Haut de la page
Tous les articles

La volatilité vous préoccupe ? Voici le collar

Prenons un titre que l’on pourrait qualifier de « volatil » : celui d’Open Text Corporation (OTC), un fabricant de logiciels de Waterloo, en Ontario. Le graphique 1 montre l’écart de prix que ce titre a affiché au cours des douze derniers mois : un bas de 37,13 dollars en septembre 2009, un haut de 51,92 dollars en février 2010 et, tout récemment, c’est-à-dire le 2 juillet dernier, un bas de 39,01 dollars. À cela s’ajoutent l’écart haussier du 4 février 2010 et l’écart baissier du 29 avril 2010, qui a été suivi en mai d’une remontée de la même ampleur. Finalement, à un investisseur passif qui a acheté des actions d’OTC le 20 juillet 2009 et les a vendues un an plus tard, le titre n’a offert qu’un profit de 1,46 dollar.

Graphique 1 – Le titre d’Open Text Corporation (OTC), de juillet 2009 à juillet 2010

Le titre est alléchant, car il bouge beaucoup à très court terme ; toutefois, un peu comme un cheval fougueux, il semble difficile à « chevaucher ».

Face à ce genre de titre, un investisseur doit se préoccuper davantage du risque de perte – qui peut être considérable – que du potentiel de gain qui, même à court terme et à très court terme, semble bien présent. Autrement dit, on aimerait réduire la volatilité du titre, même si cela a pour effet de limiter le gain potentiel.

Pour obtenir ce résultat, on applique une stratégie avec options appelée « collar » (en français comme en anglais), qui permet de fixer les pertes et les profits sur  une période de temps déterminée – et habituellement courte – comme un mois.

OTC est un titre canadien et comporte donc des options qui sont cotées à la Bourse de Montréal (www.m-x.ca). Les tableaux 1 et 2 montrent la valeur des options d’OTC qui expirent le troisième vendredi d’août 2010. Les cotes sont celles qui étaient affichées à la fermeture, le 20 juillet 2010, alors que le titre valait 42,21 dollars.

Tableau 1 – Options d’achat (call) échéant en août 2010
Options d’achat (call)
Mois / Série Cours acheteur ($) Cours vendeur ($)
Août / 36 6,10 6,55
Août / 38 4,30 4,70
Août / 40 2,72 3,05
Août / 42 1,52 1,68
Août / 44 0,67 0,79
Août / 46 0,24 0,34
Août / 48 0,06 0,17
Tableau 2 – Options de vente (put) sur OTC échéant en août 2010
Options de vente (put)
Mois / Série Cours acheteur ($) Cours vendeur ($)
Août / 36 0,03 0,15
Août / 38 0,24 0,31
Août / 40 0,58 0,71
Août / 42 1,34 1,43
Août / 44 2,44 2,72
Août / 46 3,90 4,30
Août / 48 5,65 6,15

Après avoir acheté 100 actions d’OTC, c’est-à-dire un lot, à 42, 21 dollars chacune, ce qui représente un débours de 4 221 dollars, on bâtit un collar de la façon suivante :

  1. On achète une option de vente hors du cours Août / 38 à 0,31 dollar par action, ce qui représente un débours de 31 dollars ;
  2. On vend une option d’achat hors du cours Août / 46 à 0,24 dollar par action, ce qui représente un crédit de 24 dollars.

Le collar de notre exemple, à l’exclusion des actions, coûte donc 0,07 dollar par action (0,31 $ – 0,24 $) ou sept dollars par paire d’options (0,07 $ x 100 actions).

Si j’achète 1 000 actions d’OTC (10 lots), j’utilise donc 10 options de vente et 10 options d’achat.

Caractéristiques du collar

  • L’achat d’une option de vente entraîne un débit. Cette option a pour but de nous protéger en cas de baisse d’un titre ; il s’agit d’une assurance sur le prix qui devient pleinement efficace à partir du moment où l’on atteint le prix d’exercice (dans notre exemple, 38 $), à l’échéance de l’option .
  • La vente de l’option d’achat entraîne un crédit. Cette option vise à payer en totalité ou en partie l’achat de l’option de vente. En échange de cet avantage, qui permet à l’investisseur de souscrire une assurance sur le prix pour presque rien, le potentiel de gain est limité si le titre d’OTC dépasse le prix d’exercice (46 $).
  • Ces deux options ont d’habitude la même échéance.
  • Un investisseur qui applique le collar à un mois particulier, comme c’est le cas dans notre exemple, peut avoir intérêt à répéter cette stratégie chaque mois, afin de toujours conserver la maîtrise de ce titre erratique, car le collar en réduit la volatilité. Naturellement, comme le montre le graphique 2, il faudrait le faire quand les probabilités favorisent une hausse, ce qui suppose que le comportement du titre devrait être étudié à l’aide d’au moins un instrument d’analyse technique. Dans le graphique 2, cet outil est le MACD  (7, 27, 7). 
Graphique 2 – Le titre OTC et le MACD (7, 27, 7)

