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Inde : entre croissance rapide et défis importants

L'Inde est en voie de devenir l'économie qui progressera le plus rapidement au cours des années à venir. D'ici six ans, elle devrait aussi détrôner la Chine en tant que pays le plus populeux. Son rôle dans l'économie mondiale et canadienne n'est donc pas à négliger. Ce pays semble offrir de bonnes occasions d'investissement à court et à moyen terme, mais certains facteurs restent à surveiller pour assurer une croissance durable à long terme.

Des réformes brusques, mais longtemps attendues

L'arrivée du gouvernement de Narendra Modi, en mai 2014, a changé le parcours politique et économique de l'Inde. Parmi ses efforts de modernisation, notons la mise en œuvre de deux réformes majeures : la démonétisation, qui a remplacé 86 % des billets en circulation, et la nouvelle taxe sur les biens et services. Ces réformes visaient surtout à réduire la corruption et le poids du secteur informel, qui regroupe plus de 80 % des emplois, ainsi qu'à augmenter la base fiscale. Bien que l'économie en ait été affectée temporairement, ces réformes pourraient améliorer la compétitivité, la productivité et le climat dans le monde des affaires. D'ailleurs, l'indice de facilité à faire des affaires de l'Inde est passé de 130 en 2017 à 100 en 2018 (le chiffre 1 désignant une facilité parfaite), ce qui dépasse la moyenne de l'Asie du Sud, mais demeure 22 points derrière la Chine1.

Une croissance rapide est attendue... et nécessaire!

La production industrielle en Inde a connu une croissance annuelle d'environ 6,3 % au premier trimestre de 2018 et la consommation est toujours aussi forte, ce qui représente la plus grande contribution à la croissance économique (graphique 1). Le secteur des services comptait pour 56 % du PIB en 2017, ce qui en fait le secteur le plus important de l'économie indienne. L'investissement privé a toutefois connu certaines difficultés alors que les bilans des banques publiques ont été alourdis par les prêts non performants, qui représentaient 10,9 % des prêts bruts au premier trimestre de 2018, comparativement à 5,9 % en 2015. Selon le Fonds monétaire international (FMI), la croissance du PIB réel a tout de même été de 6,7 % en 2017, l'une des plus fortes au monde. Le FMI prévoit une croissance moyenne de 7,9 % d'ici 2023, ce qui dépasserait celle de la Chine, qui se situe à 6,1 %. Les prix plus élevés du baril de pétrole ont cependant fait hausser l'inflation, ce qui a amené la Banque de réserve de l'Inde (RBI) à resserrer sa politique monétaire. Comme elle dépend fortement des importations de matières premières, surtout pour sa production industrielle et son énergie, l'économie indienne est plus vulnérable à une montée subite des prix. Malgré cette forte croissance, la pauvreté en Inde demeure un problème. Le PIB par habitant ajusté selon le taux de change de la parité du pouvoir d'achat (PPA) n'est que d'un peu plus de 7 100 $, alors que ceux de la Chine et des États-Unis sont d'environ 16 600 $ et 59 400 $ respectivement. De plus, cette pauvreté varie grandement d'une région à l'autre. L'État le plus pauvre, le Bihar, affiche un PIB par habitant neuf fois plus petit que celui de Delhi.

Une population grandissante qui a besoin d'être éduquée

L'Inde comptait plus de 1,34 milliard d'habitants en 2017, ce qui en fait la deuxième plus grande population après la Chine, pays qu'elle devrait dépasser à cet égard d'ici 2024, selon l'Organisation des Nations Unies (ONU). Alors que les Indiens s'enrichissent, ce marché offre un énorme potentiel de croissance et devient donc attrayant pour les entreprises, tant sur le plan de la consommation que sur celui de l'offre de main-d'œuvre. Cependant, le faible taux de candidat aux études supérieures freine ce potentiel. Ainsi, selon les dernières données parues en 2016, le taux de participation à l'enseignement secondaire et postsecondaire n'était que de 75 et 27 % respectivement, plaçant l'Inde bonne dernière parmi les constituants du BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) sur le plan de l'éducation.

