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Les FNB à revenu sur indices américains (sans le risque du taux de change $ US/$ CA)

Le graphique 1 illustre le comportement du fonds négocié en bourse (FNB) XSP coté à la Bourse de Toronto en dollars canadiens, qui reproduit l’évolution de l’indice américain S&P 500 (c’est le pendant canadien du FNB SPY aux États-Unis qui calque l’indice américain S&P 500). En soi, ce FNB est une réplique du marché boursier américain et, sous influence directe, du marché canadien par le fait même. Il est très populaire au Canada, comme en font foi les 15 millions de parts échangées mensuellement en moyenne depuis 2008.

Le graphique ci-dessous montre que le XSP valait 7,00 $ en mars 2009 et qu’il a grimpé pour atteindre un sommet de 24,39 $ en juillet 2015, soit une hausse de 250 % en six ans. Depuis, il stagne et dénote une sympathie préoccupante pour une éventuelle correction, comme en attestent quelques brusques plongées. La première plongée a eu lieu en août 2015 et la deuxième en janvier 2016. Au moment actuel, la situation du XSP est inquiétante dans l’ensemble : la moyenne mobile de son cours sur 27 périodes (la ligne rouge) tend à devenir horizontale, ce qui est une indication négative. Ce pessimisme est renforcé par le fait que l’indicateur CCI (commodity channel index) s’approche du territoire négatif et que l’indicateur stochastique lent est passé en dessous du seuil des 80 %. En décembre 2014, l’indicateur de la moyenne mobile de convergence/divergence (MACD) avait déjà donné un signal de fatigue à l’égard de la hausse (voir le croisement à 2,62).

Graphique 1 – FNB XSP.to – graphique mensuel (au 26 février 2016)
Graphique 1 Source : Stockcharts

Ces considérations techniques, qui reposent sur le comportement historique très crédible de ces instruments d’analyse technique, laissent planer le doute quant à la possibilité que le marché reparte à la hausse à court terme. Très suivi et analysé, le XSP représente un indice, et comme tel, un indice n’influence pas tous les titres cotés en bourse dans la même mesure. D’ailleurs, il suffit de regarder le bêta d’un titre pour en avoir une idée : plus son bêta est bas, plus ce titre jouit d’une grande autonomie par rapport à l’évolution du marché boursier dans son ensemble.

L’investisseur qui a le temps et un intérêt pour l’analyse peut dénicher par lui-même des titres performants et prometteurs, même si l’indice est négatif en général. Pour les autres investisseurs, dans l’hypothèse que le marché stagne – ou même visite des niveaux plus bas – la solution la plus simple pour obtenir des gains serait probablement d’investir dans des FNB à revenu qui investissent dans des obligations.

Populaires auprès des investisseurs canadiens sont les FNB qui se négocient à la Bourse de Toronto, en dollars canadiens, mais qui sont en premier lieu cotés aux États-Unis. Il s’agit donc de FNB du marché américain (populaires dans leur marché) que les émetteurs canadiens de FNB offrent chez nous en dollars canadiens. C‘est l’émetteur canadien qui assume le risque du taux de change, de sorte que l’investisseur canadien n’a pas à se soucier du taux de change $ US/$ CA. Habituellement, une telle « faveur » est gratuite : l’émetteur n’exige pas de frais pour ce service de conversion. Les FNB américains cotés au Canada ne le sont pas tous en dollars canadiens. Il faut donc les reconnaître : les mots-clés à retenir sont « couverture $ CA, ou CAD-hedge » qui accompagnent toujours le nom de ces fonds. Si cette mention est absente, il est préférable de communiquer avec la maison de courtage pour demander plus de précisions avant d’investir. Autrement, le risque auquel s’expose un investisseur est d’acheter un produit avec des dollars canadiens convertis pour l’occasion en dollars américains le jour de l’achat et reconvertis le jour de la vente. Dans cette éventualité, l’investisseur est susceptible de réaliser un gain ou une perte sur le titre de même qu’un gain ou une perte sur le taux de change : il y a donc deux risques au lieu d’un seul. Le tableau 1 présente neuf de ces FNB cotés à la Bourse de Toronto, qui offrent une protection du taux de change $ US/$ CA. Dans la liste, trois émetteurs (IShares, BMO et PowerShares) se font concurrence entre eux, car ils offrent parfois le même produit sous des symboles et des prix différents.

