses notes, la masse monétaire est à nouveau à la hausse et le Dow suit. C’est un peu comme si dans le marché boursier il y avait un seul joueur.

Le Dow monte solidement quand les sociétés qui composent l’indice font du profit. Mais l’économie américaine avec un taux de chômage de 9,5 % est encore loin d’une image santé. L’hypothèse plausible des hausses est que la création d’argent, à cause de son extraordinaire abondance, n’a pas encore atteint l’économie pour la stimuler et qu’elle dévie en quelque sorte vers le marché boursier, en le gonflant, et vers les matières premières. Le graphique 4 montre que le prix du baril de pétrole a plus que doublé depuis janvier 2009 et que l’or a augmenté considérablement : un comportement anormal dans les conditions économiques actuelles et qui rappelle plutôt la hausse vertigineuse des matières premières (et de l’immobilier) quand la RF avait gardé les taux d’intérêt très bas (pour l’époque, car aujourd’hui ils sont encore plus bas) en alimentant ainsi une hausse artificielle des prix. Le vent est encore inquiétant.

Graphique 1 – Le VIX, l’indicateur de l’incertitude des marchés, appelé aussi « Indice de la peur », depuis 2004.
Graphique 2 – L’indice Dow Jones des Industriels, depuis août 2008.
Graphique 3 – La masse monétaire aux États-Unis, depuis mai 2008.
Graphique 4 – Le prix du pétrole au NYMEX, la bourse des marchandises.
Graphique 5 – Le prix de l’or au NYMEX, la bourse des marchandises.
  1. L’échelle de Beaufort sur l’effet du vent à terre. Le lecteur trouvera dans des encyclopédies l’échelle de Beaufort avec aussi la description des effets du vent sur mer. http://en.wikipedia.org/wiki/Beaufort_scale (anglais)

L'auteur

Charles K. Langford

Charles K. Langford

PhD, Fellow CSI
Charles K. Langford est président de Charles K. Langford, Inc, une firme de gestion de portefeuilles. Il enseigne la construction et la gestion de portefeuille à l'école des Sciences de la Gestion, Université du Québec (Montréal). Il est l'auteur de 14 livres sur la gestion de portefeuille, les stratégies de produits dérivés et l'analyse technique.

Jusqu'en 2007, depuis 1990, il a été vice-président de gestion des risques pour Visconti Venosta Teaspoon Approach Management, Ltd. Auparavant il a été gestionnaire de portefeuille pour Refco Futures (Canada) Ltd.

Il a reçu un baccalauréat de l'Université de Montréal, une maîtrise et le doctorat de l'Université McGill (Montréal), et il est également Fellow de CSI (Canadian Securities Institute).