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Les divers types d'investisseurs

L’investisseur passif

L’investisseur passif fait des placements à très long terme : par exemple, il achètera un titre ou un fonds et le gardera pendant des années, pratiquant alors ce qu’on appelle en anglais la stratégie buy and hold. Pendant des décennies, cette stratégie d’achat à long terme a eu beaucoup de sympathisants, car la moyenne annuelle du marché boursier était à la hausse depuis la Deuxième Guerre mondiale. Toutefois, au cours des dernières années, les événements lui ont enlevé du lustre.

Le Graphique 1 illustre le comportement mensuel du fonds négocié en Bourse (FNB) dont le symbole est XIU. Ce fonds réplique le comportement de l’indice canadien S&P/TSX 60, qui regroupe les 60 valeurs les plus importantes de la Bourse de Toronto. Un investisseur qui aurait acheté ce fonds à 12 dollars la part au début de 2004 aurait réalisé des profits jusqu’en 2008, quand le XIU a dépassé 22 dollars, et aurait maintenu sa position pour profiter d’une progression ultérieure. Cependant, peu de temps après, ce titre est rapidement redescendu à 12 dollars.

Graphique 1 – Le fonds négocié en Bourse XIU (de 1999 à 2011)

Du côté américain, la stratégie consistant à acheter à long terme a produit des résultats encore plus décevants. Le Graphique 2 montre l’indice Dow Jones industriel, qui compte les 30 titres américains de grande capitalisation. Un investissement fait en 1996, alors que le Dow se situait à environ 6 000 points, aurait perdu 13 ans plus tard, soit en 2009, tous les gains réalisés, car le Dow, après avoir touché le sommet de 14 000 points quelques mois auparavant, est brusquement retombé à environ 6 000 points.

Graphique 2 – L’indice Dow Jones industriel (de 1977 à 2011)

Dans le cas du Dow Jones, on pourrait arguer que l’indice se trouvait à 1 000 points en 1977 et qu’au moment d’écrire cet article, il se situe à 12 000 points, ce qui représente un gain considérable. Toutefois, il a mis 34 ans à le faire – ce qui est trop long – et sans tenir compte de l’inflation qui, au cours de ces décennies, a réduit de plus de six fois le pouvoir d’achat du dollar.

L’investisseur actif

Investir de manière plus active dans les marchés requiert de l'expérience et des connaissances accrues. Le débutant optera donc pour des stratégies moins complexes que l'investisseur avancé.

L’investisseur actif de niveau débutant

L’investisseur actif de niveau débutant pourrait se limiter aux fonds négociés en Bourse (FNB). Comme on l’a vu plus haut, un FNB traditionnel comme le XIU ne fait que simuler le comportement moyen global de tout le marché canadien et se contente de répliquer l’indice S&P/TSX 60. Cet indice est composé des 60 meilleures entreprises canadiennes en termes de capitalisation, de solidité et de continuité dans les résultats financiers.

Quand est-il préférable d’acheter ou de vendre cet indice ? Parmi les nombreux outils de l’analyse technique, il y a les moyennes mobiles exponentielles (EMA ou Exponential Moving Averages), qui sont pratiques et simples. Le Graphique 3 illustre cette technique. La ligne bleue représente la moyenne établie à 27 jours et la ligne jaune, celle à sept joursnote de bas de page 1.

Graphique 3 – Le fonds négocié en Bourse XIU (de mars 2010 à mars 2011)

Quand la ligne jaune traverse la ligne bleue en allant de bas en haut, on a un signal d’achat. Dans le Graphique 3, le dernier croisement à la hausse a eu lieu vers la fin d’août 2010, à environ 17,25 dollars. Un signal de vente est déclenché quand la ligne jaune traverse la ligne bleue en allant de haut en bas. Cependant, depuis août dernier, les deux moyennes ne se sont plus croisées. À l’extrémité droite du graphique, on voit que le 10 mars 2011, le XIU valait 19,75 dollars.

Cette méthode fait en sorte que l’investisseur réalise en ce moment un profit en position ouverte de deux dollars sur les 17,25 dollars investis, ce qui représente un rendement d’environ 12 % en sept mois ou de 21 % sur une base annuelle.

