Haut de la page

L’âge et le KISS

Quand un investisseur pense à « construire un portefeuille », il cherche habituellement à atteindre trois objectifs :

  • Réduire le risque en ne mettant pas « tous ses œufs dans le même panier »;
  • Obtenir un rendement sous forme de gain en capital;
  • Obtenir un rendement sous forme de dividendes et de coupons.

Anciennement, le portefeuille classique était composé d’actions et d’obligations, plus de l’argent liquide, pour profiter éventuellement d’occasions d’achat intéressantes.

Pour déterminer la proportion d’actions et de titres à revenu fixe, on appliquait la règle populaire suivante : le chiffre 100 moins l’âge = le pourcentage en actions.

Par exemple, un investisseur âgé de 30 ans aurait dû placer 70 % de son argent en actions et 30 % en obligations. Et à 65 ans, il aurait dû investir seulement 35 % de son argent en actions et le reste en obligations, parce que les actions sont plus risquées que les obligations et qu’avec l’âge, on aime moins prendre de risques.

Il y a quelques années, les portefeuilles « alternatifs » ont fait leur apparition. Il y en a deux types : les portefeuilles alternatifs « traditionnels » à quatre composantes – actions, titres à revenu fixe, immobilier et matières premières – et les portefeuilles alternatifs « modernes », composés d’actions, d’obligations, de fonds de couverture (hedgefunds), de fonds de contrat à terme et de titres « en disgrâce » (avec, naturellement, la probabilité que ceux-ci reprennent de la valeur).

Ces divers portefeuilles, qui s’approchent de ceux que gèrent des institutions financières, visent idéalement un rendement plus élevé tout en étant plus diversifiés.

L’investisseur autonome poursuit les mêmes objectifs, mais n’a souvent ni la possibilité ni le temps de faire des recherches et d’apprécier l’occasion qu’offre tel ou tel titre. Il est souvent obligé d’aborder les marchés de la façon la plus simple, c’est-à-dire par l’approche traditionnelle.

Aujourd’hui, pour se faciliter la vie, l’investisseur autonome a accès à ces instruments merveilleux que sont les fonds négociés en Bourse (FNB; en anglais, ETF, pour Exchange Traded Funds). Ces fonds comportent des frais de gestion bas, permettent la diversification – chaque fonds représentant plusieurs titres en même temps – et répliquent des indices connus.

Grâce à ces fonds, il est plus facile de construire et de gérer un portefeuille diversifié. En plus, l’investisseur est à l’abri du risque spécifique propre à chaque titre, car l’inefficience d’un titre est compensée par le succès d’un autre. L’investisseur court alors le risque du marché en général ou d’un secteur s’il choisit des FNB d’un secteur particulier.

Avant de bâtir un portefeuille de FNB, l’investisseur devrait répondre aux questions suivantes :

  1. Pouvez-vous utiliser des FNB ?
  2. Quels types de FNB ?
  3. Pouvez-vous utiliser des FNB à effet de levier et des FNB inversés ?
  4. Préférez-vous un fournisseur spécifique de FNB ?
  5. Quelle est votre tolérance au risque ?

À la lumière des réponses à ces cinq questions, l’investisseur pourra ensuite choisir ses FNB.

L’investisseur autonome qui ne s’y connaît pas en analyse technique et en stratégies d’options, et qui est donc plutôt porté à opter pour une stratégie passive, devrait répondre de cette façon : « Oui » à la première question. « Indiciels seulement » – les plus simples, les plus sécuritaires et les moins chers en frais de gestion – à la deuxième question. « Non » aux questions 3 et 4, et « minime » à la cinquième question. Au moment de choisir ses FNB (revenu et appréciation), il pourra opter pour des FNB cotés à Toronto, mais qui répliquent des FNB cotés aux États-Unis sans risque de taux de change (CAD-Hedged). En effet, un FNB qui, aux États-Unis, suscite beaucoup d’intérêt et dont le volume de transactions est important est souvent disponible en dollars canadiens, ce qui nous permet de profiter du marché américain sans courir le risque du taux de change. Voici des suggestions de portefeuilles simples et efficaces.

