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Le cannabis : une nouvelle réalité pour l’économie canadienne

Depuis le 17 octobre, la consommation de cannabis à des fins récréatives est légale au pays. D’un point de vue strictement économique, cette nouveauté aura des répercussions, car certaines activités du marché noir seront dorénavant reconnues officiellement. Statistique Canada a déjà commencé à se préparer en publiant des données historiques sur la production de cannabis, son prix, le nombre de consommateurs et les dépenses des Canadiens pour l’achat de ce produit.

On constate notamment que le nombre de consommateurs a augmenté considérablement au cours des dernières années, en particulier chez les 25 à 64 ans (graphique 1). Cet accroissement peut s’expliquer en partie par une consommation à des fins médicales plus élevée. Selon Statistique Canada, les personnes ayant consommé du cannabis au moins une fois au cours du troisième trimestre de 2018 étaient estimées à près de 4,6 millions. Ainsi, environ 15 % des Canadiens âgés de 15 ans et plus en auraient consommé durant cette période. Il y a cependant d’importantes différences régionales. Ainsi, le Québec affiche la plus faible proportion (10 %) de la population de 15 ans et plus qui aurait consommé du cannabis. À l’opposé, la Nouvelle-Écosse et la Colombie-Britannique se démarquent avec des ratios respectifs de 23 % et de 20 %.

La consommation de cannabis est particulièrement en hausse auprès des personnes âgées de plus de 25 ans

Selon Statistique Canada, la valeur totale des dépenses des Canadiens en cannabis pourrait se situer entre 5,0 G$ et 6,3 G$ (à un rythme annualisé) au quatrième trimestre de 2018, soit 3,8 G$ à 4,8 G$ pour le cannabis légal et 1,2  G$ à 1,5 G$ pour le cannabis illégal (graphique 2). Même si ces sommes paraissent élevées, l’évaluation maximale représente à peine 0,5 % des dépenses de consommation estimées pour 2018.

En comparaison, les dépenses associées au tabac pourraient atteindre 17 G$ à 18 G$ durant l’année. Le cannabis devrait donc être une composante somme toute assez petite des dépenses des Canadiens. De plus, il ne faut pas croire que la consommation de cannabis gonflera les dépenses des ménages de 5,0 G$ à 6,3 G$. D’une part, une proportion importante de la consommation illégale serait déjà comptabilisée par Statistique Canada dans diverses autres catégories. D’autre part, compte tenu de la contrainte budgétaire des Canadiens, nombre de consommateurs ne feront que substituer le cannabis à d’autres biens et services, ce qui réduira considérablement le gain net pour l’économie canadienne. Ainsi, la croissance de cette dernière ne devrait être influencée que marginalement par la légalisation du cannabis.

La baisse des prix du cannabis freine la progression de la valeur des dépenses associées au cannabis

Du côté des producteurs, le nombre d’installations autorisées à des fins médicales s’élevait à 120 en septembre 2018, et plus de la moitié d’entre elles se situaient en Ontario. Le nombre d’emplois au sein de cette industrie était évalué à 2 399 à la fin de 2017. Certains producteurs ont même fait leur apparition en bourse, et la valeur de leurs actions a fait un bond considérable à la fin de 2017 (graphique 3). Après avoir reculé graduellement tout au long du premier semestre de 2018, cette valeur a repris de la vigueur depuis le mois d’août. Comme dans l’économie, le poids des titres liés au cannabis dans la bourse canadienne demeure toutefois relativement faible.

Les titres boursiers associés au cannabis ont repris de la valeur au Canada

L'auteur

Benoit P. Durocher

Benoit P. Durocher

Économiste principal
Benoit Durocher est économiste principal aux Études économiques de Desjardins. Il est responsable du suivi de la conjoncture économique canadienne et effectue les analyses ainsi que les prévisions concernant le Canada, l’Ontario et la plupart des autres provinces. Il est auteur de plusieurs recherches et participe à la rédaction de nombreuses publications produites par les Études économiques de Desjardins. Il détient une maîtrise en sciences économiques de l'Université de Montréal.