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L'indicateur stochastique

Résumé

L’indicateur stochastique est de la première génération d’instrument d’analyse technique. Développé dans les années 1950, il est le reflet d’un monde sans ordinateur où tous les calculs étaient faits à la main. Simple, mais rapide à signaler les changements imminents de la tendance des prix. Il existe plusieurs variantes de cet indicateur, nous verrons dans cet article, la méthode classique dans laquelle on utilise le %K et le %D.

Le mot « stochastique » signifie entre autres qu’un phénomène qui se déroule dans le temps peut obéir aux lois des probabilités et de la statistique. Dans notre cas, on identifiera le phénomène comme étant le prix. L’indicateur stochastique prédit que le comportement des prix dans le temps n’est pas le fruit du hasard. Ceci signifie, du moins selon les intentions du promoteur de cet indicateur, George C. Lane, que l’indicateur stochastique a le pouvoir de révéler, avec de bonnes probabilités, un changement dans la tendance des prix. Le principe est le suivant : quand la tendance est baissière, les fermetures sont plus près du cours le plus bas que du plus haut atteint pendant une séance et quand la tendance est à la hausse les fermetures sont plus près du plus haut cours que du plus bas cours atteint pendant une séance de la Bourse. Un changement de tendance est annoncé quand ce comportement des fermetures s’inverse. Là réside l’essentiel du stochastique.

En réalité, tout indicateur d’analyse technique fonctionne avec le même principe de probabilité : il peut nous dire que la tendance actuelle est fatiguée, ou encore qu’une nouvelle tendance vient au monde. Ici le mot tendance signifie du très court terme comme aussi du moyen ou long terme : tout dépend de la période utilisée (par exemple, 5 minutes, 30 minutes, une séance, etc.) et du nombre total de périodes utilisées par l’indicateur (par exemple, 9, 14 ou 20, etc.).

Une caractéristique de plusieurs indicateurs d’analyse technique (il y en a environ une cinquantaine) est de ne pas donner de signal en même temps que les autres. En d’autres mots, il y a un ordre hiérarchique des signaux dans le temps. Les indicateurs se divisent en deux grandes familles quant à la rapidité à nous donner un signal : ceux construits sans moyennes mobiles, ou avec de faibles moyennes mobiles, et ceux qui sont faits à partir seulement de moyennes mobiles. La première catégorie est plus rapide à donner des signaux et la deuxième est plus lente. L’indicateur stochastique fait partie de la première famille : il n’a presque pas de moyennes dans sa structure et est donc très réactif à tout changement de prix. À l’opposé, l’indicateur lent est un indicateur qui utilise deux moyennes mobiles, une à court terme (comme la EMA7) et une à long terme (comme la EMA27), qui doivent se croiser pour donner un signal. Le stochastique nous donne un signal dans un bas ou dans un haut d’une tendance alors que le croisement des EMA7 et 27 arrive après que la nouvelle tendance est née. Dans ce dernier cas, l’investisseur perd la possibilité de faire un plus grand profit, à l’entrée comme à la sortie. Naturellement, il y a le revers de la médaille : plus le signal anticipe le changement, plus il y a de risques de faux signaux. À l’opposé, l’utilisation de la méthode du croisement des deux EMA7 et 27 donne moins de signaux; le nombre de faux signaux est réduit et chacun d’eux est plus conservateur. Un mot sur le sens de « faux signal ». On dit qu’un signal est « faux » quand, à la différence d’un « bon » signal, il ne donne pas de profit substantiel et peut même générer une perte, qui est en partie due au fait qu’on achète au prix de la demande et que l’on vend au prix de l’offre.

Voici comment l’indicateur stochastique fonctionne. Étant donné que cet instrument est apparu il y a une cinquantaine d’années, il y a plusieurs variantes qui ont été créées par la suite : on les retrouve dans les logiciels et les plateformes que l’on utilise aujourd’hui. Personnellement, je me sers du stochastique construit de cette façon (il s’agit du stochastique classique) :

  • Nombre de périodes : 14
  • Chaque période est de :
    • Cinq minutes dans le cas de la négociation intrasession (day trading).
    • Une séance à la Bourse, dans le cas de la négociation intersession (donc à plus long terme).

On peut voir dans le Tableau 1 une série de prix : le haut, le bas et la fermeture quotidienne de 14 séances à la Bourse du titre AGU.

