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l'Express DisnatDirect
Août 2008



Ce mois-ci, M. Charles K. Langford, Ph. D., professeur en administration des affaires à l’Université du Québec à Montréal, signe le dernier de trois articles portant sur la prochaine génération des fonds négociés en bourse (FNB). Il y termine la présentation de son point de vue, entreprise dans les articles précédents.



Les Écoles de prÉvisions (II)
              par Charles K. Langford, Ph.D.
 

Il y a trois grandes écoles de prévisions des tendances de prix de Bourse. Celles de la divination, des fondamentaux et du chartisme (communément appelé « analyse technique »). 

La première école de prévisions, dans ses diverses formes d’expression, remonte à une très ancienne tradition en dehors de la Bourse. La géomancie  est l’une d’elles : on jette des cailloux sur une surface plane; selon le dessin qui en résulte – une série de figures préétablies – les « experts », soit les oracles, suggèrent les décisions à prendre à qui les interroge. Tout cela pourrait faire sourire aujourd’hui, si ce n’était qu’une version moderne de l’ancienne géomancie a cours parmi des investisseurs. Il s’agit du lancement de fléchettes contre un mur sur lequel on a placé une liste de titres. On investit dans les titres sur lesquels tombent les fléchettes. Le très prestigieux et sérieux quotidien américain The Wall Street Journal avait lancé il y a quelques années un concours sur cette « méthode » de construire un portefeuille (The Wall Street Journal Dartboard Contest). Le résultat, année après année, avait été étonnant : ce type de portefeuille avait un rendement souvent plus élevé que celui d’un portefeuille géré professionnellement. Il était juste un peu plus volatil.

Une autre méthode de divination est la numérologie. Le 26 février 2007, un crash a eu lieu à la Bourse des titres à Shanghai, le premier dans le miracle économique chinois. Jusque-là cette institution avait été considérée par les investisseurs internationaux comme une Bourse régionale dont le volume provenait surtout des investisseurs privés, de petits épargnants pour la plupart, et on n’y prêtait pas une grande attention. Même ce crash avait paru insignifiant, parce que les grandes institutions financières – comme les fonds mutuels, les fonds de pension et les fonds de couverture (hedge funds) – n’y participaient pas. Ceci rendait cette Bourse particulièrement sensible et vulnérable aux rumeurs, parce que les grandes institutions agissent habituellement comme modérateurs du marché.

Ce qui avait suscité une certaine curiosité, toutefois, était de savoir comment les investisseurs chinois s’y prenaient pour choisir les titres de leur portefeuille. La réponse a été la numérologie, méthode qui semble particulièrement répandue parmi les investisseurs chinois. Chaque titre coté a un numéro d’identification de plusieurs chiffres, et il semble difficile d’échapper à la comparaison de ces chiffres avec leur signification symbolique. Leur signification se trouve au tableau 1, extrait du Wall Street Journal. Le chiffre huit paraît évidemment le plus intéressant à cause de sa signification hautement positive : « fortune et prospérité ». Le chiffre neuf ajouterait « à long terme ». Le chiffre deux dirait aussi que le tout se fait « facilement », et le sept, comme le un, révèle que le choix se serait fait « ensemble ».

Naturellement, un titre comportant une fréquence élevée du chiffre quatre annonce plutôt « la mort » de l’investissement : sans aucun doute, il s’agirait d’un mauvais achat. Que faire quand le numéro du titre contient une égale fréquence de chiffres chanceux et malchanceux ? Sans doute s’agit-il d’un titre plutôt volatil.
On ne connaît pas le rendement d’un portefeuille de titres choisis avec cette variante de divination. Il n’est pas exclu, toutefois, que le rendement puisse être souvent supérieur à celui d’un portefeuille géré de manière professionnelle, comme dans le cas de la géomancie.

Tableau 1 – Les nombres dans la symbolique chinoise

Source : “Chinese Investors Crunching Numbers Are Glad to See 8s”,
The Wall Street Journal, 24 mai 2007.

Une règle que tout investisseur connaît : dans un marché où les indices sont à la hausse, la majorité des titres l’est aussi. Et vice-versa. Ceci explique, au moins en partie, pourquoi ces méthodes peuvent donner des résultats positifs. Dans un marché haussier, même les soit-disant « anges déchus » se mettent à voler.

