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L'« indice de misère » et les présidents américains

Le 31ème président des États-Unis a été le républicain Herbert Clark Hoover. Il avait commencé son mandat en 1928 et fut défait en 1932 par le démocrate Franklin Delano Roosevelt.

Sous le mandat de Hoover, la Bourse a connu son plus haut sommet (indice Dow Jones des valeurs industrielles à 381,17 points), puis un des pires krachs boursiers en une semaine (moins 48 %) et finalement le plus bas niveau de l’indice boursier depuis la fin du siècle précédent (41,22 points en 1932 : un recul de 89 % depuis son sommet).

Roosevelt, dès son premier mandat (il en a eu quatre et il est le seul président américain a avoir servi son pays pendant plus de deux mandats), a lancé la plus grande intervention de l’État dans l’histoire du capitalisme américain, en promouvant un nouveau contrat social, appelé Nouvelle Donne (New Deal).

Par exemple, il a créé la Commission des valeurs mobilières (U.S. Securities and Exchange Commission ou SEC), l’assurance dépôts bancaires (Federal Deposit Insurance Corporation ou FDIC) et le système d’assurance sociale (Social Security system).

Une des premières règles de la SEC a été l’imposition d’une marge maximum pour l’achat d’actions, règle qui existe toujours aujourd’hui : l’investisseur ne peut emprunter de son courtier plus qu’un certain maximum pour acheter des actions à crédit.

Une autre règle, abolie en 2007, est celle du uptick : l’investisseur qui voulait vendre à découvert devait attendre que le prix du titre remonte d’un tick, c’est-à-dire d’un montant égal à la fluctuation minimale. De cette façon le titre pouvait monter librement; mais, pour descendre, il y avait ce parachute sur les ventes à découvert qui freinait la spéculation à la baisse.

Malgré les immenses espoirs créés par Roosevelt, la Grande Dépression des années 1930 a duré jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale. Un symbole de cette époque a été le gratte-ciel de 102 étages qui porte le nom de Empire State Building, à New York, le plus haut édifice existant actuellement dans cette ville. Complété en 1931, il a représenté le dynamisme extraordinaire de l’économie américaine des années précédant le krach boursier; mais c’est seulement en 1948, dix-sept ans plus tard, qu’on a réussi à louer tous les locaux pour bureaux de l’immeuble. L’indice Dow Jones n’est revenu à son plus haut niveau des années 1920 qu’en 1954, un quart de siècle plus tard.

Le républicain Hoover, mal-aimé entre autres à cause de son appui au prohibitionnisme (prohibition de l’alcool aux États-Unis entre 1920 et 1933), est considéré sur le plan historique comme le pire des présidents américains, alors que le démocrate Roosevelt est considéré parmi les meilleurs.

En réalité, Hoover n’est pas plus la cause principale de la Grande Dépression que Roosevelt ne l’est pour ne pas avoir ramené rapidement le pays à la prospérité d’avant le krach.

Souvent on attribue aux qualités et défauts de tel ou tel président américain la cause des événements. Mais l’histoire enseigne qu’on risque d’avoir de grosses déceptions si on croit que la cause des problèmes financiers actuels est due à un président républicain, et que qu’une solution rapide viendra de l’élection d’un président démocrate. C’est le cas typique de ce prêcheur qui, après une longue période de sécheresse, prie en public que la pluie tombe, et que, finalement, le lendemain il pleut. Plusieurs dirons que cela vient de la prière du prêcheur. Comme quelqu’un l’a si bien dit : « Si on croit qu’un individu est Moïse, on s’attend qu’il soit capable de séparer les eaux. »

Un exemple de l’impossibilité de dire qu’un mandat républicain ou démocrate peut annoncer pauvreté ou richesse se trouve dans un indicateur économique américain appelé « indice de misère » (Misery Index). Cet indicateur est tout simplement la somme des taux des deux pires ennemis économiques qui peuvent nous frapper, collectivement et individuellement : le chômage et l’inflation. Le tableau ci-dessous montre les fluctuations de cet indice, par président, depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

