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Le fromage emmental et le marché boursier

Depuis la nuit des temps, la région d’Emmental en Suisse produit le fromage notoire portant le même nom. La raison d’être des « espaces négatifs » de ce fromage est complexe et a été longtemps inconnue. Il y a quelques décennies, on a découvert que ces trous étaient le résultat de la combinaison de trois différentes bactéries, l’une « mangeant » le produit des deux autres et émettant des gaz qui forment ces fameuses cavités. Il s’agit d’une combinaison unique au fromage emmental puisque la grande majorité des fromages n’ont pas ces trous caractéristiques. Dans la terminologie officielle du fromage emmental, on appelle un trou un « œil ouvert ». On pourrait donc dire que le fromage en question a les yeux ouverts, alors que les autres fromages ont toujours les yeux fermés.i

Il y a une analogie surprenante entre le fromage emmental et le marché boursier, au moins en ce qui concerne les yeux ouverts ou fermés. Un œil ouvert est à la bourse ce qu’en anglais on appelle un « gap » ou trou de cotation. Il s’agit d’un œil ouvert, d’un trou, ou d’un vide si l’on veut, dans la continuité des prix d’une tendance ou d’une congestion.

Le premier schéma illustre ce qu’est un œil ouvert. Chacun des quatre exemples est représenté sur deux séances (hier et aujourd’hui) : deux dans une tendance à la baisse (A et B) et deux dans une tendance à la hausse (C et D).

Schéma 1 – Les yeux ouverts
Graphique

Dans A, l’œil ouvert se trouve entre C (la fermeture de la veille) et H2 (le haut d’aujourd’hui). Même description pour B. La différence entre les deux est que B est clairement identifié dans un graphique de prix, alors que l’œil de A est plutôt caché et est habituellement ignoré.

Dans C, l’œil ouvert se trouve entre C (la fermeture de la veille) et L2 (le bas d’aujourd’hui). Même description pour D. La différence entre les deux est que l’œil de D est clairement identifié dans un graphique de prix, alors que l’œil de C est plutôt caché et habituellement ignoré.

Le graphique 1 du SPY (FNB de l’indice américain S&P500) montre plusieurs yeux ouverts. Dix sont ciblés ci-dessous, mais ils sont plus nombreux que cela en réalité.

Graphique 1 – SPY – (quotidien – 23 octobre 2015)
Graphique Source : Stockcharts

Quelle est la signification d’un œil ouvert dans le marché? Par tradition, un œil ouvert, contrairement au fromage emmental, se « doit » d’être fermé par le comportement successif des prix, mais il ne s’agit pas d’une règle absolue.

La fermeture de l’œil signifie que le titre revient, dans son comportement, en atteignant des prix qui comblent l’espace négatif. Le schéma 2 illustre trois séances pour A et B. Alors que les deux premières se suivent dans le temps (hier et aujourd’hui), la troisième peut avoir lieu le lendemain ou quelques séances plus tard. Dans A on voit un œil ouvert dans le comportement à la baisse des deux premières séances. À la troisième séance, le prix remonte et ferme l’œil ouvert entre la séance 1 et la séance 2. Dans B on peut constater le même comportement, mais en direction inverse.

Dans l’analyse du comportement des yeux ouverts et fermés, on a constaté depuis des décennies qu’il y a quatre situations différentes dans lesquelles se trouvent ces « gaps ». Par conséquent, il y a quatre types d’espaces négatifs.

Schéma 2 – Les yeux fermés
Graphique

Le premier type se retrouve dans des congestions de prix. Le graphique 1 montre quatre yeux ouverts entre février et août. Durant la même période, les prix tracent clairement une congestion, c’est-à-dire qu’ils oscillent et font du sur place. On note que chacun des quatre yeux ouverts se referme peu après par un retour du prix. Les yeux dans les congestions (en anglais « Congestion Gaps ») se remplissent pratiquement à tout coup.

Les trois autres types se retrouvent lorsque le prix est dans une tendance.

Les yeux numéro 8 et 9 peuvent se définir comme des yeux de début de tendance (à la hausse). En anglais, ils sont appelés « Breakaway Gaps », et représentent le premier type d’espace négatif dans une tendance. Ces yeux ne se ferment habituellement jamais. En effet, le marché y est tellement propulsé dans sa nouvelle tendance qu’il n’a pas la possibilité de se replier un moment et ainsi refermer les espaces négatifs.

L’œil numéro 10 se prête à une double interprétation. D’une part, on peut le considérer comme un œil de début de tendance (il serait le troisième avec les numéros 8 et 9) parce qu’il a lieu à la sortie d’une configuration haussière à forme de « W » effectuée entre la mi-août et le début du mois d’octobre. D’autre part, il pourrait également être considéré comme un œil durant la tendance (« Runaway Gaps »), soit le deuxième type d’espace négatif à l’intérieur d’une tendance. Ce type d’œil est en général fermé dans environ 50 % des cas par les prix subséquents. Tout dépend de l’énergie de la tendance : si la tendance est forte, il ne sera pas fermé et si la tendance s’affaiblit, il le sera.

Le troisième type d’œil dans la tendance se produit à la fin d’une tendance, quand l’indécision des investisseurs est grande. En anglais, on les appelle « Exhaustion Gaps ». ll s’agit d’une suite d’yeux, chacun étant fermé par les prix qui suivent, et qui, à leur tour, créent d’autres espaces négatifs. Il indique une volatilité certaine : c’est le cas des numéros 5, 6 et 7.

Ces quatre catégories d’espaces négatifs se retrouvent dans tous les titres et fonds négociés en bourse, peu importe s’il s’agit de graphiques dont une barre indique une séance d’un jour ou une période à deux minutes. Leur analyse est utile, entre autres à cause de la très haute homogénéité des comportements.

i Le lecteur intéressé à ce sujet a plusieurs livres à sa disposition, dont celui-ci : Paul S. Kindstedt, Cheese and culture. Chelsea Green Publishing, Vermont (USA), 2012.

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L'auteur

Charles K. Langford

Charles K. Langford

PhD, Fellow CSI

Charles K. Langford

Charles K. Langford est président de Charles K. Langford, Inc, une firme de gestion de portefeuilles. Il enseigne la construction et la gestion de portefeuille à l'école des Sciences de la Gestion, Université du Québec (Montréal). Il est l'auteur de 14 livres sur la gestion de portefeuille, les stratégies de produits dérivés et l'analyse technique.

Jusqu'en 2007, depuis 1990, il a été vice-président de gestion des risques pour Visconti Venosta Teaspoon Approach Management, Ltd. Auparavant il a été gestionnaire de portefeuille pour Refco Futures (Canada) Ltd.

Il a reçu un baccalauréat de l'Université de Montréal, une maîtrise et le doctorat de l'Université McGill (Montréal), et il est également Fellow de CSI (Canadian Securities Institute).

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