Quand les deux moyennes se croiseront à la baisse, l’investisseur vendra le FNB et attendra un nouveau signal à la hausse. Si son type de compte le lui permet, il pourra, au moment du croisement à la baisse des deux moyennes mobiles exponentielles (EMA), fermer sa position à la hausse, mais aussi vendre le FNB à découvert pour profiter de la baisse. II liquidera ensuite sa position de vente à découvert en rachetant les parts au même moment où il achètera le XIU pour profiter de la nouvelle hausse.

La technique des deux moyennes, comme la plupart des instruments d’analyse technique, ne donne que le départ d’une tendance, sans fournir d’indication sur la durée de cette tendance. Il suffit donc d’obéir à tous ces signaux.

L’investisseur qui a adopté cette stratégie s’aperçoit qu’il n’a pas grand-chose à faire sinon attendre des signaux qui sont parfois très espacés dans le temps, comme on le voit dans le Graphique 3.

L’investisseur actif de niveau intermédiaire

Si l’investisseur actif de niveau intermédiaire veut être encore plus actif, il devrait négocier des titres – parce que le choix est plus vaste – et utiliser des outils d’analyse technique qui envoient des signaux plus fréquents pour profiter des vagues de bas prix sur le marché.

Graphique 4 – Le titre Agrium (de septembre 2010 à mars 2011)

Mais avant tout, comment choisir les titres à ajouter dans son portefeuille ? L’investisseur devra jongler avec les ratios des états financiers des entreprises qui l’intéressent (c’est ce qu’on appelle l’analyse quantitative d’une entreprise) et savoir comment ces sociétés sont gérées au quotidien (c’est ce qu’on appelle l’analyse qualitative). Cependant, la très grande majorité des investisseurs ne s’intéresse pas à ce genre d’analyse, car il s’agit d’un exercice trop spécialisé et trop accaparant.

Une façon simple et rapide d’accéder à un éventail de titres de qualité consiste à se procurer la liste des sociétés qui font partie d’indices conservateurs, comme le S&P/TSX 60 au Canada, le Dow Jones et le S&P 500 aux États-Unis. Autrement dit, l’investisseur actif choisira parmi les titres que des institutions financières spécialisées ont déjà analysés et sélectionnés en raison de leur solidité, de leur réputation et de leur volume de transactions constamment élevé à la Bourse.

Toutefois, le fait qu’un titre ne fasse pas partie de ces indices ne signifie pas qu’il soit à exclure, mais il sera plus laborieux de l’évaluer soi-même.

Du point de vue de l’analyse technique, ce type d’investisseur peut utiliser la méthode des deux moyennes mobiles exponentielles (EMA) décrite plus haut et l’appliquer à plusieurs titres, ou encore utiliser le MACD (Moving Average Converge Divergence). Cet instrument a le pouvoir de signaler les points tournants du marché avant que les EMA le fassent, en plus de dépister les fluctuations mineures dans une tendance principale. La partie inférieure du Graphique 4 donne un exemple de MACD. Les signaux sont les suivants : quand la ligne bleue traverse la ligne rouge de haut en bas, on a un signal de vente, et quand la ligne bleue traverse la ligne rouge de bas en haut, on a un signal d’achat.

Dans la partie supérieure, on a le graphique à barres d’AGU avec les moyennes mobiles exponentielles (EMA) 7 et 27. L’investisseur notera que les signaux donnés par le MACD sont plus fréquents que les croisements des EMA, parce que cette méthode signale aussi les fluctuations mineures, alors que les EMA n’en sont pas capables. En outre, les signaux des EMA sont précédés de ceux du MACD qui vont dans le même sens. C’est le cas, par exemple, du signal de vente du MACD à la fin d’octobre, alors que les EMA donnent le même signal de vente plus tard, à la mi-novembre, et à un prix inférieur.

L’investisseur actif de niveau avancé

Un investisseur actif de niveau avancé applique les techniques précédentes en ajoutant des options à son portefeuille. Ensuite, la stratégie la plus courante consiste à vendre des options d’achat. C’est ce qu’on appelle la « vente d’options d’achat couverte » (covered call option writing). La stratégie est la suivante : après avoir acheté, par exemple, 1 000 actions d’Agrium (AGU) à 86 dollars (86 000 $), l’investisseur vend dix options d’achat avec échéance en avril, au prix de 4,00 dollars par action. Cet exercice suppose une entrée de fonds – un crédit dans le compte – de 4 000 dollars (4 $ par action x 10 options x 100 actions par option)note de bas de page 2.