On peut aussi utiliser le collar comme une assurance sur le prix à long terme, grâce à son coût presque nul. Prenons l’exemple suivant : un investisseur veut protéger un titre de son portefeuille pendant une longue période, par exemple, pendant neuf mois, en créant un collar avec des options sur ce même titre. Pourquoi rechercher une protection à si long terme ? Parce qu’un investisseur qui dispose dans son portefeuille d’un grand nombre d’actions d’un titre déterminé qui a pris de la valeur se montrera parfois réticent à le vendre pour des raisons fiscales. Naturellement, les options de vente qui expirent dans neuf mois sont très coûteuses et l’investisseur pourrait ne pas être intéressé à faire ce débours. Les options d’achat portant la même échéance comportent une prime tout aussi élevée. Grâce au crédit que leur vente procure, elles permettent de réduire énormément le coût des options de vente et même, parfois, de les annuler.

Scénarios possibles à l’échéance des options, le 20 août 2010

  • Si le titre d’OTC a baissé à 38 dollars ou plus, on perd 4,21 dollars par action (42,21 $ – 38 $) ou 421 dollars par lot d’actions. C’est la perte maximale possible, car si le titre descend plus bas que 38 dollars, l’investisseur exerce son option de vente et vend son lot d’OTC à 38 dollars, ce qui représente le prix d’exercice de l’option de vente. Naturellement, le débit de sept dollars par lot d’actions d’OTC s’ajoute à la perte subie sur les actions.
  • Si le titre d’OTC est monté à 46 dollars ou plus, on gagne 3,79 dollars par action (46 $ – 42,21 $) ou 379 dollars par lot d’actions. C’est notre gain maximum, car si le titre monte plus haut que 46 dollars, le détenteur de la position acheteur exercera son option d’achat et on sera obligé de vendre les actions à 46 dollars, soit le prix d’exercice. Naturellement, on soustraira le débit de sept dollars par lot d’actions du profit réalisé sur les actions.
  • Si le titre d’OTC est demeuré à 42,21 dollars, il n’y a ni gain ni perte. Les deux options expirent hors du cours avec un débit de sept dollars par collar.

Un deuxième exemple de collar

Après avoir acheté 100 actions ( un lot) d’OTC à 42,21 dollars chacune (débours total : 4 221 $) :

  1. On achète une option de vente Août / 40 à 0,71 dollar par action, ce qui représente un débours de 71 dollars ;
  2. On vend une option d’achat Août / 44 à 0,67 dollar par action, ce qui représente un crédit de 67 dollars.

Le coût de ce collar est de quatre dollars par paire d’options. La protection est meilleure que dans le cas précédent, car le prix pour exercer son option de vente (40 $) n’est qu’à 2,21 dollars du prix du titre.

Par contre, le prix d’exercice de l’option d’achat (44 $) n’est qu’à 1,79 dollar du prix du titre. Les prix d’exercice de ce collar se situent moins hors du cours que le collar précédent. L’investisseur qui le choisit croit qu’il est très possible que le titre baisse ; il est plus pessimiste que l’investisseur de notre premier exemple.

Un deuxième exemple de collar

Les collars des deux exemples ci-dessus sont presque parfaitement symétriques, car la différence entre le prix d’exercice de l’option d’achat et celui du titre est presque la même que celle entre le prix du titre et le prix d’exercice de l’option de vente. Une telle situation entraîne habituellement un débit, notamment parce que l’option d’achat est vendue au cours acheteur et que l’option de vente est achetée au cours vendeur.
Pour être certain d’obtenir un crédit, il faut que le collar soit asymétrique, tout en ayant les deux options et le même mois d’échéance. En voici un exemple :
Après avoir acheté 100 actions (un lot) d’actions d’OTC à 42,21 dollars chacune, ce qui représente un débours de 4 221 dollars :

  1. On achète une option de vente Août / 38 à 0,31 dollar par action, ce qui représente un débours de 31 dollars ;
  2. On vend une option d’achat Août / 44 à 0,67 dollar par action, ce qui représente un crédit de 67 dollars.

L’asymétrie vient du fait que la différence entre le prix d’exercice de l’option d’achat et le prix du titre n’est que de 1,79 dollar, alors que celle entre le prix du titre et le prix d’exercice de l’option de vente s’élève à 4,21 dollars. L’option d’achat se situe donc moins hors du cours que l’option de vente, et la prime créditée pour l’option d’achat est supérieure à celle qui est débitée pour l’option de vente.
Mis à part les actions, ce collar asymétrique, offre donc un crédit de 0,36 dollar par action (0,67 $ – 0,31 $) ou 36 dollars par paire d’options.