Le protectionnisme est encore présent

Au total, les échanges commerciaux comptaient pour 41 % du PIB indien en 2017. Pourtant, le pays demeure relativement fermé. Les tarifs appliqués sous l'Organisation mondiale du commerce (OMC) étaient de 13,4 % en moyenne (graphique 2) et aucun accord de libre-échange n'a encore été conclu entre l'Inde et ses principaux partenaires commerciaux. Les récentes hausses de tarifs décrétées par le gouvernement indien indiqueraient même un possible repli protectionniste. Les craintes d'une guerre commerciale à l'international ont d'ailleurs récemment poussé les rendements obligataires indiens à remonter et la roupie indienne à se déprécier.

La Bourse en Inde performe bien, mais moins qu'en Asie

Après quelques années de stabilité, l'indice MSCI de la Bourse indienne a monté en flèche tout au long de 2017, gagnant 30 % pour l'année. Cette performance demeure cependant en deçà de celle du continent en général. Le ratio cours-bénéfice a continué d'augmenter et a dépassé 24, ce qui est beaucoup plus élevé qu'en Chine ou au Japon. Les retours d'impôt sur les gains en capital pourraient pénaliser la Bourse, car un grand nombre d'Indiens avaient détourné leurs épargnes du secteur immobilier et de l'or vers les marchés boursiers.

Un avenir encourageant, mais plein de défis à relever

Les bonnes perspectives économiques mondiales et la conjoncture favorable en Inde laissent croire que la croissance demeurera forte au cours des prochaines années et devrait dépasser les autres grandes économies. Toutefois, ce pays devra faire face à plusieurs défis persistants s'il veut maintenir une croissance soutenue à plus long terme. Des lacunes importantes en infrastructure subsistent partout au pays, limitant de manière considérable la croissance économique et son potentiel. Parmi celles-ci, notons un faible accès à des services sanitaires de base, un réseau électrique déficient, un système ferroviaire dépassé et insuffisant ainsi qu'un manque d'autoroutes et de routes en bon état. D'autres enjeux présentent également un risque potentiel pour la croissance économique à long terme en Inde. Plusieurs grands problèmes sociaux persistent, les conflits avec le Pakistan et la Chine ne sont toujours pas réglés et les risques liés à l'environnement sont aussi à considérer. Tous ces éléments créent de l'instabilité au sein de l'économie indienne et pourraient freiner son développement.

Graphique 1 – La consommation est le principal moteur de croissance de l’économie indienne
Graphique 1 – La consommation est le principal moteur de croissance de l’économie indienne Sources : Banque mondiale, Fonds monétaire international et Desjardins, Études économiques.
Graphique 2 – Les tarifs douaniers indiens surpassent largement ceux de ses principaux partenaires commerciaux
Tarifs appliqués par les pays et les régions du monde les plus favorisés * Graphique 2 – Les tarifs douaniers indiens surpassent largement ceux de ses principaux partenaires commerciaux Sources : Organisation mondiale du commerce et Desjardins, Études économiques.

* Dernières données disponibles, selon les pays et les régions du monde.

  1. The World Bank Group. Doing Business 2018: Reforming to Create Jobs, 15e édition, 31 octobre 2018, 312 p.
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L'auteur

Carine Bergevin-Chammah

Carine Bergevin-Chammah

Économiste

Carine Bergevin-Chammah

Carine Bergevin-Chammah a complété un baccalauréat en économie à l'Université McGill et poursuivi ses études à la Barcelona Graduate School of Economics, où elle a obtenu une maîtrise en analyse économique spécialisée. Elle a commencé sa carrière d'économiste en 2017 au sein de l'équipe des Études économiques du Mouvement Desjardins. Ses recherches portent principalement sur l'économie internationale et les matières premières.

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