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Vos connaissances financières sont probablement insuffisantes

Jamais je me serais imaginé à quel point je surestimais les connaissances et les compétences financières des investisseurs autonomes gérant eux même leur portefeuille d’actions. C’est du moins ma conclusion après avoir pris connaissance, il y a quelques jours, d’une étude sur le sujet intitulée Connaissance financière et rationalité des investisseurs : une étude canadienne. C’est pourquoi j’y consacre aujourd’hui l’entièreté de cette chronique.

Cette étude a été effectuée par Cécile Carpentier et Jean-Marc Suret, deux professeurs de finances de l’Université Laval. Bien qu’elle remonte à l’automne 2011, je pense que ses conclusions sont toujours aussi valides sept ans plus tard. Les investisseurs autonomes ne passent tout simplement pas le test de la connaissance et de la compétence financière nécessaire pour s’aventurer dans la jungle du marché boursier. En fait, ils échouent lamentablement. Seulement 5 % des répondants ont obtenu un score de 66 % ou plus.

Profil des investisseurs répondant au sondage

Afin d’estimer les niveaux de connaissances et de rationalité des investisseurs, un sondage en ligne a été mené auprès de 1814 personnes gérant de façon autonome des portefeuilles personnels d’actions. Ces personnes avaient préalablement rempli les conditions d’admission, soit détenir des actions d’entreprises inscrites en Bourse et être le principal responsable des décisions relatives à leur gestion. Un sondage composé de nombreuses questions leur a été soumis. Le premier volet avait pour but de vérifier leur niveau de connaissances, tandis que le second volet visait à vérifier les biais comportementaux affectant leurs décisions d’investissement.

Environ 50 % des répondants au sondage étaient des Québécois et 50 %, des Ontariens. Tout près de 60 % de ces répondants étaient âgés de 55 ans ou plus, alors qu’un peu moins de 10 % d’entre eux avaient moins de 35 ans. Les deux tiers possèdent un niveau d’étude universitaire. Même si le niveau de connaissances financières est positivement lié à l’âge et au niveau d’éducation, le piètre résultat au sondage démontre que l’expérience et le niveau de scolarité ne sont pas un rempart suffisamment imposant pour contrer la déficience en matière de connaissances et de compétences financières.

Lacunes en matière de connaissances financières

Je vous présente ici quelques exemples de lacunes en matière de connaissances financières, parmi tant d’autres qui sont ressorties du sondage :

  1. Un investisseur sur trois est certain (à tort) d’obtenir des dividendes dans le futur d’une entreprise qui en verse habituellement. Si une entreprise d’envergure aussi imposante que celle de la banque américaine Wells Fargo (WFC), qui est aussi une des banques les plus prestigieuses au monde, a été contrainte de charcuter son dividende de 85 % en 2009 (dans la foulée de la crise financière), aussi bien dire qu’aucune entreprise n’est en position de garantir son dividende.
  2. Plus de 40% des répondants au sondage ont affirmé, à tort bien évidemment, que la probabilité d’obtenir un rendement annuel négatif dans son ensemble sur des obligations gouvernementales était de 0 %. Il arrive à l’occasion, lorsque les taux d’intérêt repartent à la hausse, que le rendement annuel des obligations gouvernementales soit négatif. Le niveau de probabilité de cette éventualité est de l’ordre de 10 %. Cela s’est produit pour la dernière fois en 2013.
  3. 50 % des répondants croyaient que détenir moins de 10 titres issus de secteurs différents était suffisant pour diversifier correctement un portefeuille d’actions. La bonne réponse est que de 10 à 20 titres sont nécessaires selon l’auteur de cette étude. Je suis d’accord avec cette fourchette, pourvu que l’investisseur soit de haut calibre. Sinon, un portefeuille composé de 20 à 30 titres serait, à mon avis, préférable.

Enfin, voici maintenant la question du sondage qui m’a le plus interpellé :

Vous avez le choix entre une grande entreprise inscrite à l’indice TSX 300 que vous ne connaissez pas et une petite entreprise simplement inscrite en bourse, dont vous connaissez parfaitement le produit, l’équipe de direction et le projet. Son chiffre d’affaires est de quelques millions de dollars. Diriez-vous qu’investir dans cette petite entreprise est :
  • Beaucoup moins risqué qu’investir dans la grande : 6 % sont d’accord avec cette réponse
  • Moins risqué qu’investir dans la grande : 19 % d’accord
  • Aussi risqué que d’investir dans la grande : 34 % d’accord
  • Plus risqué qu’investir dans la grande : 29 % d’accord
  • Beaucoup plus risqué que d’investir dans la grande : 6 % d’accord
  • Je ne sais pas : 6 %

D’après vous, lequel de ces énoncés est juste?

Les investisseurs autonomes surestiment leurs compétences

Seulement 5 % des investisseurs sondés ont obtenu un score de plus de 66 % au test. En extrapolant, pourrait-on se permettre d’affirmer qu’à peu près 95 % de ces investisseurs vont sous-performer en Bourse? Je ne saurais le dire avec certitude, mais j’oserais m’aventurer à dire qu’une telle affirmation n’est probablement pas très loin de la vérité. Soit dit en passant, le sondage a démontré que seulement 20 % des répondants considéraient que la comparaison systématique du rendement de leur portefeuille avec celui de son indice référence était une bonne pratique à adopter pour vérifier leur performance en tant que gestionnaires. Les autres 80% ne le faisaient qu’occasionnellement ou carrément jamais.

Paradoxalement, les deux tiers des répondants à ce sondage ont déclaré avoir de bonnes connaissances en matière de gestion de portefeuille, en dépit du fait que l’immense majorité d’entre eux ont échoué au test. Tout bien considéré, il n’y a rien de bien surprenant, car la majorité des répondants ne se donnent même pas la peine de comparer leurs propres performances avec celle de leur indice de référence. S’ils le faisaient, ils constateraient les faits et n’auraient pas d’autres choix que de reconnaître leur faible niveau de connaissances et de compétences en la matière.

Décidément, j’avais de beaucoup surestimé les connaissances et les compétences financières des investisseurs autonomes et ce n’est sûrement pas uniquement attribuable à l’inexpérience des jeunes de la génération Y (18 à 34 ans), puisque ceux-ci ne représentent que 10 % de l’ensemble des répondants. À la lumière de ce sondage, l’importance d’une plateforme d’information et de formation en finances, telle que celle de Hardbacon, prend tout son sens et m’apparaît aujourd’hui plus pertinente que jamais.

Personne n’oserait s’aventurer dans la jungle équatoriale chaussé de gougounes. Pourtant, de très nombreux investisseurs autonomes s’aventurent dans la jungle boursière tout aussi mal équipé. Être autonome en investissement, c’est dépendre de soi-même quant à ses décisions d’investissement. Le moins que l’on puisse faire, c’est de s’équiper adéquatement avant de s’y aventurer, et le savoir est la première pièce d’équipement à s’offrir.

Enfin, la réponse à la dernière question est qu’il est beaucoup plus risqué d’investir dans la petite entreprise que dans la grande, n’en déplaise à 94% des répondants qui étaient pour ainsi dire en gougounes dans la jungle.

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L'auteur

Carl  O. Bélix

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