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Comment définir le prix d'entrée et le prix de sortie d'un titre

Quel est le prix « juste » ou « objectif » des actions d’une société ? La réponse, à première vue, est simple. Par exemple, le graphique d’Alimentation Couche-Tard inc. (Cl B) montre que le prix de l’action à la fermeture, le 14 septembre 2011, était de 28,34 $. On s’entend donc pour dire que c’est le « juste prix » du titre, d’autant plus que ce jour-là, 451 740 actions ont changé de main et qu’il y a eu une vraie lutte entre acheteurs et vendeurs. On considère donc que ce prix est juste parce qu’il résulte d’une offre qui s’est heurtée à la demande tout au long de la journée, ce qui a entraîné une fluctuation du prix : ce titre a débuté la journée à 28,06 $, a connu un haut à 28,55 $ et un bas à 28,06 $, pour terminer à 28,34 $.

Charles Dow, qui a cofondé l’indice Dow Jones des titres industriels il y a environ 120 ans, disait que le marché émet constamment un « verdict » de tous les aspects connus possibles concernant chaque titre, y compris le contexte psychologique, social, politique et économique dans lequel les entreprises évoluent, tant au pays qu’à l’international note de bas de page 1 . Quand un titre change de prix, c’est que le verdict a changé pour tenir compte de nouveaux éléments.
Donc, concrètement, un investisseur n’a qu’à placer sur le graphique deux moyennes mobiles, une à long terme et une à court à terme : quand elles se croisent, il obtient un signal de changement de direction, peu importe les raisons, et il peut en profiter en suivant le marché.

Cette façon de voir le prix d’un titre est plutôt passive. On accepte que le prix soit objectif, « juste », simplement parce qu’il est coté en Bourse et qu’il a un volume élevé de transactions. On ne se pose pas de questions. Ainsi, la « valeur marchande » d’ATD.B est de 28,34 $.

On pourrait se demander pourquoi l’action d’ATD.B coûte moins de 30 $, alors que celle d’Agrium inc. vaut 85,88 $. Par rapport à Couche-Tard, l’action d’Agrium coûte-t-elle cher ? La réponse est non.

Deux raisons expliquent cette différence de prix. Premièrement, l’action d’Agrium vaut presque trois fois plus cher que celle d’ATD.B simplement parce qu’il y a moins d’actions d’Agrium que de Couche-Tard en circulation. En effet, le nombre d’actions disponibles dépend du nombre d’actions émises par chaque entreprise. Ce nombre a été fixé et autorisé au moment de l’émission. Bref, le prix d’une action reflète la valeur globale de l’entreprise, divisée par le nombre d’actions.

Une deuxième raison est que le prix du titre a grimpé beaucoup. Par exemple, le XIU (le fonds négocié en Bourse qui suit le comportement de l’indice S&PTSX60) était en 2002 à 32$ la part. Au cours des années suivantes il est allé constamment à la hausse. Au début de 2008 il était rendu à 88$. On ne pouvait pas dire qu’il était cher à ce prix : il ne faisait que refléter l’opinion du marché : c’était sa valeur marchande.
Mais plusieurs investisseurs avaient de la difficulté à mettre de l’argent dans XIU à ce prix: acheter 1000 actions de XIU aurait impliqué un déboursé de 88000$. Ils auraient préféré placer un quart de ce montant dans le XIU et le restant ¾ ailleurs. Pour cette raison l’émetteur a divisé le titres en quatre parties (un split en anglais : voir le graphique du XIU sur 10 ans). En 2008, une part à 88$ est devenue quatre parts à 22$. La valeur globale n’avait pas changé: il y avait quatre fois plus de parts en circulation; mais la valeur globale en dollars était la même. C’était juste devenu plus maniable investir dans le XIU.

D’autres façons de voir si le prix est « juste »

Tant les comptables que les gestionnaires et les analystes financiers vous diront que, souvent, la valeur marchande accordée à un titre n’est pas la bonne. En effet, un titre coté en Bourse pourrait être sous-évalué ou surévalué par rapport à la valeur « objective » calculée par ces spécialistes, parce que les investisseurs ont réagi de façon erronée et émotive à certaines nouvelles.

Dans cette optique, si la valeur marchande d’un titre est supérieure à la valeur établie par les comptables ou les gestionnaires, il faudrait le vendre; par contre, si elle est inférieure, il faudrait l’acheter et garder ce titre jusqu’à ce qu’il atteigne le prix calculé, indépendamment des signes de changement de la direction des prix donnés par les deux moyennes mobiles.

La valeur comptable

On obtient la valeur comptable d’une action en divisant l’avoir des actionnaires ordinaires (le total des actions moins les actions privilégiées) par le nombre d’actions ordinaires en circulation. L’avoir des actionnaires ordinaires reflète la valeur comptable de l’entreprise. Le ratio ainsi obtenu, c’est-à-dire le prix d’une action ordinaire, est la juste valeur du titre. Naturellement, cette valeur « objective » ne reflète que la situation de l’entreprise sur le plan des états financiers, sans tenir compte d’aucun autre facteur. Cela signifie que le prix de l’action ainsi calculé peut être inférieur ou supérieur au prix du marché, lequel englobe aussi le contexte et les perspectives. Il est donc possible que la valeur comptable d’une action diffère du prix de celle-ci en Bourse. Cette différence de prix peut varier considérablement d’un secteur à l’autre.