La deuxième école de prévisions est celle basée sur l’analyse des fondamentaux, c’est-à-dire les raisons qui donnent la valeur intrinsèque d’un titre. En effet, sa valeur est basée sur plusieurs critères et elle peut aboutir à des prix différents : pour un comptable, il y a la valeur qu’il déduit en analysant les états financiers; pour l’investisseur qui se fie seulement sur les prix cotés en Bourse (la valeur marchande d’un titre), c’est l’analyse technique qui prime; pour les analystes financiers, c’est la valeur intrinsèque basée sur les fondamentaux, c’est-à-dire les raisons financières qui font l’offre et la demande. Son calcul a plusieurs variantes. Une d’entre elles dit que le prix actuel d’un titre est la valeur actualisée de tous les dividendes à venir que la compagnie distribuera. Les investisseurs familiers avec les coupons détachés des obligations trouveront que cela ressemble au mécanisme d’évaluation de ces coupons. En effet, quelle est la valeur aujourd’hui d’un coupon détaché qui vaut, par exemple, 100 $ dans un an ? On divise 100 $ par 1 + le taux d’intérêt à un an. Si, par exemple, le taux est 4 %, la réponse sera 96,15 $. Ce prix est la valeur actuelle de 100 $ dans un an. Dans le cas des actions, la formule est un peu plus complexe, mais semblable. Le problème est qu’on n’est jamais sûr des dividendes à venir, et le taux d’intérêt qu’on utilise est en réalité le taux de rendement auquel les investisseurs s’attendent en ce moment pour cette catégorie de titres : deux variables qui ont une évidente probabilité de changer souvent dans le temps et qui obligent les analystes financiers à réactualiser périodiquement leurs prévisions.

Une autre méthode se base sur la croissance prévue des bénéfices. Ceci fera varier le prix des actions en fonction du très populaire ratio cours/bénéfice. Ici aussi les prévisions doivent être mises à jour constamment pour tenir compte des changements économiques, politiques, sociaux et géopolitiques, qui, à leur tour, modifient les perspectives de croissance de toute compagnie.
Toutes ces difficultés et complexités expliquent en partie pourquoi la gestion professionnelle d’un portefeuille basée sur l’analyse des fondamentaux est souvent ardue et permet à un portefeuille obtenu en lançant des fléchettes ou en choisissant des nombres « chanceux » d’avoir parfois un rendement supérieur.

La troisième école de prévisions est celle du chartisme. Elle s’appelle ainsi parce que ses utilisateurs examinent des graphiques avant d’agir. Son autre nom, peut-être plus populaire, est analyse technique.

Jusqu’à il y a une trentaine d’années, le chartisme se limitait, en général, aux graphiques à barres (Barcharts) et aux graphiques à XO (Point&Figure charts), auxquels s’ajoutaient une ou deux moyennes mobiles simples (Simple Moving Average ou SMA) et une interprétation des prix selon la théorie de Elliott et celle de Gann. Depuis l’arrivée des ordinateurs, les indicateurs de type mathématiques se sont multipliés. En 1989, les graphiques à bougie japonaise      (Japanese candlesticks charts) ont fait leur apparition sur les écrans.

Aujourd’hui la famille de l’analyse technique compte environ 150 outils. Cette foule de produits – dont plusieurs sont redondants – rend l’analyse et le choix difficiles à qui veut s’initier au chartisme.

Mais, avant tout : où trouver une description de la plupart de ces outils, avec formules et instructions de base ? Un livre est offert en ligne gratuitement par la prestigieuse firme américaine Equis, qui a créé il y a plus de 20 ans Metastock, un des premiers logiciels d’analyse technique. Il s’intitule Technical Analysis from A to Z, et l’investisseur peut l’obtenir en cliquant sur le lien http://www.equis.com/, puis en accédant à la section Support, au bas de la page d’accueil.

Le problème qui se pose est toutefois le suivant : parmi tous ces outils, lesquels choisir et utiliser ?

La réponse la plus simple et la plus efficace – par expérience – fait appel à la combinaison de deux outils : le RSI et les EMA. Évidemment, d’autres outils et d’autres combinaisons donnent aussi d’excellents résultats, si des investisseurs veulent être plus actifs et négocier dans le court terme et le très-court terme¹. Ici je me limite à des outils de type mathématique que tout investisseur devrait considérer comme bagage minimum d’analyse technique à avoir.

Le RSI (Relative Strength Index de W. Wilder) sert à dépister la fatigue, le pessimisme, dans la tendance actuelle : l’indice nous prédit (sans évidemment nous dire quand), que l’actuelle tendance est en train de se préparer à laisser la place à une autre tendance en direction opposée, dont l’ampleur est encore inconnue. Sa capacité de prédiction se trouve dans la divergence entre deux sommets (ou deux bas) subséquents dans le graphique à barres et les deux sommets (ou les deux bas) correspondant dans le graphique du RSI. Les divergences sont de deux types : de direction et de vitesse. Dans le premier cas, les deux flèches peuvent avoir une direction opposée, ou l’une des deux peut être horizontale. Dans le dernier type, la direction des deux flèches est la même, mais leur inclinaison est différente.
Des exemples des deux types se trouvent dans les graphiques 1, 2, 3 et 4.

Les divergences de direction – plus fréquentes que celles de vitesse – ont lieu souvent plus loin de la ligne horizontale 50 que celles de vitesse. Les deux types sont valables, comme les graphiques le montrent; mais celles de divergence sont plus faciles à constater.