Scénarios possibles à l’échéance des options, le 20 août 2010

  • Si le titre d’OTC a baissé à 38 dollars ou plus, on perd 4,21 dollars par action (42,21 $ – 38 $) ou 421 dollars par lot. Naturellement, on soustraira le crédit de 36 dollars par lot d’actions du montant de la perte subie sur les actions.
  • Si le titre d’OTC est monté à 44 dollars ou plus, on gagne 1,79 dollar par action (44 $ – 42,21 $) ou 179 dollars par lot. C’est notre gain maximum, car si le titre monte plus haut que 44 dollars, le détenteur de la position acheteur exercera son option d’achat et on devra vendre les actions à 44 dollars, soit le prix d’exercice. Naturellement, on ajoutera le crédit de 36 dollars par lot d’OTC au profit réalisé sur les actions.
  • Si le titre d’OTC est demeuré à 42,21 dollars, il n’y a ni gain ni perte. Les deux options expirent hors du cours avec un crédit de 36 dollars par collar.

Caractéristiques du collar

  • Le potentiel de gain est inférieur à celui du collar classique, qui est symétrique ;
  • Le collar asymétrique entraîne toujours un crédit ;
  • Ces deux options ont d’habitude la même échéance.
  • Le collar asymétrique met l’emphase sur le crédit.

Dans un marché à la baisse

L’investisseur qui a vendu des actions à découvert peut utiliser un collar à la baisse en achetant une option d’achat – par exemple, Août / 46 – et vendre en même temps une option de vente Août / 38. Il s’agit des mêmes options que dans le premier exemple de collar, mais les positions sont inversées : ici, l’option d’achat représente une assurance sur le prix contre le risque de hausse du titre, alors que l’option de vente agit comme une barrière qui limite le profit potentiel. Toutefois, grâce à ce dernier, on finance totalement l’achat de l’option d’achat, car la prime de l’option de vente est supérieure à celle de l’option d’achat.

1 Le collar n’est pas uniquement une stratégie pour investisseurs. La même technique est largement suggérée par les banques à leurs entreprises clientes pour réduire le risque des taux d’intérêt sur leurs emprunts et celui des taux de change sur les devises.

2 Les commissions, les dividendes et les marges éventuelles sont exclus des exemples.

3 Avant son échéance, une option ne réagit pas exactement comme un titre. Si ce dernier bouge d’un dollar, l’option gagne ou perd moins d’un dollar. La corrélation entre les deux prix s’appelle le Delta, une des variables qui décrivent le comportement des options. Cependant, à l’échéance de l’option, le Delta est de 1, si l’option expire en dedans du cours, à parité avec le cours (la valeur intrinsèque de l’option est alors nulle ou proche de zéro) ou hors du cours. La corrélation entre le prix du titre et la prime de l’option est de 100 % ou nulle.

4 Le MACD (Moving Average Convergence Divergence), ou convergence et divergence des moyennes mobiles, est un indicateur boursier qui relève de l’analyse technique, en ce sens qu’il consiste en l’étude des graphiques de cours dans le but d’identifier les tendances et d’anticiper l’évolution des marchés.

Tous les articles

L'auteur

Charles K. Langford

Charles K. Langford

PhD, Fellow CSI

Charles K. Langford

Charles K. Langford est président de Charles K. Langford, Inc, une firme de gestion de portefeuilles. Il enseigne la construction et la gestion de portefeuille à l'école des Sciences de la Gestion, Université du Québec (Montréal). Il est l'auteur de 14 livres sur la gestion de portefeuille, les stratégies de produits dérivés et l'analyse technique.

Jusqu'en 2007, depuis 1990, il a été vice-président de gestion des risques pour Visconti Venosta Teaspoon Approach Management, Ltd. Auparavant il a été gestionnaire de portefeuille pour Refco Futures (Canada) Ltd.

Il a reçu un baccalauréat de l'Université de Montréal, une maîtrise et le doctorat de l'Université McGill (Montréal), et il est également Fellow de CSI (Canadian Securities Institute).

Ces articles sont transmis uniquement à titre de renseignement. Les placements doivent être sélectionnés en fonction des objectifs de chaque investisseur. Desjardins Courtage en ligne n'émet aucune recommandation quant à un produit, à la pertinence ou à la valeur potentielle d'un placement donné, ou à une stratégie spécifique. Les opinions émises dans les articles sont celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement la position officielle de Desjardins Courtage en ligne.