Tableau 1 - Le titre Agrium Inc. (AGU.TO)

La formule de base de l’indicateur stochastique est la suivante :

  1. Première étape : On prend le prix de fermeture de la dernière des 14 périodes (60,03 $) et le plus bas prix des 14 dernières séances boursières (50,11 $) et on fait la différence entre les deux. En suivant les prix du Tableau 1, on aura : 60,03 $-50,11 $ = 9,92 $
  2. Deuxième étape : On prend le prix le plus haut (60,04 $) et le prix le plus bas des 14 dernières séances à la Bourse (50,11 $) et on fait la différence entre les deux. On obtient : 60,04 $ - 50,11 = 9,93 $
  3. Troisième étape : On divise la réponse de la première étape par celle de la deuxième étape, on obtient donc : 9,92 $ : 9,93 $ = 0,9990. On multiplie ensuite ce résultat par 100 et pour obtenir : 99,90. Ce résultat (99,90) nous donne le stochastique de base, celui que l’on nomme %K
  4. Quatrième étape : À chaque nouvelle séance, on doit enlever les premières données (haut, bas fermeture de la période 1) et ajouter à la série le nouveau haut, bas et fermeture, qui deviennent les données de la nouvelle 14e période.

Les ordinateurs font ces calculs automatiquement et nous n’avons donc aucun souci à nous faire pour obtenir les résultats.

Cet indicateur nous dit que pour AGU la fermeture de la 14e période est dans le haut de la fourchette de prix allant du bas des 14 dernières séances et du haut des 14 dernières séances. En soi, l’indication n’est pas utile, parce qu’elle peut vouloir dire que le marché est à la hausse et que la tendance continue; ou encore que la tendance à la hausse soit tellement forte que ça ne peut pas continuer indéfiniment et donc que l’on craint un virement. Dans le premier cas, on est optimiste et dans le deuxième cas, on est pessimiste.

Dans le calcul du %K il n’y pas de moyennes : l’indicateur est donc très sensible. La meilleure utilisation est de faire une moyenne mobile de ce %K (on appelle %D le résultat de ce calcul)) et de jumeler le %K avec le %D. Dans la version classique de cet indicateur, on utilise une moyenne mobile à 3 périodes.

Ce qui est intéressant c’est le jumelage du %K avec le %D. En règle générale, on dira :

  • Que l’on a un signal de changement de tendance des prix de la hausse à la baisse, quand la ligne du %K traverse à la baisse la ligne du %D.
  • Que l’on a un signal de changement de tendance des prix de la baisse à la hausse quand la ligne du %K traverse à la hausse celle du %D

Le Graphique 1 montre le potentiel d’utilisation du stochastique.

Le titre Agrium Inc. (AGU.TO) avec deux EMA7, 27 et l’indicateur stochastique 14,3.

Dans le cas des flèches A du graphique des prix et du stochastique, on note que quand le signal est donné par ce dernier, le prix est au sommet de sa tendance. Même considération dans le cas des flèches C où le signal du stochastique est donné dans le bas de la tendance des prix.

On remarque aussi dans le graphique des prix que les croisements des EMA 7 et 27 illustrés par B et D, indiquant le début d’une tendance de prix, sont bien en retard par rapport aux signaux donnés par le stochastique. Ceci pour le principe de la hiérarchie des signaux dans le temps. On constate aussi dans le graphique du stochastique, deux lignes horizontales, à 20 et à 80. Personnellement, j’ignore ces lignes : tout croisement des %K et %D est en soi significatif, révélant parfois des microchangements de tendance des prix; mais aussi des changements significatifs, peu importe les niveaux du signal par rapport à l’échelle de droite.

Parce qu’il arrive avant les autres indicateurs, le stochastique peut aussi servir d’indicateur de limite de perte (stoploss) si le marché tournait contre notre investissement.

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L'auteur

Charles K. Langford

Charles K. Langford

PhD, Fellow CSI

Charles K. Langford

Charles K. Langford est président de Charles K. Langford, Inc, une firme de gestion de portefeuilles. Il enseigne la construction et la gestion de portefeuille à l'école des Sciences de la Gestion, Université du Québec (Montréal). Il est l'auteur de 14 livres sur la gestion de portefeuille, les stratégies de produits dérivés et l'analyse technique.

Jusqu'en 2007, depuis 1990, il a été vice-président de gestion des risques pour Visconti Venosta Teaspoon Approach Management, Ltd. Auparavant il a été gestionnaire de portefeuille pour Refco Futures (Canada) Ltd.

Il a reçu un baccalauréat de l'Université de Montréal, une maîtrise et le doctorat de l'Université McGill (Montréal), et il est également Fellow de CSI (Canadian Securities Institute).

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