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Le commerce mondial se stabilise, mais l’incertitude demeure

Après plusieurs mois de recul, le commerce mondial montre certains signes de stabilisation (graphique 1). La situation demeure néanmoins fragile et pourrait se détériorer si de nouvelles tensions commerciales apparaissaient. Fait à noter : les indices PMI manufacturiers ont atteint de très bas niveaux dans plusieurs pays.

Graphique 1 – Le commerce mondial semble se stabiliser

Variation annuelle du volume du commerce mondial

Aux États-Unis, le PIB réel a crû au rythme annualisé de 3,1 % au premier trimestre de 2019. Cette augmentation plus rapide que prévu cache toutefois quelques aspects moins probants, notamment une décélération de la demande intérieure finale. La croissance du PIB réel a été plus limitée pour l’ensemble du printemps, avec une progression de 2,1 %. Pour l’année 2019, la progression anticipée est de 2,6 % et une hausse de 2,1 % est attendue en 2020. Il ne faudrait cependant pas voir certains éléments de faiblesse qui commencent à se manifester prendre trop d’ampleur, ni les tensions commerciales avec la Chine, le Mexique et l’Europe s’exacerber. Les craintes face à une prochaine récession se sont d’ailleurs accrues. Le présent cycle économique a atteint 120 mois à la fin juin, rejoignant ainsi le plus long cycle de l’histoire américaine, observé dans les années 1990.

La Réserve fédérale américaine (Fed) devrait abaisser ses taux d’intérêt directeurs à deux reprises d’ici l’automne 2019, ce qui aiderait les taux obligataires à se maintenir près des creux actuels. Ces gestes de la Fed viseraient principalement à répondre à la pression des marchés et à réaffirmer sa volonté de maintenir les anticipations d’inflation près de la cible de 2 %. Il serait surprenant de voir la Banque du Canada imiter la banque centrale des États-Unis, le resserrement monétaire étant moins avancé chez nous. Dans ces conditions, nous continuons à envisager un long statu quo des taux directeurs canadiens. L’évolution favorable des écarts de taux d’intérêt pourrait permettre au dollar canadien de s’apprécier légèrement au cours des prochains mois.

La faiblesse de l’économie canadienne s’est maintenue au début de 2019. Après un gain au rythme annualisé de seulement 0,3 % au dernier trimestre de 2018, la progression a atteint 0,4 % lors des trois premiers mois de 2019. Ce résultat en apparence décevant cache toutefois une excellente nouvelle au sujet de la demande intérieure. Celle-ci a en effet rebondi au premier trimestre en affichant une hausse de 3,4 %, mettant ainsi fin à deux trimestres consécutifs de recul (graphique 2). Cette donnée permet de conclure qu’une importante dégradation de la balance commerciale est à l’origine des difficultés du PIB réel canadien. La croissance économique devrait toutefois s’accélérer au Canada durant le deuxième trimestre, alors que les effets néfastes de la diminution de la production de pétrole s’estomperont graduellement. L’évolution du PIB réel pourrait cependant ralentir un peu par la suite, les conditions économiques mondiales s’étant légèrement détériorées. Dans le contexte actuel, le PIB réel canadien pourrait augmenter de 1,3 % en 2019 et de 1,6 % en 2020.

Graphique 2 – Le commerce mondial semble se stabiliser

Taux de chômage

Au Québec, la croissance économique est nettement supérieure à celle du Canada depuis la mi-2018. La province bénéficie d’un marché immobilier résidentiel vigoureux et du fait qu’elle soit à l’abri des problèmes du secteur pétrolier. Le ralentissement du commerce mondial, accentué par les nombreux tarifs en vigueur entre les États-Unis et plusieurs pays, notamment la Chine, se répercute néanmoins progressivement sur les exportations internationales du Québec (graphique 3). Après avoir progressé au cours des dernières années, les expéditions à l’étranger ont d’abord commencé à se stabiliser il y a quelques mois, puis ont récemment amorcé une tendance à la baisse. Les exportations québécoises en Europe diminuent davantage en raison de la faiblesse de l’économie et celles vers l’Asie semblent entamer un mouvement vers le bas. Dans ces conditions, la hausse du PIB réel québécois devrait se situer autour de 2,0 % en 2019 et près de 1,5 % l’an prochain.

Graphique 3 – Les exportations outre-mer du Québec ressentent les effets du ralentissement du commerce mondial

L'auteur

Benoit P. Durocher

Benoit P. Durocher

Économiste principal
Benoit Durocher est économiste principal aux Études économiques de Desjardins. Il est responsable du suivi de la conjoncture économique canadienne et effectue les analyses ainsi que les prévisions concernant le Canada, l’Ontario et la plupart des autres provinces. Il est auteur de plusieurs recherches et participe à la rédaction de nombreuses publications produites par les Études économiques de Desjardins. Il détient une maîtrise en sciences économiques de l'Université de Montréal.