L’indice de misère, selon les présidents américains
Source : « Misery Index », Encyclopédie Wikipedia (anglais seulement)

Vu qu’il s’agit de la somme du taux de chômage et du taux d’inflation, plus l’indice est bas, plus les taux de chômage et d’inflation sont également bas; la situation est donc sûrement meilleure que lorsque l’indice est élevé. La colonne de gauche met en ordre de « bonne réussite », de 1 à 11 (du meilleur au pire), les présidents américains qui se sont succédé depuis 1948.

On notera que le meilleur président a été Eisenhower, un républicain, avec une moyenne de 6,26.

Le deuxième a été Lyndon B. Johnson, un démocrate, avec 6,78.

Le troisième a été John F. Kennedy, démocrate, qui avait précédé Johnson et avait succédé à Eisenhower.

Plus près de nous, le démocrate Bill Clinton se classe quatrième, avec 7,80.

Le cinquième est Harry Truman, démocrate, avec 7,87. À noter que Truman avait été nommé vice-président par Roosevelt. Quand ce dernier est mort subitement, Truman est devenu automatiquement président des États-Unis (comme ce fut le cas pour Johnson après l’assassinat de Kennedy). À sa nomination à la vice-présidence, Truman avait été jugé un homme terne, loin des qualités flamboyantes de Roosevelt. Mais c’est dans le besoin qu’on révèle ses qualités. Truman avait vite révélé ses capacités en créant l’OTAN, en bloquant les visées expansionnistes de l’Union soviétique et en lançant le Plan Marshall pour la relance économique de l’Europe.

Au sixième rang, on trouve George W. Bush, républicain, président qui fut en fonction jusqu’en janvier 2009. Le tableau montre une moyenne de 8,01, mais le sommet durant ses deux mandats (dernière colonne à droite) indique 11,30, en juin 2008. Fort probablement, à la fin de son mandat, sa moyenne sera plus élevée que 8,01.

Le septième est Richard Nixon, un républicain. Le huitième est George H.W. Bush père, républicain, successeur de Ronald Reagan, un autre républicain, qui, lui, occupe la neuvième position.

La dixième place est occupée par Gerald Ford, républicain, qui a gouverné moins de deux ans. Il avait été vice-président sous Nixon et, quand ce dernier a démissionné, à la suite du scandale du Watergate, il lui a succédé.

En onzième position, la pire, on trouve Jimmy Carter, un démocrate. Son indice de misère est le plus élevé de toute l’histoire américaine depuis que l’indice existe, avec un sommet de 21,98 en janvier 1980 : jamais, depuis la Grande Dépression, l’inflation et le chômage n’avaient été si élevés.

En conclusion, la couleur démocrate ou républicaine d’un président américain ne constitue pas un indicateur économique. L’investisseur devrait se fier beaucoup plus à ses moyennes mobiles.

L'auteur

Charles K. Langford

Charles K. Langford

PhD, Fellow CSI
Charles K. Langford est président de Charles K. Langford, Inc, une firme de gestion de portefeuilles. Il enseigne la construction et la gestion de portefeuille à l'école des Sciences de la Gestion, Université du Québec (Montréal). Il est l'auteur de 14 livres sur la gestion de portefeuille, les stratégies de produits dérivés et l'analyse technique.

Jusqu'en 2007, depuis 1990, il a été vice-président de gestion des risques pour Visconti Venosta Teaspoon Approach Management, Ltd. Auparavant il a été gestionnaire de portefeuille pour Refco Futures (Canada) Ltd.

Il a reçu un baccalauréat de l'Université de Montréal, une maîtrise et le doctorat de l'Université McGill (Montréal), et il est également Fellow de CSI (Canadian Securities Institute).