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Les FNB socialement responsables sous la loupe de Caleb Jean

L’article de Caleb Jean, CFA et analyste aux investissements de Desjardins Gestion de patrimoine, Valeurs mobilières, a paru le mois dernier dans la revue Finance et Investissement. Il a été en mesure de faire le point sur les FNB socialement responsables sous forme de questions et de réponses. Nous vous faisons part, ce mois-ci, de sa contribution.

Gare aux concentrations sectorielles de certains produits, prévient Caleb Jean, CFA et analyste aux investissements de Desjardins Gestion de patrimoine, Valeurs mobilières.

Finance et Investissement (FI) : Pour quelles raisons les conseillers devraient-ils s’intéresser aux FNB qui intègrent les facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG)?

Caleb Jean (CJ) : En tout, 77 % des investisseurs canadiens sont quelque peu ou très intéressés par l’investissement responsable, selon l’Association pour l’investissement responsable (AIR), qui représente l’industrie canadienne de l’investissement responsable.

De plus, les milléniaux constituent une génération d’investisseurs sensibles aux facteurs ESG. Ce groupe pourrait d’ailleurs bénéficier d’une partie du transfert de patrimoine sous forme d’héritage anticipé. Selon une étude de la Banque CIBC en 2016, « 2,5 millions de Canadiens de plus de 75 ans possèdent un patrimoine d’une valeur nette de 900 milliards de dollars, dont 750 milliards seront cédés sous forme d’héritage au cours des 10 prochaines années. Les bénéficiaires seront principalement des Canadiens âgés de 50 à 75 ans. »

L’offre de solutions d’investissement responsable est largement diversifiée au Canada et aux États-Unis. Cependant, dans l’industrie des fonds négociés en Bourse (FNB), Desjardins est le joueur qui se démarque du lot avec son offre variée.

FI : Pourquoi devrait-on utiliser l’outil de placement du FNB pour avoir une exposition aux facteurs ESG?

CJ : Il y a ce sentiment selon lequel le secteur ESG évolue dans un marché de niche. Cette perception peut s’avérer véridique si le secteur touche uniquement aux énergies renouvelables. Cependant, les investissements de type ESG peuvent être faits dans des infrastructures d’aqueduc ou dans la construction de voitures électriques, entre autres. Ces secteurs industriels sont plus communs. Toujours selon l’AIR, 82 % des investisseurs aimeraient consacrer une partie de leur portefeuille à l’investissement responsable, et 77 % sont d’accord pour dire que les entreprises ayant de bonnes pratiques ESG correspondent à de meilleurs investissements à long terme. De plus, le fait d’utiliser les FNB comme véhicule d’investissement permet d’atteindre ces secteurs ou marchés, qui auraient été difficilement accessibles ou coûteux autrement.

FI : À quoi ressemble l’offre de FNB sur le marché canadien? Et sur le marché américain?

CJ : L’offre de solutions d’investissement responsable au Canada est plus présente dans les fonds communs de placement que dans les FNB, et la même tendance se dégage du côté américain. Cependant, la venue d’un joueur d’influence comme le Mouvement Desjardins donne une certaine notoriété à ce secteur dans l’industrie des FNB, lequel secteur était quasi inexistant auparavant. La gamme de produits couvre les deux grandes catégories d’actifs, soit les actions et les titres à revenu fixe. Par ailleurs, aux États-Unis, il existe un éventail plus varié de FNB d’investissement socialement responsable, vu la plus grande diversification du marché. Ainsi, il est possible de construire un portefeuille équilibré, qui est exposé aux facteurs ESG, sans toutefois présenter une volatilité supérieure à celle du marché en général.

FI : Parlez-moi de la méthode de sélection des titres dans les FNB de type ESG.

CJ : La plupart des fournisseurs de solutions d’investissement de type ESG font généralement affaire avec une firme externe ayant une expertise en évaluation et en attribution de notes d’incidence sur l’environnement mondial. L’Organisation des Nations Unies, pour ses Principles for Responsible Investment (PRI), et Morningstar, pour son Sustainability Rating, font partie des entités reconnues qui sont sollicitées pour effectuer ce type d’évaluations. Par la suite, les fournisseurs de solutions d’investissement établissent les secteurs géographiques, le type d’actifs et les secteurs industriels, s’il y a lieu.

FI : Peut-on se retrouver avec des titres de pétrolières comme Suncor ou des titres d’émetteurs de dioxyde de carbone (CO2) dans les portefeuilles de type ESG?

CJ : Il existe deux approches principales pour la mise sur pied de produits exposés aux facteurs ESG. Premièrement, il y a ce qu’on appelle l’approche négative, c’est-à-dire l’exclusion de certaines industries dites immorales. Le filtre négatif exclut les industries telles que celles du jeu, de l’alcool, du tabac, de l’armement et des énergies fossiles. Ensuite, il y a l’approche participative, qui inclut les industries émettrices de CO2 travaillant de concert avec soit les fournisseurs de produits, soit les entités externes d’évaluation dans le but d’améliorer considérablement leurs émissions de dioxyde de carbone. Bref, c’est en raison de cette deuxième approche que l’on retrouve parfois des titres de sociétés émettrices de CO2 dans certains produits.