  1. Portefeuilles simples, de type traditionnel, dont le sous-jacent est canadien :
    1. XIU
    2. XQB
    Le XIU représente l’indice S&P/TSX60, composé de titres canadiens de la meilleure qualité. Le XQB représente l’indice FTSE TMX Canada Liquid Universe Capped Bond. Il s’agit d’obligations canadiennes de grande qualité offrant un rendement inférieur à 3 % et ont une durée de 6,43 ansi.
  2. Portefeuilles simples, de type traditionnel, dont le sous-jacent est américain (mais en dollars canadiens) :
    1. XHD
    2. ZHY (ou XHY)
    Le XHD représente le FNB américain SDY,composé de titres à dividendes élevés de sociétés qui font partie de l’indice S&P 500, lequel regroupe déjà des titres de qualité. Ce FNB profite de la croissance de l’indice américain tout en offrant des dividendes intéressants. Le ZHY (ou XHY) représente le FNB américain HYG, un fonds d’obligations à haut rendement dont les sociétés émettrices ont des activités fort rentables, mais aussi risquées. Ces entreprises sont sensibles aux fluctuations du prix des matières premières et à l’évolution des taux d’intérêt. Par contre, leur rendement est alléchant : environ 6 % par année, versé au prorata tous les mois et assortis d’une durée d’environ quatre ans.Le ZHY a des options à la Bourse de Montréal.
  3. Portefeuilles à caractère international, simples, de type traditionnel, dont le sous-jacent est américain (mais en dollars canadiens) :
    1. XIN
    2. XEB
    Le XIN reflète l’indice MSCI EAFE, composé d’un grand nombre de titres de qualité dans les marchés développés de l’Europe, de l’Asie et de l’Australie. L’équivalent américain de ce FNB est l’EFA. Le XEB reflète le rendement en obligations de l’indice MSCI des pays émergents (le JP Morgan EMBI Global Core Index). Il rapporte annuellement plus de 4 % et a une durée de 10,65 ans.

Ces exemples de portefeuilles reposent sur le « principe de parcimonie » (dit le « rasoir d’Occam », du nom de son ancien auteur). En effet, les titres boursiers – et les FNB qui les représentent – subissent un effet moutonnier, un peu comme les bateaux qui réagissent tous de la même façon quand une vague arrive.

Un investisseur m’a dit un jour que les FNB, c’est bien, mais que ce n’est pas concret. Un titre individuel est plus excitant. Acheter du XIN ne donne pas la même sensation qu’acheter, par exemple, Alimentation Couche-Tard ou Dollarama. L’investisseur qui aime les titres individuels devrait réserver 10 % de son capital pour s’offrir ces émotions. Et laisser la partie la plus importante de son argent voguer sur la mer plus calme des FNB sur indices.

Les six FNB des trois portefeuilles sont illustrés dans les graphiques ci-dessous. On s’aperçoit qu’ils sont, dans certains cas, fort semblables ; en d’autres mots, ces FNB sont fortement corrélés. C’est le cas du XIU et du XHD, du ZHY et du XEB.

Ce n’est pas toujours le cas, mais dans un monde qui compte de plus en plus d’économies intégrées, la diversification n’est plus aussi disponible qu’elle l’était dans le passé.

En conclusion, la situation se résume au principe reconnu qui porte en anglais l’acronyme KISS (« Keep it Small and Simple »), inventé par un ingénieur en aéronautique. (Notons que Léonard de Vinci a déjà dit : « La simplicité est la sophistication ultime ».)

À un investisseur qui n’a pas le temps de chercher et qui veut investir son argent de façon simple et rentable, ces portefeuilles, pris individuellement ou en mélangeant les FNB proposés, permettent d’être autonome et d’obtenir ce qu’il désire : un rendement qui suit le marché et un rendement sur revenu fixe. Quelles proportions doit-on établir entre un FNB d’obligations et un FNB d’actions ? L’investisseur n’a qu’à mettre dans l’équation l’âge qu’il pense avoir, plutôt que son âge véritable.

Graphique 1 Source : StockCharts.com
Graphique 2 Source : StockCharts.com
Graphique 3 Source : StockCharts.com
Graphique 4 Source : StockCharts.com
Graphique 5 Source : StockCharts.com
Graphique 6 Source : StockCharts.com

i Le mot «ans » n’est pas à confondre avec « maturité ». Ce terme, associé à la durée, indique la sensibilité du FNB aux fluctuations des taux d’intérêt. Plus ce chiffre est élevé, plus le FNB est sensible aux variations des taux d’intérêt.

L'auteur

Charles K. Langford

Charles K. Langford

PhD, Fellow CSI
Charles K. Langford est président de Charles K. Langford, Inc, une firme de gestion de portefeuilles. Il enseigne la construction et la gestion de portefeuille à l'école des Sciences de la Gestion, Université du Québec (Montréal). Il est l'auteur de 14 livres sur la gestion de portefeuille, les stratégies de produits dérivés et l'analyse technique.

Jusqu'en 2007, depuis 1990, il a été vice-président de gestion des risques pour Visconti Venosta Teaspoon Approach Management, Ltd. Auparavant il a été gestionnaire de portefeuille pour Refco Futures (Canada) Ltd.

Il a reçu un baccalauréat de l'Université de Montréal, une maîtrise et le doctorat de l'Université McGill (Montréal), et il est également Fellow de CSI (Canadian Securities Institute).