Une façon d’utiliser en même temps la valeur au marché et la valeur comptable consiste à observer le ratio entre la valeur marchande de l’action et sa valeur comptable : si ce ratio est élevé par rapport à celui du secteur d’appartenance, on dira que l’action est surévaluée.

Il existe un autre ratio du même type entre, d’une part, la valeur marchande de l’action, et d’autre part, le total des ventes divisé par le nombre d’actions ordinaires.

La valeur intrinsèque

Les analystes financiers et les gestionnaires de portefeuilles ont leur propre approche pour calculer le prix. Ils appellent ce dernier valeur « intrinsèque » d’un titre. Le raisonnement qui porte à cette valeur intrinsèque est le suivant. Si aujourd’hui je dépose à la banque 100$ et celle-ci m’offre un rendement de 1% par année sur mon dépôt, dans un an j’aurai dans mon compte 101$. Naturellement si je considère cet investissement sur plusieurs années, mêmes les intérêts gagnés dans le passé rapporteront des intérêts.

Je peux maintenant faire le raisonnement inverse et dire, par exemple, que la valeur aujourd’hui de 101$ dans un an est 100 $. La méthode de la valeur intrinsèque d’une action est de répondre à la question : quelle est la valeur présente d’un titre qui à chaque année, perpétuellement, distribue des dividendes? En d’autres mots, la valeur actuelle d’une action est donnée par le revenu annuel des dividendes à venir. Les formules mathématiques donnent la réponse.

Si l’entreprise ne distribue pas de dividendes, on effectuera des calculs semblables en tenant compte des bénéfices de l’entreprise.

La valeur intrinsèque d’une action est celle que les gestionnaires et les analystes considèrent comme juste et ce, même si elle diffère, dans la plupart des cas, de la valeur marchande et de la valeur comptable.

La valeur intrinsèque varie continuellement parce que :

  • Les entreprises ne sont pas tenues de verser des dividendes, contrairement à ce qui se passe pour les coupons d’un titre de dette. Donc, si la situation économique est mauvaise, l’entreprise pourrait suspendre les dividendes ou en réduire le montant.
  • En théorie, les dividendes devraient augmenter d’année en année. C’est du moins ce à quoi on s’attend à mesure que l’entreprise grandit et que ses bénéfices augmentent. Les analystes estiment donc à l’avance un taux de croissance des dividendes pour les années à venir; bien sûr, ils doivent parfois ajuster ce taux en tenant compte des conditions du secteur dans lequel l’entreprise évolue.
  • Une entreprise pourrait aussi distribuer des dividendes en considérant une croissance par paliers. Ainsi, pendant quelques années, le rythme de croissance pourrait être rapide et ralentir par la suite, ou encore être lent et accélérer au bout d’un certain temps. Évidemment, il est peu probable que l’on puisse prévoir de façon fiable l’évolution du marché.
  • Le même problème se pose lorsqu’on calcule la valeur intrinsèque d’une action à partir des bénéfices futurs d’une entreprise.
  • La valeur intrinsèque d’un titre repose sur des probabilités qui sont susceptibles de changer, même à court terme, selon le marché dans lequel l’entreprise évolue.

Conclusion

Chacune des trois approches pour l’évaluation d’un titre – la valeur marchande, la valeur comptable et la valeur intrinsèque – donne un « juste prix » qui diffère des deux autres. Chaque méthode a sa raison et son application.

Quelle méthode est la meilleure pour un investisseur privé ? Rappelons ici les paroles de Charles Dow : dans la valeur marchande d’un titre, le prix tient compte de tout, y compris des conclusions au sujet de la valeur comptable et de la valeur intrinsèque.

  1. Voici les paroles exactes de Charles Dow : “ In fact, the market reduces to a bloodless verdict all knowledge bearing on finance, both domestic and foreign. The price movements, therefore, represent everything everybody knows, hopes, believes and anticipates. Hence, there is no need to supplement the price movements, as some statisticians do, with elaborate compilations of commodity price index numbers, bank clearings, fluctuations in exchange or anything else. The price movements themselves reflect all these things, and therefore an understanding of the price movements of the market.

L'auteur

Charles K. Langford

Charles K. Langford

PhD, Fellow CSI
Charles K. Langford est président de Charles K. Langford, Inc, une firme de gestion de portefeuilles. Il enseigne la construction et la gestion de portefeuille à l'école des Sciences de la Gestion, Université du Québec (Montréal). Il est l'auteur de 14 livres sur la gestion de portefeuille, les stratégies de produits dérivés et l'analyse technique.

Jusqu'en 2007, depuis 1990, il a été vice-président de gestion des risques pour Visconti Venosta Teaspoon Approach Management, Ltd. Auparavant il a été gestionnaire de portefeuille pour Refco Futures (Canada) Ltd.

Il a reçu un baccalauréat de l'Université de Montréal, une maîtrise et le doctorat de l'Université McGill (Montréal), et il est également Fellow de CSI (Canadian Securities Institute).