FI : Parlez-moi des principales caractéristiques des FNB de type ESG, notamment la capitalisation boursière des titres, les concentrations sectorielles, les concentrations par pays et les autres risques importants.

CJ : Les secteurs les plus sollicités sont les services publics, la haute technologie et l’énergie. En effet, ces secteurs sont plus présents des côtés nord-américain et européen. Les investissements dans l’innovation de ces industries sont beaucoup plus matures dans les pays industrialisés, ce qui se traduit par une forte présence de titres à plus grande capitalisation boursière dans ces marchés. En revanche, il existe des sous-secteurs à l’ESG à forte concentration sur certains marchés niches. Par exemple, les technologies propres qui sont orientées vers les énergies renouvelables sont considérées comme volatiles et à faible capitalisation boursière, car elles détiennent des titres dans l’énergie éolienne et solaire ainsi que dans d’autres énergies alternatives. Enfin, il faut porter une attention particulière aux secteurs compris dans les solutions ESG afin d’en déterminer le dosage dans le portefeuille.

FI : Les FNB de type ESG obtiennent-ils des rendements nets de frais comparables à ceux des FNB à gestion passive, qui reproduisent des indices larges?

CJ : Pour le peu de produits de type FNB existants depuis au moins trois ans, il est difficile de les comparer adéquatement. Cependant, le fonds iShares Jantzi Social Index ETF (XEN) de BlackRock, créé en mai 2007, offre une exposition à des sociétés canadiennes qui satisfont un vaste ensemble de critères de cotation environnementaux, sociaux et de gouvernance. Sur une période de trois et cinq ans, le XEN a enregistré des rendements annualisés plus élevés en date du 30 octobre 2018 que le S&P/TSX 60, qui représente les 60 plus grandes capitalisations boursières au Canada, ce qui montre concrètement que l’investissement responsable ajoute de la valeur au portefeuille. D’autant plus, selon AIR, en 2015, l’investissement responsable représentait 38 % des actifs sous gestion canadiens. Ainsi, en fonction de son potentiel de rendement, ce volet aura probablement une tendance à la hausse à l’avenir.

FI : Quels sont les frais associés à ces produits, et les frais supplémentaires par rapport aux FNB à gestion passive concurrents justifient-ils l’intérêt porté à ces derniers?

CJ : Les frais de gestion des FNB de type ESG sont plus élevés que les frais de gestion associés aux stratégies passives comparables. En revanche, les stratégies actives de FNB de type ESG ont des frais de gestion similaires à ceux des FNB de gestion active conventionnels. Ainsi, il devient pertinent d’intégrer ces FNB thématiques à un portefeuille, considérant que 82 % des investisseurs aimeraient avoir une pondération en investissement responsable dans leur portefeuille.

De plus, il est fort probable que certains de ces FNB détiennent des titres qui sont négociés à l’étranger. Il est alors prudent de minimiser l’effet du coût de l’écart cours acheteur-cours vendeur (spread cost) : ce coût de négociation est plus élevé lorsque l’écart cours acheteur-cours vendeur est plus important. Une bonne pratique consiste à négocier les FNB qui détiennent des titres européens ou étrangers au moment où ces mêmes marchés sont ouverts. Cette méthode vous permettra d’obtenir des écarts plus restreints entre le prix d’achat et de vente du FNB et d’ainsi diminuer le spread cost.

FI : Comment un conseiller peut-il intégrer des FNB de type ESG au portefeuille de ses clients?

CJ : Tout d’abord, il serait judicieux de s’informer de la perception et de la sensibilité du client à l’égard de ce secteur. Ensuite, on peut chercher à déterminer sa tolérance au risque. Par exemple, pour un client ayant une tolérance au risque supérieure à la moyenne, il est pertinent de recommander des FNB à gestion active ou nichés, comme ceux de type ESG, dans une proportion correspondant à 10 % à 20 % de son portefeuille. En revanche, pour un client ayant une tolérance au risque plus faible, on peut offrir des FNB passifs de type ESG dans une proportion correspondant à 5 % à 10 % de son portefeuille. Enfin, il faut s’assurer de bien comprendre la méthode de sélection des titres dans le but de répondre aux critères environnementaux recherchés par le client.

FI : Quelles sont les principales différences entre un FNB de type ESG et les autres produits ESG sur le marché, comme les fonds communs de placement ESG?

CJ : Les différences entre les FNB à facteurs ESG et les fonds communs de placement du même type résident dans la liquidité, la transparence, les coûts et l’accessibilité. Les FNB permettent à l’investisseur et aux gestionnaires d’atteindre des secteurs thématiques à moindres coûts. Cependant, les fonds communs de placement présentent toujours une plus grande variété de solutions, pour l’instant. Ainsi, il est préférable de faire ses devoirs et de déterminer quels outils de placement permettent de répondre aux objectifs et aux contraintes correspondant au profil d’investisseur du client.

L'auteur

Caleb Jean

Caleb Jean