Tableau 1 – FNB à revenu américains, cotés en $ CA à la Bourse de Toronto.
SymboleNom du FNB (couverture $ CA) avec distribution mensuelle du revenuRend.
12 mois
RFG1DUR2
BKL PowerShares Senior Loan Index 4,85% 0,82 n. d.
CHB iShares U.S. High Yield Fixed Income Index Common Class 7,05% 0,56 4,00
CSD iShares Advantaged Short Duration High Income Common Class 5,55 0,61 9,00
PFH PowerShares Fundamental High Yield Corporate Bond Index 4,87 0,67 n. d.
XHY iShares U.S. High Yield Bond Index 6,94 0,67 4,00
XIG iShares U.S. IG Corporate Bond Index 3,14 0,32 7,00
ZHY BMO High Yield US Corporate Bond Index 7,30 0,62 4,32
ZMU BMO Mid-Term US IG Corporate Bond Index 3,53 0,28 6,48
ZSU BMO Short-Term US IG Corporate Bond Index 2,28 0,28 2,71

1RFG : ratio des frais de gestion; 2DUR : durée
Source : Morningstar (26 février 2016) et fiche descriptive des émetteurs

Ce tableau expose le rendement de ces FNB au cours des 12 derniers mois. La distribution des revenus, au prorata, est mensuelle à des dates prédéterminées. RFG signifie le ratio des frais annuels de gestion du FNB.

Ce sur quoi il faut s’attarder dans le tableau est la relation entre le rendement et le risque, représentée ici par la durée (DUR), et dont la signification est la suivante : si les taux d’intérêt montent ou baissent de 1 %, le prix du fonds variera d’un certain pourcentage (en sens inverse) selon la durée. Par exemple, dans le cas d’une hausse des taux d’intérêt de 1%, un FNB affichant une durée de 9 verra son prix baisser de 9 %. La durée est donc une mesure du risque par rapport à une fluctuation des taux d’intérêt.

Ce n’est pas le seul risque. Un autre risque porte sur la qualité des obligations qui composent l’indice que le FNB reproduit (indice des obligations de sociétés). En l’occurrence, les obligations de sociétés classées BBB sont moins risquées que celles de catégorie C (mais elles rapportent également moins).

Dans les faits, le classement des obligations par une agence de notation tient compte de plusieurs risques. Le risque associé au domaine d’activité qu’exerce une société en est un. À titre d’exemple, on pense à une société qui aurait émis des obligations pour financer un projet d’extraction de pétrole, lequel n’est plus rentable par la suite en raison d’un recul des cours pétroliers. Cette situation pourrait mener àun déclassement de la cote des obligations et une baisse de prix du titre en bourse et du coup, à un recul de la valeur globale du FNB.

Un autre risque, toujours dans le cas d’une société, a trait au défaut de paiement des coupons (la source de revenus pour l’investisseur). Règle générale, plus le coupon est élevé, plus le risque pour l’investisseur est grand. Évidemment, comme le FNB englobe des centaines d’obligations émises, le risque de défaut de paiement de toutes les obligations en même temps est pratiquement nul. L’investisseur a tout intérêt à visiter le site des émetteurs pour plus de détails sur ces FNB. Il y trouvera, entre autres, la qualité des obligations et leur structure.

Graphique 2 – FNB XHY.to – graphique quotidien (au 26 février 2016)
Graphique 2 Source : Stockcharts

À titre d’exemple, le graphique 2 illustre le comportement des prix du FNB XHY coté à la Bourse de Toronto (se reporter également au tableau précédent). Nous constatons à la droite du graphique la formation d’un « W » (configuration haussière) et le croisement positif des EMA (moyennes mobiles exponentielles) 7,27. Dans ce cas, l’investisseur qui achèterait ce FNB bénéficierait non seulement du rendement des coupons, mais aussi d’un éventuel gain sur le capital investi provenant de la hausse de son prix.

L'auteur

Charles K. Langford

Charles K. Langford

PhD, Fellow CSI
Charles K. Langford est président de Charles K. Langford, Inc, une firme de gestion de portefeuilles. Il enseigne la construction et la gestion de portefeuille à l'école des Sciences de la Gestion, Université du Québec (Montréal). Il est l'auteur de 14 livres sur la gestion de portefeuille, les stratégies de produits dérivés et l'analyse technique.

Jusqu'en 2007, depuis 1990, il a été vice-président de gestion des risques pour Visconti Venosta Teaspoon Approach Management, Ltd. Auparavant il a été gestionnaire de portefeuille pour Refco Futures (Canada) Ltd.

Il a reçu un baccalauréat de l'Université de Montréal, une maîtrise et le doctorat de l'Université McGill (Montréal), et il est également Fellow de CSI (Canadian Securities Institute).