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Comment bénéficier d'une anomalie temporaire de la prime d'options

Résumé

L’article décrit une stratégie d’options qui permet de saisir la différence entre une prime d’option anormale par rapport à sa juste valeur. Elle est basée sur la différence entre la volatilité historique du titre et la volatilité implicite des options. L’investisseur apprend à reconnaître si une prime d’option est chère ou à escompte.

Dans la plupart des commerces, le prix d’une marchandise est élevé si tout le monde la désire. À l’inverse, si le public la dédaigne, son prix sera réduit même si la valeur objective de la marchandise est inchangée. Donc, le prix fluctue parce que la demande fluctue.

À la Bourse, la marchandise est représentée par le titre et ses options. Leur valeur est déterminée par deux caractéristiques : le prix et la volatilité. La volatilité du titre s’appelle volatilité historique et celle des options, volatilité implicite. Cette dernière reflète l’offre et la demande pour ces options. Les deux types de volatilité fluctuent, mais la volatilité implicite est beaucoup plus changeante.

Dans le Tableau 1, on voit que le titre Agrium Inc. (symbole AGU) a fermé, le 31 octobre, à 50,34 $ et que sa volatilité historique, toujours à la même date, est 45 % (à côté de la lettre A).

Les investisseurs achètent et vendent des options sur ce titre en créant, avec leurs transactions, la demande et l’offre sur chacune d’elles. Dans la section des options de vente (la partie à droite du Tableau 1) on constate que dans le cas de l’option de vente à parité (ou presque) AGU décembre/50 la prime de l’option est 2,90 $ (à la hauteur de la lettre B). Dans la dernière colonne, toujours à la même hauteur, on trouve la volatilité implicite de cette option : au 31 octobre, elle est de 41,74 %.

La volatilité implicite a la propriété de contribuer à la prime des options. Si la volatilité est forte, la prime est gonflée, elle coûte plus cher. Au contraire, si la volatilité est faible, la prime est maigre, à bon marché.

Les soubresauts de la volatilité implicite de chaque option sont fréquents au cours d’une même session de la Bourse. Pour cette raison les Bourses, comme celle de Montréal, publient en continu la volatilité des options : pour permettre aux investisseurs de tirer profit d’anomalies éventuelles des primes ou d’avoir une opinion sur la cherté des primes.

On présume que la prime n’est pas « juste » quand la volatilité implicite de l’option est différente de la volatilité historique du titre. En prenant la volatilité historique comme référence, une option dont la volatilité implicite est inférieure est considérée « à escompte ». Si la volatilité implicite est supérieure, elle est « à prime ». La tendance naturelle de la prime est de revenir à la normalité, à cause des stratégies d’arbitrage que l’anomalie engendre.

Le Tableau 1 reflète une situation qu’un investisseur qualifierait d’anomalie, à cause de la différence entre la volatilité du titre (45 %) et celle de l’option (41,74 %). La différence de 3,26 entre les deux volatilités indique que le prix de l’option est inférieur à celui qu’il devrait être si la volatilité implicite de l’option était égale à celle du titre sous-jacent. En effet, à égalité, la prime de l’option devrait être théoriquement 3,12 $1.

Tableau 1 - Quelques options d’achat et de vente du titre AGU
Source : TMX – Bourse de Montréal

Il y a une occasion de « saisir » la différence entre la prime anormale de 2,90 $ et la prime théorique normale de 3,12 $, c’est-à-dire 0,22 $ par action en espérant que la valeur de la prime remonte à la normale. Une telle possibilité de profit se concrétise dans une stratégie dite d’arbitrage, qui est sans risque de prix. Elle consiste à acheter des actions et des options de vente : le nombre d’actions doit balancer les options de vente. Cette stratégie est dite à « delta neutre ».2 Le delta de l’option de vente, donné automatiquement par le même calculateur de la prime, est – 0,44. Ceci signifie que si on achète 440 actions du titre AGU à 50,34 $ chacune et mille options de vente décembre/50 à 2,90 $ on a bâti une stratégie neutre, parce que les mille options de vente font de l’argent à la baisse du titre autant que les 440 actions en perdent.

Tableau 2 - Position initiale de la stratégie d’arbitrage
Achat de mille options de vente à 2,90 $ 2 900 $
Achat de 440 actions de AGU à 50,34 $ chacune 22 149,60 $
Total 25 049,60 $
Tableau 3 - Valeurs de l’option de vente en fonction du prix du titre, avec une volatilité implicite de 45 %.
Prix de l’action 49 50,34 51
Prime de l’option de vente 3,75 3,12 2,84
Profit (perte) sur chaque option de vente par rapport au prix d’achat 0,85 0,22 (0,06)
Tableau 4 -Valeurs et profit de la stratégie d’arbitrage une fois que la volatilité implicite est devenue 45 %
Prix de l’action 49 50,34 51
Valeur des 1 000 options de vente 3 750 3 120 2 840
Valeur des 440 actions de AGU 21 560 22 149,60 22 440
Total 25 310 25 269,60 25 280
Profit par rapport au déboursé initial 260,40 220,00 230,40

Conclusion

Il s’agit d’une stratégie fascinante, mais le profit paraît mince (au moins dans notre exemple) par rapport au capital utilisé, si on considère aussi que les commissions ne sont pas incluses. Son avantage est que la stratégie est répétable toutes les fois qu’il y a des anomalies, et ces dernières sont fréquentes. Il existe des algorithmes (programmes d’ordinateurs) qui dépistent automatiquement les anomalies de volatilité et suggèrent la stratégie appropriée. Dans l’ensemble, la stratégie est plus près des institutions financières que de l’investisseur privé. Ce dernier, toutefois, apprend à travers les raisons de cette stratégie à juger si une prime est chère ou à escompte.

1 Ça prend un calculateur de primes pour arriver à cette valeur théorique. Celui que j’ai utilisé dans mon exemple est disponible gratuitement sur le site suivant : http://www.option-price.com/index.php. L’investisseur trouvera plusieurs sites qui offrent ces calculateurs.

2 Le delta représente le changement de la prime de l’option quand le titre varie de 1,00 $. Il représente aussi l’équivalent du nombre d’actions. Ainsi, un delta de 0,44 indique que la variation d’un dollar du prix du titre détermine un changement de la prime de l’option de 0,44 $. Vu que l’unité de négociation d’une option est de 100 actions, le delta représente aussi l’équivalent du gain (ou de la perte) réalisé par 44 actions, quand le titre varie de 1,00 $.

3 L’achat de « 1 000 options de vente » signifie l’achat de 10 contrats, valant chacun 100 actions.

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L'auteur

Charles K. Langford

Charles K. Langford

PhD, Fellow CSI

Charles K. Langford

Charles K. Langford est président de Charles K. Langford, Inc, une firme de gestion de portefeuilles. Il enseigne la construction et la gestion de portefeuille à l'école des Sciences de la Gestion, Université du Québec (Montréal). Il est l'auteur de 14 livres sur la gestion de portefeuille, les stratégies de produits dérivés et l'analyse technique.

Jusqu'en 2007, depuis 1990, il a été vice-président de gestion des risques pour Visconti Venosta Teaspoon Approach Management, Ltd. Auparavant il a été gestionnaire de portefeuille pour Refco Futures (Canada) Ltd.

Il a reçu un baccalauréat de l'Université de Montréal, une maîtrise et le doctorat de l'Université McGill (Montréal), et il est également Fellow de CSI (Canadian Securities Institute).

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