Si, à l’échéance des options (le troisième vendredi d’avril), le titre est encore à 86 dollars, la valeur des options est de zéro. En les rachetant maintenant sans aucune valeur après les avoir vendues auparavant à 4 dollars, le profit réalisé sur les 1 000 actions d’AGU sera de 4 000 dollars. Un gain intéressant.

Si le titre baisse, la prime de 4 dollars par action agit comme un « coussin » protecteur et permet que le titre descende à 82 dollars avant que l’on commence à subir des pertes lors d’une baisse ultérieure. Autrement dit, la vente des options réduit le seuil de rentabilité du titre de 86 à 82 dollars.

Si le titre monte à 90 dollars et plus, le profit maximum est toujours de 4 dollars par action, soit 4 000 dollars pour mille actions, parce que l’investisseur devra vendre ses actions à 90 dollars. Dans ce cas, comme dans celui où le titre reste à 86 dollars, le profit est consistant, compte tenu du court laps de temps qui s’est écoulé entre la date de vente des options et le troisième vendredi d’avrilnote de bas de page 3.

Il est à noter que l’investisseur qui recourt à cette stratégie croit à une faible possibilité d’une hausse marquée du cours de l’action sous-jacente, c’est pourquoi il est prêt à renoncer à une hausse du cours au-delà de 90 dollars.

On peut répéter cet exercice pour chaque titre qui comporte des options. Le profit pour l’investisseur est remarquable, surtout si cette stratégie est mise en pratique en utilisant l’analyse technique.

Les prix indiqués sont ceux du 10 mars 2011. La prime de 4 $ par action suppose un crédit de 400 $ par option, car la quotité d’une option est de 100 actions. L’investisseur ne peut pas encaisser le montant crédité si la position dans les options est ouverte.

Si le titre, à l’échéance, vaut 90 $ ou plus, l’investisseur est obligé de céder ses actions à ce prix, car celui-ci sera exercé d’office. Il aura donc acheté ces actions à 86 $ et sera forcé de les vendre 90 $. Il aura donc réalisé un profit de 4,65 % en un peu plus de cinq semaines (ou 48 % sur une base annuelle). 

  1. Le choix des chiffres 7 et 27 est un simple exemple. Les investisseurs peuvent changer ces paramètres s’ils pensent obtenir ainsi un meilleur résultat.
  2. Les prix indiqués sont ceux du 10 mars 2011. La prime de 4 $ par action suppose un crédit de 400 $ par option, car la quotité d’une option est de 100 actions. L’investisseur ne peut pas encaisser le montant crédité si la position dans les options est ouverte.
  3. Si le titre, à l’échéance, vaut 90 $ ou plus, l’investisseur est obligé de céder ses actions à ce prix, car celui-ci sera exercé d’office. Il aura donc acheté ces actions à 86 $ et sera forcé de les vendre 90 $. Il aura donc réalisé un profit de 4,65 % en un peu plus de cinq semaines (ou 48 % sur une base annuelle).

L'auteur

Charles K. Langford

Charles K. Langford

PhD, Fellow CSI
Charles K. Langford est président de Charles K. Langford, Inc, une firme de gestion de portefeuilles. Il enseigne la construction et la gestion de portefeuille à l'école des Sciences de la Gestion, Université du Québec (Montréal). Il est l'auteur de 14 livres sur la gestion de portefeuille, les stratégies de produits dérivés et l'analyse technique.

Jusqu'en 2007, depuis 1990, il a été vice-président de gestion des risques pour Visconti Venosta Teaspoon Approach Management, Ltd. Auparavant il a été gestionnaire de portefeuille pour Refco Futures (Canada) Ltd.

Il a reçu un baccalauréat de l'Université de Montréal, une maîtrise et le doctorat de l'Université McGill (Montréal), et il est également Fellow de CSI (Canadian Securities Institute).