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Regard sur les actions privilégiées

Les actions privilégiées ont été malmenées en 2015 et au début de l’année 2016, et le recul considérable qu’elles ont subi mérite qu’on y regarde de plus près. D’entrée de jeu, il importe de préciser que cette faiblesse est due aux actions privilégiées à taux fixe réinitialisé.

Au cours des dernières années, le marché canadien des actions privilégiées a évolué. Avant 2008, la plupart de ces actions étaient de type « perpétuel », c’est-à-dire qu’elles n’avaient pas d’échéance prédéterminée et qu’elles versaient un dividende fixe. En 2008, un nouveau type d’actions privilégiées a vu le jour : les actions privilégiées à taux fixe réinitialisé. Cette catégorie a fortement progressé et représente maintenant 70 % de l’univers des actions privilégiées. Ces dernières versent un dividende dont le taux est revu tous les cinq ans. À la date de la révision, le nouveau taux de dividende correspond au taux des obligations du Canada de cinq ans alors en vigueur, auquel s’ajoute une prime prédéterminée. Le prix des actions privilégiées à taux fixe réinitialisé demeure donc étroitement corrélé avec le taux des obligations du Canada de cinq ans : il recule lorsque les taux diminuent et augmente lorsque les taux montent. Depuis janvier 2015, le taux de cinq ans a baissé jusqu’à un creux historique de 0,49 %. Certaines actions privilégiées dont le taux devait être révisé en 2015 et 2016 ont vu leur dividende chuter, dans certains cas, de plus de 40 % par rapport au niveau du dividende initial. Les prix des titres se sont donc ajustés à la baisse. Cependant, les diminutions de dividendes sont maintenant escomptées dans le prix des titres.

Pour ajouter à la baisse des taux des obligations du Canada, les écarts de crédit se sont élargis, amplifiant le recul du prix des titres. Jusqu’à tout récemment, les rendements requis par les investisseurs étaient en hausse. Par exemple, en janvier 2015, ils souscrivaient fortement à l’émission d’une action privilégiée bancaire (Banque Royale) dont le taux de dividende était de 3,6 % (prime de 262 points de base par rapport au taux de cinq ans), alors qu’en février 2016, le taux de dividende requis pour obtenir un succès similaire était de 5,5 % (prime de 453 points de base par rapport au taux de cinq ans). Il faut revenir à la crise financière de 2008-2009 pour observer des primes de réinitialisation de cette ampleur. Il est donc fort probable que l’émetteur rachète ces titres (avec une prime très élevée) à la prochaine date de réinitialisation. Par conséquent, la durée estimée courte devrait limiter la volatilité. Par ailleurs, le potentiel de gain dans un contexte de hausse de taux est restreint par rapport aux autres actions privilégiées à taux fixe réinitialisé qui se négocient à fort escompte (par rapport au prix d’émission de 25 $).

Après une baisse de 29 % enregistrée par le S&P/TSX Actions privilégiées entre le sommet de novembre 2014 et le creux de janvier 2016, nous observons actuellement un rebond de cet indice. Les craintes quant à la possibilité de taux négatifs s’étant estompées depuis janvier, la volatilité du marché des actions privilégiées a diminué et se situe à des niveaux inférieurs à celui des six derniers mois. De plus, nous observons un intérêt plus marqué des investisseurs pour cette catégorie d’actifs, ce qui soutient le prix des actions.

Nous sommes d’avis que le niveau actuel de prix des actions privilégiées à taux fixe réinitialisé offre un point d’entrée intéressant. Le risque de baisse est limité. Dans un contexte de taux haussiers, le rendement de ces titres devrait largement dépasser celui des titres à revenu fixe traditionnels. Le mécanisme de réinitialisation fournira une certaine protection, et une augmentation des taux des obligations du Canada de cinq ans entraînera un rebond des prix.

L'auteur

Anne  Perreault

Anne Perreault

Gestionnaire de portefeuille, Valeurs mobilières Desjardins