Dans le graphique 1, les exemples frappants de divergences dans la direction des sommets ou des bas sont : AA, BB, DD et EE. La divergence CC n’est pas une divergence de direction, mais de vitesse : les deux flèches vont dans la même direction; mais avec des inclinaisons différentes.

Graphique 1. –  Le DIA (fonds négocié en Bourse sur l’indice Dow Jones des titres industriels)

Les EMA (Exponential Moving Averages) donnent le signal de la naissance d’une nouvelle tendance². Les deux outils sont efficaces, et leur capacité grandit quand la volatilité générale du marché, mesurée par le VIX, est relativement basse³.

Dans le graphique 2, les divergences de direction sont AA, BB, CC et FF. Celle identifiée DD, en fait, n’est pas une divergence parce que les sommets du graphique à barres et celles concomitantes du RSI vont dans la même direction et, visuellement, à la même vitesse. Il aurait fallu que l’inclinaison de DD dans le graphique RSI soit moins prononcée (plus horizontale) pour nous donner une divergence significative de vitesse. Les divergences de vitesse sont moins évidentes que celles de direction. L’investisseur qui s’initie à la « lecture » des divergences, devrait prendre en considération les divergences de direction seulement. L’interprétation des divergences de vitesse vient plus facilement avec l’expérience.
Les lettres EE indiquent une divergence de vitesse : les deux flèches vont dans la même direction, mais avec des inclinaisons clairement différentes.
Dans le graphique 3, toutes les divergences sont de direction, sauf AA, une divergence de vitesse.
Dans le graphique 4, les trois paires de lettres indiquent des divergences de direction.

Graphique 2. - Le XIU (fonds négocié en Bourse sur l’indice S&P/TSX60)

Graphique 3. – ABX (Barrick Gold Corporation)

Graphique 4. –  CTC (Canadian Tire Corporation)

Les EMA sont deux moyennes mobiles exponentielles : une à court terme (7 périodes : la ligne jaune dans les graphiques) et une à plus long terme (27 périodes : la ligne bleue). Leur « lecture » est plus simple que celle du RSI.

Règle générale : quand la EMA7 (ligne jaune) croise à la hausse la EMA27 (ligne bleue), on achète dans les plus brefs délais; quand la EMA7 croise à la baisse la EMA27, on vend dans les plus brefs délais. Ces signaux doivent être précédés par une divergence de direction ou de vitesse du RSI.

Le lecteur constatera que, pratiquement, après une divergence du RSI – qui indique fatigue dans l’actuelle tendance –, on assiste à un croisement des deux EMA, nous indiquant le début d’une tendance (de brève ou de longue durée) dans la direction opposée.

L’investisseur qui aborde le chartisme trouvera que le plus difficile n’est pas de constater l’existence des signaux qui se forment sous ses yeux, mais d’y obéir. En effet, nous sommes influencés par des informations de toute sorte et nous refusons d’obéir à des signaux parce que la « logique » des nouvelles provenant des médias nous amène à conclure que la direction du marché devrait être le contraire de celle que le chartisme nous indique.

C’est pour cette raison qu’un bon chartiste prétend ignorer toute information en dehors de celle qui lui vient de la lecture d’un graphique : il se dit que tout est déjà inclus dans le prix.

Charles K. Langford, Ph. D., enseigne la gestion de portefeuille à l’École des sciences de la gestion de l’Université du Québec à Montréal et il a écrit plusieurs livres sur le sujet.

Le présent document est fourni à titre d’information uniquement et ne constitue pas une offre ni une sollicitation d’achat ou de vente des titres dont il est fait mention aux présentes.


1. Voir aussi le livre de Charles K. Langford : Le chasseur de tendances boursières, publié chez Quebecor en 2006, et l’article de Charles K. Langford à paraître dans le numéro de septembre de la revue américaine Technical Analysis for Stocks and Commodities.

2. Les EMA, ou moyennes mobiles exponentielles, donnent au prix le plus récent de la moyenne un poids plus grand que celui donné au prix le plus éloigné de la série, parce que le prix le plus récent a le pouvoir d’influencer davantage le prix d’aujourd’hui que le prix le plus éloigné. Au contraire, les SMA (Simple Moving Averages), ou moyennes mobiles simples, donnent à chaque prix de la série la même importance dans le calcul de la moyenne. Les EMA sont considérées plus efficaces que les SMA dans la qualité des signaux. Les EMA sont arrivées sur le marché dans les années 1970. Auparavant, les investisseurs utilisaient les SMA.

3. Voir l’article paru dans le Bullletin DisnatDirect de Juin 2008. 

DisnatU Pour en connaître davantage sur les FNB, consultez notre centre d'éducation DisnatUniversité, portant sur ce sujet, au www.DisnatU.com/FNB

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Les opinions émises dans les articles signés sont celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement la position officielle de Disnat.

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